vendredi 7 novembre 2014

Un entretien avec Arnaud Desjardins (1970)







Sur un numéro spécial de la revue Planète, datant de 1970 et consacré à Ramakrishna, fut publié un entretien avec Arnaud Desjardins, dont voici un extrait. L'article complet est téléchargeable au format PDF en cliquant sur ce lien.


Vous avez parlé tout à l'heure du « monde incohérent» dans lequel nous sommes. Dans toutes les traditions nous trouvons que tout ce qui se passe, se passe ici et que, en quelque sorte, il faut apprendre à vivre dans ce monde. Est-ce que vous croyez vraiment qu'on peut parler de monde incohérent ou est-ce nous qui devenons incohérents parce que rendus esclaves par nos propres découvertes qu'on ne peut plus freiner. Est-ce que vous ne croyez pas qu'il y a moyen de vivre à Paris ou à New York d'une façon absolument équilibrée.

Je pense qu'un homme ou une femme qui aurait atteint cette absolue unité intérieure, cette liberté intérieure, cette connaissance de soi, dont les actes ne seraient plus des réactions, mais des actions conscientes, quelles que soient les circonstances dans les­quelles il serait plongé, rien ne serait changé pour lui. De toute façon c'est notre être,notre niveau d'être, ce que nous sommes, qui attire des existences, qui attire notre existence, les évènements de notre vie. C'est une voie qui a été bien souvent vérifiée.
Par conséquent celui qui a atteint cette sagesse intérieure pour parler comme la Bible: « Tout concourt à son bien». Et les circonstances il les ressent toujours comme parfaites pour lui et c'est la loi du Karma de l'action et de la réaction, des causes et des effets qui est si fondamen­tale dans l'hindouisme et le bouddhisme; il ne se trouvera plus jamais plongé dans une situation susceptible de créer pour lui la souf­france.
Mais quand je parle d'un monde inco­hérent c'est d'abord notre monde intérieur, qui est incohérent. Ensuite, c'est vrai que le monde, c'est-à-dire l'organisation sociale, une culture, une civilisation,est plus ou moins propre à faire des jeunes enfants, des adoles­cents ou des adultes hommes ou femmes, normaux, dont certains seulement s'enga­geront vers le supra-normal du yoga, ou est plus ou moins propre à faire des hommes et des femmes anormaux. Déformés comme si on empêchait une plante de pousser norma­lement.
Alors comme la force de vie est quand même immense, la plante pousse coûte que coûte. Un arbre, qui est fait pour être droit, pousse tordu, pousse cassé. Tout le milieu joue sur nous, tout ce que nous voyons, tout ce que nous entendons, tout ce qui nous affecte à travers nos sens, tout donne une certaine quantité, une certaine qualité d'énergie, qui se transforme ensuite en une certaine qualité d'émotion, en une certaine qualité de pensée.
Par conséquent nous sommes quand même des produits du milieu et de la société dans lesquels nous vivons. Il n'y a rien à faire. Si cette société est organisée selon des lois, des principes qui mènent vraiment à la liberté et à l'épanouis­sement humain, les conditions nous sont plus favorables. Maintenant, inversement, on peut dire aussi que c'est quand les haltères sont les plus lourdes qu'elles font les plus gros biceps; par conséquent il y a toutes sortes de facteurs que nous impose le monde contemporain, qui nous acculent à la souf­france, donc au désir de sortie de la souf­france. Donc à la recherche d'une voie, de liberté et d'éveil. Il y a beaucoup de chocs dans ce monde tel qu'il est aujourd'hui qui nous réveillent, pour employer le langage bouddhiste où il est toujours question de sommeil et d'éveil.








1 commentaires :

gandha a dit…

il y a 38 ans !
la conscience était déjà ce qu'elle est aujourd'hui, semble-t-il ? ... mais qu'est-ce qui a évolué au niveau collectif ?
"faire la part des choses entre : ce que nous pouvons changer , ce que nous ne pouvons pas changer et discerner la différence " ...pour ne plus se battre contre des moulins à vent ...