lundi 27 juillet 2026

Lee Lozowick : Monster






"Monster" (Lyrics, Lee Lozowick/Music, Paul Durham)









"Salut aux Monstres" : paroles, Lee Lozowick/musique, Paul Durham.
adaptation française de Gilles Farcet,
arrangement de Pascal Pourré.







mardi 5 mai 2026

Henri Giordano : Brazil








Un album totalement introuvable, enregistré dans les années 70, jamais édité en CD : je l'ai trouvé en vinyl sur internet, vendu par un hollandais !
Je l'ai numérisé, traité pour améliorer le son, et voilà...

Piano, synthé : Henri Giordano
Basse : Tony Bonfils
Drums : André Ceccarelli
Trombone (2&6) : Christian Guizien

Un lien pour télécharger les 8 morceaux : Brazil




dimanche 19 avril 2026

Les fruits du temps présent






Les fruits du temps présent


Le sang de l'abondance qui se glisse évasivement hors de mes vaisseaux transparents, comme une hémorragie revivifiante, oui le sang de la plénitude rejaillit sur mon corps agressé par la chimie redoutable d'un végétal maléfique.

Le sang, mais aussi les humeurs, les tissus, les fibres invisibles qui ondulent pensives, bercées par le flot calme et limpide dans lequel je me suis infiltré et qui m'entraîne dans sa course incolore. J'ima­gine des séquences d'arrêt, de mort, puis de départ et de naissance, toujours renouvelées, comme un rythme aortique gigantesque éva­cuant sa cacophonie régulière dans des replis cellulaires ignorés.


J'imagine des traverses d'ombre et de lumière, barrant les rails de l'avenir, supportant sans se rompre le poids de cette année en ex­pansion, cette année dont la magie souveraine m'a révélé l'inson­dable néant qui me guettait. J'imagine le néant comme un trou blanc, aveuglant, dans lequel le tout voisine avec le rien, puisque lorsque l'on est happé par le souffle d'aspiration, la réalité se mélange dans ses éléments à un point tel que seul le blanc, le rien blanc persiste.


J'imagine le Grand Possible affectueux.

Ah l'affection, un mot tout d'abord, puis des torrents de vie qui parfois se concluent en chute vertigineuse et définitive, où seule demeure l'écume d'une tristesse indicible mais révélatrice.

J'imagine des épisodes malsains où le partage entre la censure et la permission ne s'établit que lacunairement, laborieusement, avec des retouches diverses, comme pour éviter toute tendance à la stabilisa­tion.


Et puis je t'imagine, toi au sourire tendre et si doux que je m'y plonge, je m'y baigne, j'y abandonne mes épaves et mes ruines, toi au visage aérien et songeur, oui je t'imagine, je t'invente et te réin­vente à volonté, je te cherche, quand dans ton voyage immatériel, tu t'éloignes pour un instant ; et plus je t'imagine plus tu deviens réelle, plus ton existence chaude s'élabore, plus tu te rapproches de moi.


Et c'est toi finalement qui arrive un beau jour d'un point éloigné de l'horizon, les bras ouverts, avec ton corps pour seule maison et tes yeux pour seuls bagages, toi l'inconnue de mon enfance, la magicienne qui m'autorise enfin à faire coïncider ce que je vois avec ce que j'ima­gine. Tu viens et je t'attends, là, debout, le regard lointain comme dans un rêve imprévu ; tu me réveilles, tu ouvres la porte mal cadenas­sée de mon château de nuit, tu entres chez moi et tu t'y sens bien. Alors, tu ouvres toutes grandes tes propres portes, je me faufile à mon tour chez toi, et il existe à présent une ouverture qui fait communiquer ces deux intérieurs jusque là privés et secrets.

Le monde était laid, alors j'ai refait le monde.

La vie était triste, alors je lui ai parlé à voix basse, comme à une amie d'enfance que l'on retrouve par hasard longtemps après, dans la rue ou l'ombre nuageuse d'un bar de passage; je lui ai apporté des mots de paix, des mots de simplicité, des mots tendres, des mot drôles, alors la vie a esquissé son premier sourire, un deuxième a suivi, puis un troi­sième, et un formidable éclat de rire s'est enchaîné inéluctablement ; la vie a coloré son terne désert, la vie a enterré sa morne continuité, la vie a explosé en millions de molécules d'espace.

La vie ? Je n'en ai pas peur, et vous ?

La mort ? Je n'en ai pas peur non plus, et puis, ceux qui craignent la mort craignent aussi la vie, sans doute ; ou peut-être n'est-ce ni l'un ni l'autre ce qu'ils craignent ? De quoi a-t-on peur dans cette existence réduite à un étang de servitudes, un marais de répétitions, toujours la même chose au même moment, les mêmes émotions et les mêmes diffi­cultés, comme programmées sur un ordinateur géant incontrôlable...

Alors, je tire des coups de fusil mentaux sur l'habitude, je donne des coups de pied aux rendez-vous, je mets ma montre dans un coffre-fort dont j'oublie le chiffre et dont je jette les clés, je m'assois pour regarder venir les évènements, et quand ils se présentent, je tourne le dos preste­ment pour me perdre dans le ciel ou dans un arbre, dans un nuage ou dans un chant d'oiseau.


Le temps passe, passe, et les gens demeurent immobiles immobiles, immobiles....


Allons, secouez-vous, débarrassez-vous de cette retenue, de cette défense, déshabillez-vous promptement, retirez vos armures clinquantes, vos blindages indestructibles, détruisez les murs qui vous em­prisonnent sans même que vous vous en rendiez compte, brisez les cordes et les ficelles qui vous lient étroitement, faites fondre vos chaines comme la glace fond dans un verre d'eau pour s'harmoniser avec le décor liquide, et dressez pour au moins quelques secondes les antennes du relâchement, construisez- vous une maison sans clé ni serrure, goûtez enfin les fruits du temps présent, les fruits du temps présent, les fruits du temps présent ...


(Ecrit par Michel Tardieu, à l'âge de 25 ans)




lundi 9 février 2026

Franklin Merrell-Wolff : La percée vers la lumière






Franklin Merrell-Wolff (1887-1985) est un américain qui, sans l'aide d'un guide vivant, a connu un éveil complet en s'appuyant seulement sur les écrits de Shankara. Ayant enseigné les mathématiques et la phi­losophie à Harvard et Berkeley, il se consacra à l'éveil de la Conscience, qu'il connut en 1936 après vingt- quatre ans de recherche. Le récit de sa maturation est unique et exemplaire du fait que ses notations d'évé­nements extérieurs et intérieurs sont méticuleuses comme un compte-rendu de laboratoire. Plusieurs apports originaux caractérisent l'éclosion intérieure de ce grand homme :
L'éveil peut se faire par la voie mentale poussée jusqu'aux limites de l'abstraction.
L'éveil peut se faire en se concentrant sur le point - JE - le « moment subjectif » - hors de toute attache et référence -, mais sans refuser ou nier les pensées ou les perceptions.
On peut être totalement indépendant vis-à-vis de toute tradition. L'Éveil est une co-création où l'indivi­du reprend pour lui-même l'enseignement et en donne une expression originale.
Il existe un « organe latent » permettant la Reconnaissance : une sorte de sensibilité/discerne­ment qui ne ressemble à aucune faculté connue. C'est cela qui permettrait l'éclosion de la connaissance non­-duelle, qui est une « conscience-sans-objet et sans-sujet ».
Franklin Merrell-Wolff est assurément un maître qui parle le langage du monde occidental, un monde formé à la pensée abstraite et dont la réalisation supé­rieure est précisément la connaissance mathématique.






Voici un extrait du début de son ouvrage "Expérience et philosophie, tome I, Chemins ouvrant sur l'espace", paru aux éditions du relié.

La percée vers la lumière


17 août
L'ineffable transition est arrivée il y a quelque dix jours.
Nous revenions chez nous au sud de la Californie, après un séjour de quelques semaines dans une petite ville de la région de Mother Lode au nord de l'État, et je me reposais de la fatigue d'avoir conduit pendant toute la nuit. À cette époque, j'étais engagé dans la lecture de certaines portions du System of the Vedanta de Paul Deussen, comme je l'avais fait plus ou moins systématiquement depuis les trois dernières semaines. Cet ouvrage est une interprétation du Vedanta sous forme philosophique occidentale, telle que développée par Shankara dans ses commentaires sur les Brahma Sutras .
J'avais été poussé vers ce programme particulier de lecture au moment où je me rendis compte que les paroles de Shankara possédaient un certain pouvoir -c'était du moins mon expérience. Pendant quelque temps, je l'avais considéré spontanément comme un Gourou avec lequel j'étais complètement en accord. Je l'avais toujours trouvé clair et convaincant, du moins dans les sujets touchant l'analyse de la conscience, alors que chez les autres Sages je découvrais des obscu­rités ou des insistances avec lesquelles je ne me sentais pas en complète sympathie. Durant plusieurs mois, j'avais pris la résolution de creuser davantage la pensée de Shankara, pour autant qu'elle soit accessible en traduction. C'est en poursuivant ce but que je lisais lentement le System of Vedanta et que je méditais sur celui-ci.

J'avais continué dans ce projet alors que j'effectuais une coupe transversale dans une prospection d'or près de la petite ville de Michigan Bluff. Durant une bonne partie de ce temps, j'étais complètement seul et je réus­sissais habituellement très bien à pénétrer le sens et à suivre la logique de ce que je lisais. Un jour, après le repas du soir et alors que j'étais encore assis à table, je sentis que graduellement j'étais passé dans un état délectable de contemplation. Le contenu réel de la pensée de cette période a été oublié, mais comme je prenais soigneusement note de l'état dans lequel je me trouvais et que je le soumettais à un examen serré, la qualité de l'état s'est clairement imprimée dans ma mémoire. Mon souffle avait changé, non pas qu'il ait cessé ou soit devenu lent ou rapide. Il était peut-être juste un peu plus lent que normalement. Le change­ment notable était dans une qualité subtile associée à l'air respiré. Tout à fait au-dessus des gaz physiques de l'air, il semblait y avoir une substance impalpable d'une douceur indescriptible qui, à son tour, était associée à un sentiment général de bien-être embrassant même l'homme physique. C'était comme le bonheur ou la joie, mais ces mots sont inadéquats. C'était une qualité très douce, mais dépassant de beaucoup la valeur de toutes les formes plus familières du bonheur. C'était tout à fait indépendant de la beauté ou du confort des lieux. À ce moment-là, l'environnement était pour le moins austère et aucunement attirant. J'avais déjà senti cette qualité associée à l'air, mais à un degré moindre, lorsque j'étais à des niveaux élevés dans les montagnes, mais à présent je n'étais qu'à quelque six cents mètres et l'air était loin d'être revigorant, étant donné la période de chaleur exceptionnelle. Cependant, une analyse introspective révéla que la qualité d'élixir était surtout forte lors de l'expir, indiquant ainsi que cela ne venait pas de l'air environnant. De plus, le souffle expiré n'était pas simplement de l'air expulsé dans l'at­mosphère extérieure, mais semblait pénétrer à l'inté­rieur de l'organisme tout entier comme une douce caresse, laissant partout un paisible sentiment de délectation. Cela me semblait être comme un nectar. J'ai appris depuis que c'est là la véritable Ambroisie.


Il est peut-être pertinent de noter en passant que quelques jours auparavant, la pensée ayant été stimulée par mes lectures, j'avais développé une interprétation touchant la nature de la matière pondérable. Cette inter­prétation me semblait régler certaines difficultés logiques qui ont toujours paru persister, malgré mes efforts pour réconcilier l'Être Transcendant avec l'univers physique. L'idée était que la matière pondérable — c'est-à- dire toutes choses perçues au plan grossier ou subtil — est en réalité une absence relative de substance, une sorte de vacuité partielle. Je ne vais pas développer ici les preuves et la logique derrière cette idée, même si elles ont été parcourues dans ma conscience pendant les jours qui ont suivi l'apparition de l'idée. Mais ce qui importe par rapport au récit actuel, c'est l'effet que cette idée a eu sur ma conscience. Elle semble avoir aidé de façon vitale à préparer la voie pour l'Illumination qui allait venir. Cet effet s'est produit comme suit. D'habitude, nous considé­rons la sensation matérielle comme quelque chose de substantiel. En revanche, nous avons pu être théorique­ment convaincus que l'espace soi-disant vide n'est pas seulement rempli mais qu'il est en fait plus substantiel que certaines de ses parties occupées par la matière pon­dérable. Cette idée n'est pas nouvelle pour la métaphy­sique, et une bonne part des écrits de la physique moderne ne lui est pas incompatible. Mais je me suis aperçu que les idées venues de sources extérieures, même si elles ont des formes convaincantes, n'ont pas sur la conscience le pouvoir que possède une idée originale.


Cette idée a eu sur moi l'effet suivant : j'ai pu recon­naître plus concrètement qu'il y avait de la réalité sub­stantielle là où les sens ne signalaient que du vide, et concevoir beaucoup mieux l'irréalité (ou la réalité qui est simplement dépendante ou dérivée) des données senso­rielles.

Notons en plus certains facteurs pertinents. Il y a environ dix-huit mois, commença une série de conver­sations avec quelqu'un que je reconnaissais comme un Sage. J'ai vérifié de toutes les façons possibles la validi­té de ma reconnaissance de cet être et j'avais démontré à ma satisfaction complète son authenticité. J'ai agi conformément à sa parole lorsque je ne pouvais voir clairement, et je découvrais alors que la clarté émer­geait graduellement. Agissant suivant ses suggestions, ma femme Sherifa et moi-même avons entrepris de faire un travail public jamais tenté auparavant. Nous avons tous deux trouvé, à mesure que nous progres­sions dans le travail, une croissance graduelle de la compréhension qui a constamment amené la Lumière là où il y avait eu de l'obscurité. Entre autres choses, ce Sage suggéra que j'étais relié à une incarnation précé­dente d'une importance particulière. Il m'avertit qu'il n'était pas mon Gourou personnel et qu'il ne pouvait l'être, puisqu'une telle relation dépendait de lignées qui ne sont pas arbitraires.

Par le passé, deux Reconnaissances importantes me sont venues. Tout d'abord, il y a près de quatorze ans, dans un milieu qu'il n'est pas nécessaire de préciser, je reconnus soudain que « Je suis Atman ». Cela effectua d'importants changements de point de vue qui ont per­sisté. Ensuite, moins d'un an après, lorsque j'étais impliqué dans le travail public mentionné plus haut, et tout en étant vivement intéressé par un livre qui parlait d'un Sage indien vivant, je reconnus soudain que le nirvana n'est pas un champ, un espace ou un monde dans lequel on entre et qui nous contient comme l'espace pourrait contenir un objet extérieur, mais plutôt que « je suis identique au nirvana, que je l'ai tou­jours été et le serai toujours. » Cette Reconnaissance a également eu des effets persistants sur la conscience personnelles.

Nous sommes maintenant prêts à revenir à la Reconnaissance d'il y a dix jours. Je dis « Reconnaissance » plutôt qu'« expérience » pour une raison précise. Ce n'était pas à proprement parler un cas de connaissance expérientielle, qui est une connais­sance venue des sens, soit grossiers soit subtils, et non de la connaissance par déduction — bien que les deux formes, surtout la dernière, aient servi d'auxiliaires. C'était un Éveil à une Connaissance que je représente­rais le mieux en l'appelant Connaissance par Identité, et ainsi le processus — pour autant que nous puissions vraiment parler de processus ici — est mieux exprimé par le terme « Reconnaissance ».

Je m'étais assis dans une balançoire de la véranda, lisant, comme je l'ai dit plus haut. Devançant la partie que je lisais, je tournai vers la section consacrée à la « Libération », puisqu'il me semblait que j'étais particulièrement affamé de cette chose. Je lus rapidement le texte et tout me sembla très clair et satisfaisant. Puis, comme je restais à réfléchir sur la lecture que j'avais faite jusqu'ici, soudain il m'apparut clairement qu'une erreur souvent commise dans la méditation élevée — c'est-à-dire la méditation sur la Libération —, consiste à chercher un objet subtil de Reconnaissance, autre­ment dit, quelque chose qui pourrait être expérimenté. Bien sûr que je savais depuis longtemps que cette posi­tion était théoriquement fausse, mais je n'avais pas pu le reconnaître. (Il y a ici une distinction subtile mais très importante.) Aussitôt, je laissai tomber toute attente de voir quelque chose se produire. Ensuite, les yeux ouverts et sans aucun arrêt dans le fonctionne­ment des sens (donc sans aucune transe), j'ai abstrait le moment subjectif — l'élément « JE SUIS » ou « Atman » — de la totalité du monde objectivement connu. Je me concentrai sur cela. Naturellement, je trouvai ce qui, d'un point de vue relatif, est Ténèbre et Vacuité. Mais je reconnus cela comme Lumière Absolue et Plénitude et je reconnus que j'étais Cela. Évidem­ment, je ne puis dire ce que Cela était dans sa nature propre. Les formes relatives de conscience dénaturent inévitablement la Conscience non-relative. Non seule­ment je ne peux en parler aux autres, mais je ne peux même pas le contenir à l'intérieur de ma propre conscience relative, que ce soit la sensation, le senti­ment ou la pensée. Tout penseur métaphysique verra immédiatement cette impossibilité. J'étais même préparé à ce que la conscience personnelle ne participe d'aucune façon à cette Reconnaissance. Mais en cela j'ai été heureusement déçu. Je sentais présentement la qualité ambrosienne du souffle avec la bénédiction purificatrice qu'elle répand sur la personnalité tout entière. Je me trouvais au-dessus de l'univers, non dans le sens de quitter le corps physique et d'être emporté dans l'espace, mais dans le sens d'être au- dessus de l'espace, du temps et de la causalité. Mon karma semblait m'abandonner comme responsabilité individuelle. Je me sentais intangiblement mais mer­veilleusement libre. Je soutenais cet univers et n'étais pas limité par lui. Désirs et ambitions devinrent pro­gressivement vagues. Tout honneur mondain avait perdu le pouvoir de m'exalter. La vie physique semblait indésirable. De façon répétée, pendant les jours qui sui­virent, j'ai été dans un état de profonde méditation, entretenant des pensées si abstraites qu'aucun concept ne pouvait les représenter. Je semblais comprendre une véritable bibliothèque de connaissances toutes moins concrètes que les mathématiques les plus abstraites. La personnalité reposait dans une douce lueur de bonheur, mais tout en étant douce, cette lueur était assez puissante pour rendre terne le délice sensuel le plus aigu. De la même façon, le sentiment de la peine­-du-monde était absorbé. C'était comme si je regardais l'univers en demandant : « Qu'y a-t-il ici qui ait de l'in­térêt ? Qu'est-ce qui vaut d'être fait ? » Je ne trouvai qu'un intérêt : le désir que d'autres âmes puissent reconnaître cette chose que j'avais reconnue, car en cela se trouvait la seule clé pouvant résoudre efficacement leurs problèmes. Les petites tragédies des humains me laissaient indifférent. Je voyais une seule grande Tragédie, cause de toutes les autres : le fait que l'Homme ne reconnaissait pas sa propre divinité. Et je ne voyais qu'une seule solution, la Reconnaissance de cette divinité.







jeudi 5 février 2026

Jean-Claude Vannier






Jean Claude Vannier, né en 1943 à Bécon-les-Bruyères (Courbevoie), est un auteur-compositeur-interprète et arrangeur musical français. (Biographie complète sur Wikipedia)










lundi 2 février 2026

La chanson de la grande capitulation







J'ai accompagné, en tant que pianiste, Anna Prucnal sur une pèriode d'environ quatre ans (1989 à 1993) Un disque du spectacle "Monsieur Brecht" créé le 26/02/1993 à Troyes existe, en voici un extrait. (Le texte est dit par Jean Mailland)



La chanson de la grande capitulation 
(Texte de Bertold Brecht, musique de Paul Dessau)
 
Chant : Anna Prucnal 
Récitant : Jean Mailland 
 Piano : Michel Tardieu 
Enregistré en direct le 26 février 1993 par Roger Roche à L'Espace Cité, Troyes. 
 
Chanson de la Grande Capitulation (Brecht/Dessau) 
 
Moi aussi j'ai dit, dans la fleur de ma jeunesse : Je ne suis pas pareille à toutes les autres.
(Pas une simple fille de ferme J'ai de l'allure et des talents, j'ai de l'ambition) 
Je ne mangeais pas de tout, j'avais ma délicatesse, Je prétendais marcher la tête haute. 
(Tout ou rien. Le premier venu, jamais. Comme on fait son lit on se couche. 
Personne ne me fera la loi). 
Le pinson dans la cour Siffle : cause toujours ! 
Avant que l'année soit écoulée Tu marcheras avec la clique Tu joueras sur ton petit clairon, Mets-toi dans le ton. Une deux, tout le monde dans le rang 
L'homme propose, Dieu dispose... Tout ça c'est du flan. 
 
Avant qu'une année se soit écoulée J'ai appris à boire dans tous les verres. 
(Deux enfants sur les bras, au prix qu'est le pain, et tous les frais qu'on a) 
Quand ils m'ont laissée, après m'avoir éduquée, Je ne marchais plus, je rampais sur la terre.
(Faut prendre les gens comme ils sont. La main gauche ignore ce que fait la main droite. 
On ne passe pas par le trou d'une aiguille) 
Le pinson dans la cour Siffle : cause toujours ! 
L'année n'est pas encore passée La voilà qui marche avec la clique, 
Elle joue déjà de son petit clairon, Elle se met dans le ton. 
Une deux, tout le monde dans le rang ! 
L'homme propose, Dieu dispose... Tout ça c'est du flan 
 
J'en ai vu beaucoup monter à l'assaut du ciel, Nulle étoile n'est assez belle, n'est assez loin. 
(Travaillez, prenez de la peine. Quand on veut on peut. 
Les petits ruisseaux font les grandes rivières) 
Ils ont tant cherché, tant remué le ciel et la terre, 
Qu'à la fin ils ne pouvaient plus remuer leur propre main. 
(Selon ta bourse, gouverne ta bouche) 
Le pinson dans la cour Siffle : cause toujours ! 
Avant que l'année soit écoulée Les voilà qui marchent avec la clique 
Ils jouent sur leur petit clairon, Ils se mettent dans le ton. 
Une deux, tout le monde dans le rang ! L'homme propose, Dieu dispose... 
Tout ça c'est du flan !







vendredi 30 janvier 2026

La Fugue Enchantée, un Opéra-Conte (1993)










Un spectacle dans lequel je me suis à l'époque (1993) beaucoup investi, et dont il reste ce film, initialement publié en VHS, que j'ai numérisé par la suite, et qui est téléchargeable sur Mediafire (8 archives au format rar, à recoller avec winrar sous windows, stuffit expander sous Mac) et aussi en un seul fichier sur Mega.nz . Inutile de préciser que ce film est à présent totalement introuvable; j'encourage tous ceux qui ont des enfants (ou petits-enfants), ou à défaut une âme d'enfant, (ou encore mieux: les deux!), à se faire ce cadeau...

Voici la présentation qu'en a fait le poète Joël Sadeler:

"La Fugue Enchantée" fut d'abord la fugue en chantier. Chantier de documentation mis en place par les enseignants et "Plaisir de Lire". Chantier d'écriture dans une quinzaine de classes où chacun avait à coeur d'inventer "son" histoire alors qu'il s'agissait tout au plus d'écrire un passage ou une chanson de cet opéra-conte.
Chansons en chantier, fugue qui fuyait par tous les bouts. Bien souvent je me suis demandé comment j'allais coudre tous ces morceaux de façon harmonieuse, tant l'imagination des enfants était débordante... Et voilà que moi qui ne suis pas bricoleur pour un trou, je suis devenu écrivain = plombier, avec l'aide d'un expert en la matière, Clément Mazier. Par la magie des mots, des images, des musiques (merci Max Rongier, merci Michel Tardieu) cette fugue en chantier est devenue "La Fugue Enchantée".
Pour que cette fugue vous enchante à votre tour, tout le monde s'y est mis : couturières, plasticiens, conseillers pédagogiques, décorateurs, chorégraphes, professeurs de musique, maîtres - chanteurs, instituteurs, techniciens de la scène, du son, de la lumière... et puis aussi et surtout les enfants.
Notre bonheur -le vôtre aussi- est grand de savoir que ces enfants ont eu plaisir à écrire, à danser, à jouer, à chanter, trouvant dans cet opéra-conte une autre façon d'apprendre, une autre façon de s'exprimer, une autre façon de découvrir le monde.
Mais attention, le spectacle va commencer... Il était une fois, deux fois, dix fois... "La Fugue Enchantée".


Lors des représentations, j'étais sur le côté de la scène avec des claviers et du matériel informatique, me permettant de diffuser la musique d'accompagnement et de jouer, tout ça en temps réel. Bien entendu, tout les départs, ainsi que les fins, étaient calés avec précision. Max Rongier dirigeait l'ensemble et chantait certains passages avec les enfants.



Voici pour terminer un petit extrait :




samedi 10 janvier 2026

Grégorien en Chartreuse












Cliquer sur les images pour ouvrir le diaporama haute résolution








jeudi 1 janvier 2026

Olivier Messiaen : Saint François d'Assise







Une musique d'Olivier Messiaen, le septième tableau du troisième acte de son opéra "Saint François d'Assise".
A écouter en Présence...

Voici le texte, écrit par le compositeur, qui trouve son inspiration entre autres dans "le Cantique des Créatures", de Saint François.

Saint François

Seigneur Jésus Christ
Accorde moi deux grâces avant que je ne meure !
La première : que je ressente dans mon corps cette douleur que tu as enduré
à l’heure de ta cruelle Passion.
La seconde : que je ressente dans mon coeur cet amour dont tu étais embrasé,
Amour qui te permit d’accepter une telle Passion, pour nous, pécheurs.

Choeur

Les miens, je les ai aimé : jusqu’au bout, jusqu’à la fin, jusqu’à la mort de la Croix,
Jusqu’à ma chair et mon sang, livrés, donnés en nourriture, dans l’Eucharistie.
Si tu veux m’aimer, vraiment, et que l’Hostie,
la Sainte Hostie, te transforme davantage en Moi :
il te faut souffrir dans ton corps les cinq plaies de mon Corps en Croix,
accepter ton sacrifice, en union avec mon Sacrifice,
et, te dépassant toujours plus, comme une musique plus haute,
devenir toi-même une seconde hostie...

Saint François

Ô faiblesse !...Âme très méprisable !...Ô mon corps indigne !...
Puis-je, Seigneur, te les offrir... ?

Choeur

C’est Moi, c’est Moi, c’est Moi, je suis l’Alpha et l’Omega
Je suis cet après qui était avant.
Je suis cet avant qui sera après
Par moi tout a été fait
C’est Moi, c’est Moi qui ai pensé le temps et l’espace.
C’est Moi, c’est Moi qui ai pensé toutes les étoiles.
C’est Moi qui ai pensé le visible et l’invisible,
Les anges et les hommes,
Toutes les créatures vivantes
Je suis la Vérité d’où part tout ce qui est vrai,
la première Parole, le Verbe du Père, celui qui donne l’Esprit,
est mort et ressuscité, Grand Prêtre éternellement :
L’Homme-Dieu !
Qui vient de l’envers du temps, va du futur au passé,
Et s’avance pour juger, juger le monde...
(On voit les cinq taches de sang, aux deux mains, aux deux pieds, au côté droit de Saint François)

Choeur

François !...

Saint François

Mon Seigneur et mon Dieu !

Choeur

François !...
Beaucoup désirent mon céleste royaume, peu consentent à porter ma Croix

Saint François

Parle, Seigneur, parle, Seigneur, ton serviteur écoute.

Choeur

François !...François !...Si tu portes de bon coeur la Croix, elle-même te portera,
et te conduira au terme désiré.
Est-il rien de pénible qu’on ne doive endurer
Pour la Vie, pour la Vie,
Pour la Vie éternelle ?




lien pour télécharger la musique (clic droit, puis "enregistrer sous...").



jeudi 4 décembre 2025

Cream (Clapton, Bruce, Baker)







Cream est un groupe de rock britannique des années 1960 composé du guitariste Eric Clapton, du bassiste Jack Bruce et du batteur Ginger Baker. (Suite sur Wikipedia)

"Disraeli Gears" fait toujours partie de mes disques de chevet, je ne m'en lasserai jamais! Vous trouverez ici trois morceaux de cet album, dont l'inoubliable "Sunshine of Your Love", devenu un standard incontournable du rock-blues des seventies. "I feel free" est extrait du tout premier vynil, "Fresh Cream", et les deux derniers morceaux proviennent du troisième album, "Wheels of Fire".(Crossroads est une version "live")






Sunshine of your love


It's getting near dawn,
When lights close their tired eyes.
I'll soon be with you my love,
To give you my dawn surprise.
I'll be with you darling soon,
I'll be with you when the stars start falling.

I've been waiting so long
To be where I'm going
In the sunshine of your love.

I'm with you my love,
The light's shining through on you.
Yes, I'm with you my love,
It's the morning and just we two.
I'll stay with you darling now,
I'll stay with you till my seas are dried up.

I've been waiting so long
I've been waiting so long
I've been waiting so long
To be where I'm going
In the sunshine of your love.







samedi 22 novembre 2025

Jean Guidoni : Rose












Rose (Texte: Pierre Philippe / Musique: Yani Spanos
Interprété par Jean Guidoni)


 
J'aime bien la couleur rose
C'est une couleur si triste
C'est la moindre des choses
Quand on a l'âme artiste




De quoi donc se compose
Ce ton intéressant ?
De deux doigts de lactose
Et de trois doigts de sang
La nuance juxtapose
La grâce du flamant
Et la grasse ankylose
Du cochon infâmant
Elle est dans tant de choses
Dans le bonbon fondant
Bébé de cellulose
Et pâte pour les dents
Elle est couleur d'hypnose
Quand elle va triomphant
Et qu'elle métamorphose
Le gris des éléphants




J'aime bien la couleur rose
C'est une couleur si triste
C'est la moindre des choses
Quand on a l'âme artiste




C'est la teinte qui s'impose
Pour l'enfant dans son nid
Et celle qui dispose
A de menues manies
La veine qui arrose
Notre érotomanie
Bibliothèque rose
De Sophie Fichini
Ballets et chaussons roses
Divin Tchaïkovski
Baisers en overdose
Sur d'imberbes kikis
Ou gamme de névroses
Les plaies d'un rose exquis
Beaux bouquets d'ecchymoses
Sous le fouet du marquis

La meilleure des choses
Ou la pire il paraît
Exquise ou pas grand'chose
La langue est rose exprès
Pour l'ordure qu'elle propose
Bien loin des roseraies
Rose bouche qui cause
Muqueuse de goret
Et je sais des osmoses
Des images qu'effraient
Les prudes qui opposent
Le bon groin à l'ivraie
La rosette si rose
Soumise au dur foret
De la langue qui ose
La violer en secret




J'aime bien la couleur rose
C'est une couleur si triste
C'est la moindre des choses
Quand on a l'âme artiste




Il y a rose grandiose
Il y a rose gnan-gnan
Quelques apothéoses
Et des inconvénients
Fleurs de pomme qui explosent
Aux joues des communiants
Et masques de cyrrhose
Des vieillards répugnants
Et puis période rose
Pour Picasso peignant
Quand les paumés exposent
Leur triste coeur saignant
Arlequin-la-chlorose
Et Pierrot-le-poignant
La misère prend la pose
Dans la rue Ravignan




Couteau tuberculose
La rose immaculée
Rue Saint-Vincent éclose
A Montmartre immolée
Vaut la plus noble cause
Et de Malherbe les
Fleurs de métempsicose
Au pied d'un mausolée
Mais s'il faut qu'on arrose
De l'amour désolé
La fleur la plus morose
La rose inconsolée
Qu'on pense à la nécrose
Des deux corps enlacés
De deux triangles roses
Pendus aux barbelés




J'aime bien la couleur rose
C'est une couleur si triste
C'est la moindre des choses
Quand on a l'âme artiste







vendredi 14 novembre 2025

L'Appel, par Jany Verducci



Peinture par Arcabas




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Pour en savoir plus sur Jany Verducci, consulter ces deux articles : Témoignage et Penche-toi.


Jany Verducci : Penche-Toi






Voici «Penche-Toi», un chant dévotionnel de Jany Verducci; si j'écris chant, et non chanson, c'est que nous n'avons ici ni couplet, ni refrain, ni mesure, et le rythme est très étiré, purement intérieur, j'ai toujours fait en sorte de préserver sa respiration naturelle et de ne pas chercher à imposer un canevas mesuré. Ce qui demeure mystérieux pour moi est que Jany arrive à chanter ses chants sur ses playbacks sans se perdre en route, vu l'absence de tout repère rythmique; il reste alors le "feeling", et pourquoi pas, la Grâce...







Peintures par Arcabas


samedi 1 novembre 2025

Muriel Laude : Calling you




Pianiste, chanteuse, créatrice d'harmonies subtiles, elle invente à chaque fois une nouvelle version des morceaux qu'elle interprète: ici, la chanson du film «Bagdad Café»




(peinture d'E.J.Gold)








jeudi 16 octobre 2025

Psychotropes (3ème édition)







De quelques commentaires sur l'utilisation de substances psychotrophes (ou psychodysleptiques, ou encore lucidogènes)

602. — Pendant que Shrî Bhagavân prenait son bain, quelques fidèles autour de lui conversaient entre eux. Ils lui demandèrent ce qu'il convenait de penser de l'usage du haschisch (ganja).

M. Oh Ganja! Les fumeurs de haschisch éprouvent sous son influence un immense bonheur. Comment décrire leur bonheur? Ils hurlent à pleine voix «ânanda, ânanda» Joignant le geste à la parole, le Maharshi se mit à les imiter et marcher en titu­bant. Tout en continuant sa pantomime, il s'approcha d'un fidèle. Il lui mit les mains autour du cou, en ayant l'air de parodier les fumeurs de haschisch et en criant « ânanda, ânanda ».

A partir de cet instant, le fidèle se sentit complètement trans­formé. Il résidait depuis huit ans à l'âshram. Il avoua que, depuis cet incident, son esprit était en paix.
(Ramana Maharshi, l'enseignement)



« De tout temps, dit M. Th. G***, les Orientaux, à qui leur religion interdit l'usage du vin, ont cherché à satisfaire, par diverses préparations, ce besoin d'excitation intellectuelle commun à tous les peuples, et que les nations de l'Occident con­tentent au moyen de spiritueux et de boissons fermentées. Le désir de l'idéal est si fort chez l'homme, qu'il tâche, autant qu'il est en lui, de relâcher les liens qui retiennent l'âme au corps; et comme l'extase n'est pas à la portée de toutes les natures, il boit de la gaieté, il fume de l'oubli et mange de la folie, sous la forme du vin, du tabac et du hachisch. — Quel étrange problème! un peu de liqueur rouge, une bouffée de fumée, une cuillerée d'une pâte verdâtre, et l'âme, cette essence impalpable, est modifiée à l'instant! Les gens graves font mille extravagances; les paroles jaillissent involontairement de la bouche des si­lencieux : Héraclite rit aux éclats, et Démocrite pleure! ...
(Théophile Gautier, cité par Moreau de Tours)

(A propos du Cannabis)
Je ne donne pas ici une étude générale sur ses effets, sur les visions fantasmagoriques qu'il pro­digue. Les pages suivantes ne constituent pas non plus le complément de mes premières observations.
J'ai voulu le rencontrer à d'autres niveaux.
Trois opérations majeures : espionner le chanvre. Avec le chanvre espionner l'esprit. Avec le chanvre s'espionner soi-même.
Espion de premier ordre, le chanvre. Apprendre à l'utiliser et la patiente expérience des boulever­sements du mental.
Certes, il est intraduisible. Tout est intradui­sible. Lui, particulièrement : sa désinvolture, son manque de poids, son manque d'âme, son impertinence, ses jeux iconoclastes et libertins, ses rébus. J'ai été à la chasse. Beaucoup sans doute m'a échappé.
(Henri Michaux, "La connaissance par les gouffres")





Et maintenant admettez ce principe qui est la seule justifica­tion du goût des stupéfiants : ce que tous les drogués demandent consciemment ou inconsciemment aux drogues, ce ne sont jamais ces voluptés équivoques, ce foisonnement hallucinatoire d'images fantastique, cette hyperacuité sensuelle, cette excita­tion et autres balivernes dont rêvent tous ceux qui ignorent les « paradis artificiels ». C'est uniquement et tout simplement un changement d'état, un nouveau climat où leur conscience d'être soit moins douloureuse.
Ne pourront jamais comprendre : tous mes ennemis, les gens d'humeur égale et de sens rassis, les français-moyens, les ronds de cuir de l'intelligence, tous ceux dont l'esprit, instrument primitif et grossier mais incassable, est toujours prêt à s'appli­quer à ses usages journaliers, sans jamais connaître ni la nuit solide de l'abrutissement pétrifié ni l'agilité miraculeuse de l'éclair à tuer Dieu. Ils ne se doutent pas que par opposition aux poissons à bouche ronde que l'on nomme cyclostomes, les psychiatres ont baptisé du vocable de « cyclothymiques » un certain nombre de « malades » dont la vie s'écoule ainsi en alternances infernales et régulières d'états hypo et d'états hyper, d'enthousiasmes et de dépressions spirituels. Bien souvent ceux qui connaissent la lancinante douleur de ces dépressions lui préfèrent le suicide.
Plus incompréhensible encore leur sera l'état de l'homme qui souffre de la conscience effroyablement claire. Il s'agit de la douleur peu commune aux mortels de se trouver soudain trop « intel­ligent ». Il est bien vain de tenter de faire naître dans un esprit qui ne l'a pas expérimenté, l'approximation de cet état qui selon un déterminisme inconnu, en un instant soudain, plonge un être dans l'horreur froide et tenace du voile déchiré des antiques mystères. C'est devant la disponibilité la plus absolue de la conscience, le rappel brusque de l'inutilité de l'acte en cours, devenu symbole de tout Acte, devant le scandale d'être et d'être limité sans connaissance de soi-même. Essence de l'angoisse en soi qui fait les fous, qui fait les morts.
(Roger Gilbert-Lecomte, "Monsieur Morphée empoisonneur public")




Les drogues nous ennuient avec leur paradis.
Qu'elles nous donnent plutôt un peu de savoir.
Nous ne sommes pas un siècle à paradis.


Toute drogue modifie vos appuis. L'appui que vous preniez sur vos sens, l'appui que vos sens prenaient sur le monde, l'appui que vous preniez sur votre impression générale d'être. Ils cèdent. Une vaste redistribution de la sensibilité se fait, qui rend tout bizarre, une complexe, continuelle redistribution de la sensibilité. Vous sentez moins ici, et davantage là. Où « ici » ? Où « là » ? Dans des dizaines d'« ici », dans des dizaines de « là », que vous ne vous connaissiez pas, que vous ne reconnaissez pas. Zones obscures qui étaient claires. Zones légères qui étaient lourdes. Ce n'est plus à vous que vous aboutissez, et la réalité, les objets même, perdant leur masse et leur raideur, cessent d'opposer une résistance sérieuse à l'omniprésente mobilité transformatrice.
Des abandons paraissent, de petits (la drogue vous chatouille d'abandons), de grands aussi. Cer­tains s'y plaisent. Paradis, c'est-à-dire abandon. Vous subissez de multiples, de différentes invita­tions à lâcher... Voilà ce que les drogues fortes ont en commun et aussi que c'est toujours le cer­veau qui prend les coups, qui observe ses coulisses, ses ficelles, qui joue petit et grand jeu, et qui, ensuite, prend du recul, un singulier recul.
(Henri Michaux, "La connaissance par les gouffres")


Il arrive — mais rarement — qu'ayant entrevu un autre monde grâce au L.S.D., sans devenir toxicomane, cet éclair se transforme en une soif qui vous pousse à chercher plus avant. Il est donc bon de prendre une fois du L.S.D., mais il est difficile de savoir quand et comment s'arrêter. Le premier « voyage » n'est pas nocif. Vous prenez conscience de l'existence d'un autre monde et commencez votre quête, à cause du L.S.D. Mais il est difficile de s'arrêter — voilà le problème. Si vous en êtes capable, il est bon de faire un essai, mais le « si » est très problématique.
Mulla Nasrudin a dit qu'il ne prenait jamais plus d'un verre de vin. Plusieurs de ses amis n'en croyaient rien, car ils l'avaient vu boire un verre après l'autre. Il leur expliqua : « Le second est pris par le premier ; « moi » je n'en prends qu'un seul. Le second est pris par le premier et le troisième par le second. Je ne suis plus le maître. Je ne suis maître que du premier. Aussi comment dirais-je que je bois plus d'un verre ; je n'en prends qu'un seul — toujours ! Après le premier verre, vous êtes encore maître de vous, mais après le second, vous ne l'êtes plus. Le premier voudra en prendre un deuxième, et ainsi de suite. Ce n'est plus vous qui exercez le contrôle ».
Commencer une chose est facile, car vous en êtes maître. Y mettre un terme est difficile, car alors vous ne l'êtes plus. Je ne suis donc pas contre le L.S.D...à une condition : que vous en restiez le maître. Dans ce cas, tout est bien. Ayez recours à n'importe quoi mais restez- en le maître. Sinon ne vous aventurez pas sur une route dangereuse. Abstenez-vous-en. C'est préférable.
(Bhagwan Shree Rajneesh, "la méditation dynamique")



Pape de la nouvelle secte, Timothy Leary persiste à voir dans l'emploi maîtrisé des drogues psychédéliques la porte du paradis terrestre et le ferment d'une mutation culturelle et sociale. Mais pour Dick Alpert, le coeur n'y est déjà plus. En vérité, il ne sait plus à quelle pilule se vouer et sombre insidieusement dans la dépression de la « descente ». Car les hallucinogènes, s'ils procu­rent un ticket d'entrée au jardin d'Éden, ne donnent en rien les moyens de s'y établir à jamais. Sa visite terminée, le touriste psychédélique, si désireux soit-il d'élire domicile en ce luxuriant domaine, se voit gentiment mais fermement poussé vers la sortie. S'empare alors de lui une nostalgie d'autant plus lancinante que, tout en pouvant indéfiniment renouveler ses incursions au royaume des cieux, il sait y être à jamais interdit de résidence.
« Durant ces quelques années, nous avions cessé de croire qu'une seule expérience suffirait à faire de nous des êtres à jamais illuminés. Nous nous rendions compte que cela ne serait pas si simple. Pendant cinq ans, je m'attaquai au problème de la " descente ". Au bout de six ans, je réalisai que, quelque ingénio­sité que je mette à préparer l'expérience, si haut que j'aille, je retomberais toujours. Et c'était une expérience très frustrante : c'était un peu comme si après avoir eu accès au royaume des cieux, on s'en était trouvé chassé. Au bout de deux ou trois cents fois, une dépression tout à fait spéciale commence à s'emparer de vous... Je me rendais compte que je n'en savais pas encore assez ! »
En 1967, plus de cinq ans après le déclenchement de la tornade psychédélique, Richard Alpert a fait le deuil de ses illusions. Sans le moins du monde renier l'apport du LSD, il a cessé d'y voir la panacée universelle et demeure à nouveau seul avec sa question. Force lui est de constater cette fois encore qu'il ne sait pas.
L'inconnaissance comporte des degrés. L'homme de trente-six ans ainsi mis au pied du mur n'est plus celui qui, en 1961, faisait face à la même épreuve. Sans doute ce questionnement est-il à présent plus cruel : Alpert s'est exposé, a laissé la vie l'émerveiller et le blesser. Renonçant à sa carapace d'universitaire membre de l'élite, il s'est ouvert à l'inconnu. Que faire, qu'entreprendre ? Sa carrière de psychologue à jamais derrière lui, Alpert ne peut sans tricher persister à prêcher d'un bout à l'autre du pays la bonne nouvelle du LSD, puisqu'il avoue à présent en ignorer le juste usage.
(Gilles Farcet, "L'homme se lève à l'ouest", chapitre sur Richard Alpert, aka Ram Dass)


Conclusion, par les Freak Brothers

 Il vaut mieux avoir de l'herbe et pas d'fric
que du fric et pas d'herbe !