dimanche 8 novembre 2020

Tomber les peaux











Silence.
La nudité du silence.
L’Indicible se tait.
Se goûte nu de soi.
La langue le trahit,
Le mot le pointe
Mais le déforme.
La focale le limite
La perspective le tronque
La métaphore l’habille
Et le masque;
Le symbole le voile,
Et le mystère mystifié
Du mythe ment.
Pas de mots.
Rien de tout ça ne se parle
Rien de tout ça ne se pense.
Qui donc les aurait ?
Un doigt pointe la lune
Illuminé et pathétique.
Nécessaire et inutile.
Incontournable et trompeur
Si il ne touche au coeur
De l’intime résonance
D’une profonde harmonique.
Mais Ohhhhh…Douleur !
Comme l’oubli tombe vite
Qui obscurcit cette grandeur
Dés lors que je dis « moi »
A toute cette épaisseur…




......Alors?
Tomber les peaux,
L’une après l’autre.
Tous les savoirs
Présomptueux.
Tous ces « pourquoi »
Dont on est sûr !
Tous ces « comment »
Si indûment
Affirmatifs !
Tous les je sais ,
Les je crois ;
Les c’est ici !
Les c’est par là !
Les il faut
Les je veux ,
Les tu dois .
Les c’est moi
Les c’est toi …
Tout ce qu’on a appris.
Tout ce qu’on croit connaître.
Tout ce qu’on a été
Et tout ce qu’on croit être !
Retrouver la « Mémoire »,
Laisser grandir le feu
Au bois du Cœur de soi
Au creux de l'humus de l'étant
Jusqu’au dévoilement,
A la métamorphose :
A l’évidence de « Cela »
Au cœur de CELA….
Maintenant
(Texte et voix : Nadia Charandak / Piano : Michel Tardieu)





samedi 31 octobre 2020

Houria Aïchi : «Atsaligh»







Chanteuse chaouie, née en plein cœur des Aurès (région montagneuse de l'Algérie), Houria Aïchi travaille depuis des années sur le patrimoine musical algérien. Patiemment, elle en collecte les derniers vestiges dans les villages oubliés et les interprète en tentant de rester aussi fidèle que possible à la tradition. 

Extrait de "Chants Sacrés d'Algérie" : "Atsaligh" (Que la prière divine soit sur le Prophète)







mercredi 28 octobre 2020

Psychotropes (3ème édition)







De quelques commentaires sur l'utilisation de substances psychotrophes (ou psychodysleptiques, ou encore lucidogènes)

602. — Pendant que Shrî Bhagavân prenait son bain, quelques fidèles autour de lui conversaient entre eux. Ils lui demandèrent ce qu'il convenait de penser de l'usage du haschisch (ganja).

M. Oh Ganja! Les fumeurs de haschisch éprouvent sous son influence un immense bonheur. Comment décrire leur bonheur? Ils hurlent à pleine voix «ânanda, ânanda» Joignant le geste à la parole, le Maharshi se mit à les imiter et marcher en titu­bant. Tout en continuant sa pantomime, il s'approcha d'un fidèle. Il lui mit les mains autour du cou, en ayant l'air de parodier les fumeurs de haschisch et en criant « ânanda, ânanda ».

A partir de cet instant, le fidèle se sentit complètement trans­formé. Il résidait depuis huit ans à l'âshram. Il avoua que, depuis cet incident, son esprit était en paix.
(Ramana Maharshi, l'enseignement)



« De tout temps, dit M. Th. G***, les Orientaux, à qui leur religion interdit l'usage du vin, ont cherché à satisfaire, par diverses préparations, ce besoin d'excitation intellectuelle commun à tous les peuples, et que les nations de l'Occident con­tentent au moyen de spiritueux et de boissons fermentées. Le désir de l'idéal est si fort chez l'homme, qu'il tâche, autant qu'il est en lui, de relâcher les liens qui retiennent l'âme au corps; et comme l'extase n'est pas à la portée de toutes les natures, il boit de la gaieté, il fume de l'oubli et mange de la folie, sous la forme du vin, du tabac et du hachisch. — Quel étrange problème! un peu de liqueur rouge, une bouffée de fumée, une cuillerée d'une pâte verdâtre, et l'âme, cette essence impalpable, est modifiée à l'instant! Les gens graves font mille extravagances; les paroles jaillissent involontairement de la bouche des si­lencieux : Héraclite rit aux éclats, et Démocrite pleure! ...
(Théophile Gautier, cité par Moreau de Tours)

(A propos du Cannabis)
Je ne donne pas ici une étude générale sur ses effets, sur les visions fantasmagoriques qu'il pro­digue. Les pages suivantes ne constituent pas non plus le complément de mes premières observations.
J'ai voulu le rencontrer à d'autres niveaux.
Trois opérations majeures : espionner le chanvre. Avec le chanvre espionner l'esprit. Avec le chanvre s'espionner soi-même.
Espion de premier ordre, le chanvre. Apprendre à l'utiliser et la patiente expérience des boulever­sements du mental.
Certes, il est intraduisible. Tout est intradui­sible. Lui, particulièrement : sa désinvolture, son manque de poids, son manque d'âme, son impertinence, ses jeux iconoclastes et libertins, ses rébus. J'ai été à la chasse. Beaucoup sans doute m'a échappé.
(Henri Michaux, "La connaissance par les gouffres")





Et maintenant admettez ce principe qui est la seule justifica­tion du goût des stupéfiants : ce que tous les drogués demandent consciemment ou inconsciemment aux drogues, ce ne sont jamais ces voluptés équivoques, ce foisonnement hallucinatoire d'images fantastique, cette hyperacuité sensuelle, cette excita­tion et autres balivernes dont rêvent tous ceux qui ignorent les « paradis artificiels ». C'est uniquement et tout simplement un changement d'état, un nouveau climat où leur conscience d'être soit moins douloureuse.
Ne pourront jamais comprendre : tous mes ennemis, les gens d'humeur égale et de sens rassis, les français-moyens, les ronds de cuir de l'intelligence, tous ceux dont l'esprit, instrument primitif et grossier mais incassable, est toujours prêt à s'appli­quer à ses usages journaliers, sans jamais connaître ni la nuit solide de l'abrutissement pétrifié ni l'agilité miraculeuse de l'éclair à tuer Dieu. Ils ne se doutent pas que par opposition aux poissons à bouche ronde que l'on nomme cyclostomes, les psychiatres ont baptisé du vocable de « cyclothymiques » un certain nombre de « malades » dont la vie s'écoule ainsi en alternances infernales et régulières d'états hypo et d'états hyper, d'enthousiasmes et de dépressions spirituels. Bien souvent ceux qui connaissent la lancinante douleur de ces dépressions lui préfèrent le suicide.
Plus incompréhensible encore leur sera l'état de l'homme qui souffre de la conscience effroyablement claire. Il s'agit de la douleur peu commune aux mortels de se trouver soudain trop « intel­ligent ». Il est bien vain de tenter de faire naître dans un esprit qui ne l'a pas expérimenté, l'approximation de cet état qui selon un déterminisme inconnu, en un instant soudain, plonge un être dans l'horreur froide et tenace du voile déchiré des antiques mystères. C'est devant la disponibilité la plus absolue de la conscience, le rappel brusque de l'inutilité de l'acte en cours, devenu symbole de tout Acte, devant le scandale d'être et d'être limité sans connaissance de soi-même. Essence de l'angoisse en soi qui fait les fous, qui fait les morts.
(Roger Gilbert-Lecomte, "Monsieur Morphée empoisonneur public")




Les drogues nous ennuient avec leur paradis.
Qu'elles nous donnent plutôt un peu de savoir.
Nous ne sommes pas un siècle à paradis.


Toute drogue modifie vos appuis. L'appui que vous preniez sur vos sens, l'appui que vos sens prenaient sur le monde, l'appui que vous preniez sur votre impression générale d'être. Ils cèdent. Une vaste redistribution de la sensibilité se fait, qui rend tout bizarre, une complexe, continuelle redistribution de la sensibilité. Vous sentez moins ici, et davantage là. Où « ici » ? Où « là » ? Dans des dizaines d'« ici », dans des dizaines de « là », que vous ne vous connaissiez pas, que vous ne reconnaissez pas. Zones obscures qui étaient claires. Zones légères qui étaient lourdes. Ce n'est plus à vous que vous aboutissez, et la réalité, les objets même, perdant leur masse et leur raideur, cessent d'opposer une résistance sérieuse à l'omniprésente mobilité transformatrice.
Des abandons paraissent, de petits (la drogue vous chatouille d'abandons), de grands aussi. Cer­tains s'y plaisent. Paradis, c'est-à-dire abandon. Vous subissez de multiples, de différentes invita­tions à lâcher... Voilà ce que les drogues fortes ont en commun et aussi que c'est toujours le cer­veau qui prend les coups, qui observe ses coulisses, ses ficelles, qui joue petit et grand jeu, et qui, ensuite, prend du recul, un singulier recul.
(Henri Michaux, "La connaissance par les gouffres")


Il arrive — mais rarement — qu'ayant entrevu un autre monde grâce au L.S.D., sans devenir toxicomane, cet éclair se transforme en une soif qui vous pousse à chercher plus avant. Il est donc bon de prendre une fois du L.S.D., mais il est difficile de savoir quand et comment s'arrêter. Le premier « voyage » n'est pas nocif. Vous prenez conscience de l'existence d'un autre monde et commencez votre quête, à cause du L.S.D. Mais il est difficile de s'arrêter — voilà le problème. Si vous en êtes capable, il est bon de faire un essai, mais le « si » est très problématique.
Mulla Nasrudin a dit qu'il ne prenait jamais plus d'un verre de vin. Plusieurs de ses amis n'en croyaient rien, car ils l'avaient vu boire un verre après l'autre. Il leur expliqua : « Le second est pris par le premier ; « moi » je n'en prends qu'un seul. Le second est pris par le premier et le troisième par le second. Je ne suis plus le maître. Je ne suis maître que du premier. Aussi comment dirais-je que je bois plus d'un verre ; je n'en prends qu'un seul — toujours ! Après le premier verre, vous êtes encore maître de vous, mais après le second, vous ne l'êtes plus. Le premier voudra en prendre un deuxième, et ainsi de suite. Ce n'est plus vous qui exercez le contrôle ».
Commencer une chose est facile, car vous en êtes maître. Y mettre un terme est difficile, car alors vous ne l'êtes plus. Je ne suis donc pas contre le L.S.D...à une condition : que vous en restiez le maître. Dans ce cas, tout est bien. Ayez recours à n'importe quoi mais restez- en le maître. Sinon ne vous aventurez pas sur une route dangereuse. Abstenez-vous-en. C'est préférable.
(Bhagwan Shree Rajneesh, "la méditation dynamique")



Pape de la nouvelle secte, Timothy Leary persiste à voir dans l'emploi maîtrisé des drogues psychédéliques la porte du paradis terrestre et le ferment d'une mutation culturelle et sociale. Mais pour Dick Alpert, le coeur n'y est déjà plus. En vérité, il ne sait plus à quelle pilule se vouer et sombre insidieusement dans la dépression de la « descente ». Car les hallucinogènes, s'ils procu­rent un ticket d'entrée au jardin d'Éden, ne donnent en rien les moyens de s'y établir à jamais. Sa visite terminée, le touriste psychédélique, si désireux soit-il d'élire domicile en ce luxuriant domaine, se voit gentiment mais fermement poussé vers la sortie. S'empare alors de lui une nostalgie d'autant plus lancinante que, tout en pouvant indéfiniment renouveler ses incursions au royaume des cieux, il sait y être à jamais interdit de résidence.
« Durant ces quelques années, nous avions cessé de croire qu'une seule expérience suffirait à faire de nous des êtres à jamais illuminés. Nous nous rendions compte que cela ne serait pas si simple. Pendant cinq ans, je m'attaquai au problème de la " descente ". Au bout de six ans, je réalisai que, quelque ingénio­sité que je mette à préparer l'expérience, si haut que j'aille, je retomberais toujours. Et c'était une expérience très frustrante : c'était un peu comme si après avoir eu accès au royaume des cieux, on s'en était trouvé chassé. Au bout de deux ou trois cents fois, une dépression tout à fait spéciale commence à s'emparer de vous... Je me rendais compte que je n'en savais pas encore assez ! »
En 1967, plus de cinq ans après le déclenchement de la tornade psychédélique, Richard Alpert a fait le deuil de ses illusions. Sans le moins du monde renier l'apport du LSD, il a cessé d'y voir la panacée universelle et demeure à nouveau seul avec sa question. Force lui est de constater cette fois encore qu'il ne sait pas.
L'inconnaissance comporte des degrés. L'homme de trente-six ans ainsi mis au pied du mur n'est plus celui qui, en 1961, faisait face à la même épreuve. Sans doute ce questionnement est-il à présent plus cruel : Alpert s'est exposé, a laissé la vie l'émerveiller et le blesser. Renonçant à sa carapace d'universitaire membre de l'élite, il s'est ouvert à l'inconnu. Que faire, qu'entreprendre ? Sa carrière de psychologue à jamais derrière lui, Alpert ne peut sans tricher persister à prêcher d'un bout à l'autre du pays la bonne nouvelle du LSD, puisqu'il avoue à présent en ignorer le juste usage.
(Gilles Farcet, "L'homme se lève à l'ouest", chapitre sur Richard Alpert, aka Ram Dass)


Conclusion, par les Freak Brothers

 Il vaut mieux avoir de l'herbe et pas d'fric
que du fric et pas d'herbe ! 





mardi 13 octobre 2020

Swat Valley (Pakistan) : Malam Jabba







La station de ski «Malam Jabba» située dans les hauteurs de la vallée de Swat, au Pakistan, fut construite à l'initiative du gouvernement pakistanais avec l'aide des Autrichiens. Son point culminant est à 2800m d'altitude. Les premières photos ci-dessous datent de mai 2004, lors de la tournée musicale que j'ai eu l'occasion de faire pour l'alliance française du Pakistan, avec ma grande amie chanteuse, Zaniboni. Les images de la station enneigée ont été trouvées sur le net, ainsi que toutes les autres vues de l'état actuel du lieu.
En 2008, les talibans prirent le contrôle de la région et détruisirent l'hôtel ainsi que le télésiège. L'ensemble de la station n'avait pas été restauré jusqu'en 2014, mais le site avait néanmoins repris son activité, les skieurs montant à pied ou utilisant un télésiège assez rustique, et beaucoup plus court.


Photos de mai 2004








Images trouvées sur le net

La station enneigée (avant 2008)




Après 2008





Depuis, les activités ont néanmoins repris...




 

A partir de 2014, la restauration de la station a été entreprise
et finalisée en 2017.
Voir ici : Malam Jabba


 


 

 

jeudi 8 octobre 2020

FAQ : Qu'est-ce que «croire ses pensées» ?






Tout d'abord, je pose un axiome de base : je considère comme réel ce qui apparait maintenant à ma conscience en mode perceptif direct.

Premier exemple : je roule en voiture, et la route traverse une forêt. Tout à coup, apparait au loin un gros obstacle en travers de la route, que j'analyse instantanément comme étant un arbre qui est tombé, barrant la dite route sur toute sa largeur. Que se passe-t-il ? Je freine, bien sûr, pour m'arrêter avant que la voiture ne percute l'obstacle. Un ensemble de processus mentaux inconscients s'est déroulé à toute allure, aboutissant probablement à une pensée du genre «la voiture ne peut franchir cet obstacle», cette pensée elle-même n'étant pas formulée en mots, mais transmise directement au système neuro-musculaire qui actionne la pression sur la pédale de frein.  La voiture s'arrête, fin de l'histoire.

L'ensemble de ce processus est parfaitement adapté à la situation et il n'y a pas lieu d'en parler plus longtemps.



Deuxième exemple : je roule en voiture sur une route sinueuse, et me retrouve derrière une autre voiture qui roule assez lentement, freinant au moindre virage, et que je ne peux bien sûr pas doubler. Si la situation est traitée comme dans le premier cas, tout va bien : je ralentis, considère la possibilité de dépassement dès qu'un bout de ligne droite se présentera, et c'est à peu près tout. Mais voilà, ça va souvent se passer autrement : une pensée fuse, du genre «il ne devrait pas rouler si lentement»,ce qui revient à «il me dérange, je n'aime pas être dérangé, il ne devrait pas être là»
Du mode perceptif, je bascule automatiquement dans le mode narratif et cette pensée apparait à présent sans que je m'en rende compte comme une perception réelle : il me dérange vraiment, je le sens, une émotion monte, je suis agacé, puis énervé, je peste, fulmine, traite intérieurement ce conducteur qui a l'indélicatesse de s'opposer à ma liberté de rouler à la vitesse qui me plait d'une multitudes de noms d'oiseaux, me demande comment il a fait pour avoir son permis de conduire, et pour terminer, je vais tenter par tous les moyens de le doubler, quitte à prendre des risques inconsidérés.
Ce qui était initialement une situation simple est devenu un problème pénible, douloureux, et potentiellement dangereux simplement parce qu'au réel de la situation s'est substitué le réel de ma pensée au sujet de cette situation. A partir d'une simple croyance en une pensée source («il me dérange», et son corollaire «je n'aime pas être dérangé»), une situation entièrement fictive est générée, de manière totalement inconsciente, et pendant tout ce temps, je crois dur comme fer que ce que je pense est la réalité, j'en veux pour preuve le fait que je ressente l'émotion dans mon corps d'une manière bien réelle...

En fin de compte, dans ce deuxième exemple, l'environnement mental généré par la pensée («je suis dérangé et je n'aime pas ça») est perçu comme tout aussi réel que l'environnement direct («il y a un arbre en travers de la route») du premier exemple.



Bien entendu, la croyance en nos pensées peut revêtir des aspects bien plus subtils et la pratique de «voir» les pensées prend ici tout son sens. Lorsqu'une pensée est vue en tant que pensée, elle n'a plus le pouvoir de nous entraîner dans une histoire : c'est ainsi que notre histoire personnelle finit par disparaître. Il y a des personnes qui reçoive la grâce que cela se produise d'un coup, d'autres pour qui cela prend du temps, mais le résultat est le même : les pensées ne sont plus crues. D'ailleurs, je m'arrête là pour me consacrer à trouver la pensée source qui me pousse à raconter tout ça sur ce blog, et voir si je crois encore à cette pensée...mais peut-être aussi n'est-ce que par amusement, ou encore pour passer le temps, allez donc savoir !






FAQ : Voir ou penser ?






Nous allons utiliser ici des termes empruntés à un article américain traitant d'expériences scientifiques menées sur des pratiquant bouddhistes en état de méditation. Voir sera dénommé "focus expérientiel", penser "focus narratif".



Voici donc les définitions :

The Nar­ra­tive Baseline (le focus narratif)
“When you expe­ri­ence the world using this nar­ra­tive net­work, you take in infor­ma­tion from the out­side world, process it through a fil­ter of what every­thing means, and add your inter­pre­ta­tions. Sit­ting on the dock with your nar­ra­tive cir­cuit active, a cool breeze isn’t a cool breeze, it’s a sign than sum­mer will be over soon, which starts you think­ing about where to go ski­ing, and whether your ski suit needs a dry clean.”

Lorsque vous expérimentez le monde par l'intermédiaire du mode narratif, vous prenez une information dans le monde extérieur, la traitez à travers le filtre de la signification, et ajoutez votre interprétation. Assis au bord de l'eau avec votre circuit narratif en activité, une douce brise n'est pas une douce brise, c'est le signe que l'été va bientôt se terminer, ce qui vous amène à penser à vos prochaines vacances d'hiver, où vous pourriez aller skier, et s'il ne faudrait pas faire nettoyer votre combinaisosn de ski.

The Expe­ri­en­tial Experience (le focus expérientiel)
“When this direct expe­ri­ence net­work is acti­vated, you are not think­ing intently about the past or future, other peo­ple, or your­self, or con­sid­er­ing much at all. Rather, you are expe­ri­enc­ing infor­ma­tion com­ing into your senses in real time. Sit­ting on the jetty, your atten­tion is on the warmth of the sun on your skin, the cool breeze in your hair, and the cold beer in your hand.”

Quand le mode expérientiel est activé, vous ne pensez pratiquement plus au passé ni au futur, ni aux autres personnes, ni à vous-même, ni à quoi que ce soit d'autre. Vous êtes plutôt connectés en temps réel à l'expérience directe offerte par vos sens. Assis au bord de l'eau, votre attention se porte simplement sur la chaleur du soleil sur votre peau, la douce brise dans vos cheveux, et la bière fraîche dans votre verre.




Et voici un commentaire que m'avais envoyé un pratiquant bouddhiste également américain sur ce sujet :

«En ce qui concerne la perception directe des pensées, il y a une distinction à faire entre ce que nous pourrions appeler le "focus narratif" et le "focus expérientiel". Le focus narratif est l'état dans lequel nous passons la plus grande partie de notre vie, et c'est la raison pour laquelle nous avons une si pauvre acuité perceptive, incluant les pensées.
Le focus expérientiel nous connecte directement avec les sens; cela ne veut pas dire que les pensées cessent complètement, mais qu'elles sont vues simplement comme une partie de l'expérience. Si pour vous le fait d'avoir des pensées vous coupe de vos autres sens (qui est le mode par défaut pour la plupart d'entre nous), cela signifie simplement qu'il y a une forte attraction vers le focus narratif. La question n'est pas de condamner la pensée, mais de se maintenir en focus expérientiel. La plupart des personnes auront besoin de cultiver cela, et peuvent y être aidées par les divers "basculements" de conscience pouvant se produire ça et là au cours du chemin spirituel.» (Mark Pratityasamutpada)



Conclusion : Voir ou penser, il faut trancher !




vendredi 28 août 2020

L'Art d'Être Conscient n°6 : Swami Prajnanpad








Extraits de la page Facebook «L'Art d'Être Conscient»








« - Vous avez dit : «c’est un beau jardin».
Avez-vous vu le jardin ? L’avez-vous vu ?
- Non, non, je n’ai vu que l’image.
- Vous pensez que vous voyez, mais vous ne voyez pas.
Vous pensez que vous voyez. Quand Swamiji demande : «Qu'est-ce que c'est ?», vous dites «C'est un beau jardin.» Quelle est la signification de ceci ? Essayez d'en voir le sens. Dès que vos yeux se tournent de ce côté là, vous voyez un beau jardin. Ce qui signifie qu'immédiatement, vous allez vers une image qui vous apparait belle. Vous avez l'image de quelque chose de beau. Et vous juxtaposez cette image avec cela. Aussi, quand vous dites que vous le voyez, vous ne le voyez pas. Vos yeux sont tournés vers le jardin. Vous voyez - ou plutôt vous croyez voir - une belle image. Vous ne voyez pas le jardin.» 
(Sumangal Prakash, l'expérience de l'unité)

Ce qui empêche de «voir», c'est lorsque l'image mentale apparait, s'installe et se substitue à la vision, se faisant passer pour du réel; si ce processus n'est pas mis en lumière, il n'y a pas de vision, il n'y a que la pensée de vision : «vous pensez que vous voyez»

«Lorsque nous sommes capables de voir au-delà de la représentation holographique interne créée par le cerveau, lorsque la machine* devient pour nous transparente, nous pouvons alors observer le monde directement et dans ses moindres détails.» (E.J.Gold)

*Pour E.J.Gold, la "machine biologique humaine" désigne le corps, avec ses appareils mental, émotionnel et moteur.