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mercredi 15 février 2023

Conscience, par Jean-Marc Mantel








Ce texte de Jean Marc Mantel est si clair et lumineux qu'il me parait inutile de rajouter quoi que ce soit. Je vous invite donc à le savourer, en prenant tout le temps qu'il faut pour bien sentir en quoi il nous concerne tous.


Jean-Marc Mantel - La pensée est un objet d’observation. Elle peut être vue, contemplée, appréhendée, depuis l’instant de son émergence jusqu’à l’instant de sa disparition. Cette possibili­té d’appréhension signe l’existence d’un regard situé en dehors d’elle, qui la contemple. Ce regard, c’est la conscience. Essayez d’attribuer des quali­ficatifs personnels à ce regard et vous n’y arrive­rez jamais. Il n’est ni chaud, ni froid, ni beau, ni laid, ni grand, ni petit, ni jeune, ni vieux. Et pour­tant il se sait. Vous vous savez regard. Vous vous savez témoin de toute expérience. Vous vous savez connaisseur de votre corps, pouvant assister, à défaut de sa naissance, à sa mort. Ainsi la conscience se sait. Il ne s’agit pas là d’une connaissance analogue à celle d’un objet connu, mais d’une connaissance intime de ce que vous êtes, de la racine de toute pensée et émotion, de la racine de l’être, là où le « je suis » prend sa sour­ce. Cet espace de silence, de présence, de conscience n’est rien d’autre que moi-même, un moi-même libre d’attribut, libre de possession, libre de savoir, libre d’attachement, libre de sensa­tion, libre d’émotion, libre de pensée. C’est ce moi-même, dont l’authenticité ne fait nul doute, qui est nommé conscience. Il n’est pas différent de vous-même. C’est ici que vous-même et moi- même nous rejoignons, par-delà les cultures et les différences, par-delà les opinions et les préfé­rences. L’humanité, dans sa totalité, s’enracine dans l’expérience de la conscience. C’est cette expérience qui rapproche les êtres, les fait com­muniquer d’un simple regard, les fait s’aimer sans juger. Découvrir la conscience, c’est se découvrir, c’est abandonner toute idée, c’est lâcher toute pen­sée. Dans cette complète humilité, dans laquelle le moi est absorbé dans un espace qui le dépasse, se trouve ce que je suis, ce que je suis dans mon essence, dans votre essence, dans notre essence.



Le regard percevant la pensée, les émotions, les sensations, regard désidentifié, peut-il à son tour être perçu ?

Le regard n’est pas un objet de vision. Il est lui-même la vision. La vision ne peut pas se voir, mais ne peut que se savoir. Ce savoir est un vécu, qui ne se réfère à rien d’autre qu’à la vision elle- même. Il est libre de la mémoire. Il ne dépend ni des caractéristiques de votre personnalité, ni de vos expériences passées, ni des successions d’évé­nements que l’on nomme destin.


N’est-ce pas développer un concept que de dire que le regard se sait, que l’on se sait regard ? A quel niveau ce regard se sait-il ? Qui détient ce savoir?

Laissez partir le concept, et le vécu se trouve. Si l’on vous demande si, à cet instant même, vous êtes, vous allez répondre sans hésiter « oui ». Voyez à quoi se réfère ce « oui », quelle en est sa sour­ce. Un vécu se dévoile alors, vécu qui n’est pas de nature mentale, qui précède toute pensée.
C’est la conscience pure qui se dévoi­le à cet instant. La conscience est le contenant de tout savoir. Elle est elle- même le savoir. Elle n’a pas d’autre pro­priétaire qu’elle-même. Tout savoir poin­te vers la conscience, mais n’est pas la conscience. Le savoir acquis est une mémoire. Le savoir vécu est sans mémoire.


La façon dont vous présentez le « moi-même, dont l’authenticité ne fait aucun doute » s’oppose, par exemple, à la vision bouddhiste qui parle dans ce cas d’impermanence du moi. Comment concilier ces deux points de vue ?

Tout dépend si l’accent est mis sur la négativité ou sur la positivité. Lorsqu’un tableau est retiré du mur, si l’accent est mis sur l’absence du tableau, le manque se présente, si l’accent est mis sur l’arriè­re-plan du mur, rien ne change. De même, si l’accent est mis sur l’absence du moi, reste un vide. Si l’accent est mis sur la présence, reste le plein. C’est ici que la négativité devient positivité.




Le bouddhisme fait référence à un sixième sens, le sens des objets mentaux qui n’est ni plus ni moins qu’un sens ordinaire au même titre que le toucher, le sentir ou le voir. Quelle distinction faire entre ce sixième sens, confondu bien sou­vent avec le regard non identifié, apana­ge de la conscience, et l’observation libre d’attachement ? Comment se dis­criminent en soi ces deux niveaux ?

Le sixième sens fait référence à une vision subtile qui perçoit les mouve­ments d’énergie en arrière-plan de la forme. Cette vision s’inscrit dans la conscience. Elle en est une expression, mais elle n’est pas la conscience elle- même. La conscience est regard. Elle contient l’oeil physique et l’oeil subtil. La pensée est un objet. Lorsqu’elle émer­ge et commente la perception, il s’agit, pour le regard qui voit, d’une nouvelle perception qui se substitue à la précéden­te. Expérimentez ce qui ne change pas en vous lors du mouvement des percep­tions. A l’instant de cette auto- reconnaissance, vous vous découvrez libre de la perception.


Un grand nombre de chercheurs, dans la confusion entre le psychique et le spirituel, ont une opinion négative de la pensée et cherchent plus ou moins inconsciemment à l’exclure du champ de leur approche de la spiritualité. Ainsi se conditionnent-ils vers une auto-mutila­tion, ou à tout le moins une anesthésie du mental. De votre expérience, quel juste rôle la pensée est-elle appelée à jouer dans la vie phénoménale ? Par quel pro­cessus est-elle entraînée hors de la place qui lui est attribuée par la nature pour envahir le champ du mental ?

Le « problème », si tant est que l’on puisse le nommer ainsi, n’est pas tant la pensée, que l’attachement à son contenu. Lorsque le contenu de la pensée est reconnu en tant que pensée, mais non pas en tant que réalité, une relation saine à la pensée s’installe. Dans cette relation, la pensée n’est pas inhibée dans son dérou­lement, mais n’est pas non plus nourrie. Elle remplit alors son rôle d’instrument de la conscience, par son pouvoir synthé­tique et photographique, qui donne un aperçu figé d’une réalité mouvante. De la même manière que la photographie de l’ami(e) n’est pas l’ami(e), la pensée n’est pas la réalité qu’elle présente. Elle en est une représentation. Prendre la réflexion de la lune dans l’eau pour la lune elle-même est le signe d’un manque de maturité. La maturité est ce qui distingue le vrai du faux.




Une pensée est une tension corporel­le. Elle a besoin d’énergie pour apparaître, et s’efface lorsque cette énergie s’épuise. Mais une nouvelle pensée réapparaît immédiate­ment et se déroule en associations mécaniques aux­quelles je suis identifié. Où est puisée l’énergie qui génère ce mécanisme de pensées ? Et, autre versant de la question, que devient cette énergie dans l’ex­périence de la conscience de soi ?

Les tensions et défenses qui sont emmagasinées dans la structure corporelle jouent un rôle de réser­voir d’énergie, qui nourrit l’activité mentale et les émotions qui s’y rattachent. Lorsque la perspective s’oriente et que le corps se détend, les énergies fixées dans la structure réintègrent la globalité, à la manière du sucre qui se dissout dans l’eau. Cette mise en place des énergies n’est pas le fruit d’un vouloir, mais d’un abandon du vouloir. La vie est intelligence. Elle accorde et harmonise ce qui a besoin de l’être. Elle rapproche et sépare selon son bon vouloir. Libéré de la croyance en la réalité de l’acteur séparé, vous devenez vie. La vie ne meurt pas. Seules ses expressions naissent et meurent. Ce qui ne nait pas ne meurt pas. Laissez de côté ce que l’on vous a raconté, et voyez si vous êtes né.


Quel rôle joue la mémoire dans la perception ? Et comment intervient l’affect ?

La perception n’existe qu’à l’instant de son émergence dans la conscience. L’instant d’après, elle n’a plus aucune existence. Une autre percep­tion l’a remplacée. La mémoire relie les instants, donnant l’impression d’une continuité. Voyez qu’en accueillant pleinement chaque instant tel qu’il vient, et en le laissant mourir de la même manière, vous vous ressentez libre de cette valse sans fin. Vous n’êtes plus ni le danseur, ni la danse, mais l’espace de conscience qui contient les deux. La mémoire fonctionnelle a une utilité dans les actes concrets. Mais la mémoire psychologique, l’attachement ou le rejet du souvenir des expé­riences passées, appartient au moi. Le moi, expres­sion dans l’espace-temps de la conscience, meurt dans la présence à l’instant. Il ne peut se maintenir que dans l’illusion du temps, dans la croyance en la réalité d’un passé qui n’est plus et d’un avenir qui n’est pas.
L’affect ou l’émotion, dans son sens ultime, est l’expression de la beauté que vous êtes. Les autres formes de l’émotion sont des réactions transitoires d’un moi qui lutte pour sa survie. Le plaisir et la souffrance sont des expériences de prise et de lâcher-prise qui amènent, tôt ou tard, à réaliser que tout peut être abandonné, hormis vous-même, en tant qu’absolue conscience. Retirez les pions de l’échiquier, et reste l’échiquier, retirez l’échiquier et reste la table, retirez la table, et reste le plancher, retirez le plancher, et reste la maison, retirez la mai­son, et reste la terre, retirez la terre, et reste l’espa­ce, retirez l’espace et reste le vide, retirez le vide et reste la conscience. Mais ne confondez pas le concept de conscience avec la conscience elle- même. Le concept de conscience est encore un objet. La conscience n’est pas objet.



Dans votre approche de la psychiatrie et de la psychologie, comment intégrez-vous la dimension de la conscience par rapport aux souffrances psy­chiques qui s’expriment face à vous, souffrances qui paraissent insurmontables au patient ?

Le dénommé patient n’est rien d’autre qu’une expression de la vérité qui se cherche. Dans une approche mettant l’accent sur la conscience de la globalité, la souffrance est mise en relation avec le moi qui la crée, et le moi est mis en relation avec la conscience qui le perçoit. C’est toute l’habileté du thérapeute que d’inviter le regard à s’orienter, et de proposer sans imposer. Un entretien est en fait un partage d’expérience. Nous connaissons tous l’ex­périence de l’identification à la personne, et ses conséquences. L’expérience de l’absence de la per­sonne est moins connue, car masquée par l’agita­tion mentale, corporelle et émotionnelle. En invi­tant le relâchement des tensions psychiques et phy­siques, c’est en fait l’attention, dans sa nature origi­nelle, qui est invitée à prendre le devant de la scène, à remplacer le moi souffrant perdu dans ses projec­tions sans fin. La magie d’un entretien se découvre dans ces instants où le silence remplace la parole et l’écoute le refus. C’est ainsi que l’expérience du plein se substitue à la croyance au manque, et que la présence balaye l’illusion du regret. Rien ne peut être codifié dans cette démarche vers là où vous êtes. C’est par touches successives, à la manière d’un peintre impressioniste, que les mirages s’es­tompent et la clarté règne.



Article paru dans le numéro 69 de la revue 3eme Millénaire




mardi 8 novembre 2022

L'Art d'Être Conscient : 4 exemples, par Douglas Harding








Extrait du livre "Vivre sans stress", de Douglas Harding, (chapitre 11 : "Le stress et la difficile condition humaine")



La militante de la Croix Rouge au Nigeria

Il y a quelques années, j'ai vu à la télévision le repor­tage d'une militante de la Croix Rouge au Nigeria pen­dant la guerre du Biafra — conflit particulièrement horrible. Son témoignage sur les souffrances atroces de la population civile n'était sans doute que trop fidèle à la réalité et justifiait parfaitement son appel de fonds. Pour­tant, ce qui m'a frappé alors plus que l'horreur de la violence, la maladie et la faim au Biafra, c'était l'angoisse et le stress dans sa voix et sur son visage. Elle n'aurait pas pu participer davantage à la souffrance. Elle était totale­ment impliquée, absolument pas détachée. Ce qui, j'ai tendance à croire, devait réduire sérieusement son effica­cité sur le terrain, comme cela nuisait énormément à la portée de sa prestation télévisée pour récolter de l'argent. Elle était, de toute évidence, une femme exceptionnelle, peut-être même héroïque, mais il m'a semblé qu'il lui manquait l'accès à cette Paix intérieure qui nous permet (comme j'espère le montrer) non seulement de recevoir tous les tourments du monde sans en être déchiré, mais même de les transmuer d'une certaine manière.




Le soldat en permission

En Inde au cours de la Seconde Guerre mondiale, un soldat britannique de trente-trois ans, en permission dans les Himalayas, fit une découverte d'une importance capi­tale pour lui. Ayant jeté un regard neuf sur lui-même, voici en résumé ce qu'il écrivit : « Ce que j'ai découvert ?... Deux jambes de panta­lon aboutissant à une paire de chaussures, des man­ches amenant de part et d'autre à une paire de mains, et un plastron débouchant tout en-bas sur... absolu­ment rien ! Certainement pas une tête.
Je découvris instantanément que ce rien, ce trou où aurait dû se trouver une tête, était très habité. C'était un vide énorme, rempli à profusion, un vide qui faisait place à tout — au gazon, aux arbres, aux lointaines collines ombragées, au ciel... J'avais perdu une tête et gagné un monde... En dehors de l'expérience elle-même ne surgissait aucune question, aucune référence, seulement la paix, la joie sereine, et la sensation d'avoir laissé tomber un insupportable fardeau. »
Au retour de sa permission, le soldat retourna au mess des officiers à Calcutta. Le Bengale était alors en proie à la famine. Il n'était pas rare que les pauvres meurent sans soin dans les rues de Calcutta. Mais maintenant, c'était par centaines et milliers qu'ils mouraient et un grand nombre de vivants étaient des squelettes debouts ou cou­chés, dont beaucoup d'enfants. A la porte-même de ses quartiers, il fut obligé d'enjamber des formes suppliantes.
Bien sûr, il ressentit de la pitié et donna de l'argent. Mais il ne se sentit pas impliqué. Il resta détaché, froid. Ce n'était pas une façon délibérée d'ignorer la souffrance qui l'entourait, il ne se retirait pas consciemment dans le havre de perfection du Vide qu'il avait découvert dans ce décor de montagnes si différent, et pourtant si proche. Néanmoins il est certain qu'il fuyait le stress et la dé­tresse qui l'entouraient en cherchant leur absence ici, au Centre. Comme si c'était possible ! Comme si ce refuge qu'il venait de découvrir apportait en lui-même la réponse aux souffrances du monde ! Il avait, c'est vrai, bien saisi (et retenu avec soulagement et bonheur) la première partie du message, la plus facile, celle concernant le déta­chement absolu. Il lui restait à comprendre et prendre à coeur la seconde partie, la plus dure, celle concernant l'implication absolue. C'était un bon début, certes. Il avait commencé à résoudre le problème du stress, mais guère plus. Pour le moment, il était capable de regarder ces corps émaciés avec une sérénité incroyable et, il faut bien le dire, monstrueuse. Je me sens d'autant plus libre d'en parler ainsi que le soldat, c'était moi.




Anandamayi Ma et la Rani

Une vingtaine d'années plus tard, je me trouvais à nouveau au Bengale, cette fois dans l'ashram de Anan­damayi Ma, sage indienne bien connue, suivie par des millions de disciples. C'était alors une très belle femme d'une soixantaine d'années, je suppose, et qui avait un port et une dignité de reine. Avec l'aide d'un interprète (elle ne parlait pas anglais, ni moi Bengali) j'eus le privilège d'avoir plusieurs entretiens avec elle au sujet d'un verset : « Je te salue, je te salue, O déesse qui es la Conscience dans toutes les créatures », qui revenait sans cesse dans les chants traditionnels que ses disciples chantaient tous les jours et qui m'émouvait profon­dément. Deux événements sont restés gravés dans ma mémoire. D'abord, l'instant où, au moment où j'allais partir, Ma m'offrit le châle qu'elle portait sur la tête en me disant : « Je suis toi, je suis toi ! » Et ensuite, la visite d'une Rani, princesse indienne, dont le fils unique venait de mourir. Les sages ont la réputation d'être détachés de tout. Eh bien j'ai vu Ma consoler cette femme éplorée pendant des heures. Et elle pleurait autant qu'elle.
Parmi les paroles de la sainte, il y en a qui auraient pu m'être destinées personnellement au moment de la famine au Bengale :
« Si, au sortir de votre méditation, vous êtes capable de vous comporter comme auparavant, c'est que vous n'avez pas encore été transformé... Les gens viennent à moi et me racontent que leurs fils et leurs filles sont montés dans leur voiture et partis sans même lever les yeux pour voir si leurs parents pleuraient. Ils sont complètement insensibles au cha­grin de leurs parents. Voyez-vous, c'est exactement ce qui se passe lorsqu'on a atteint un certain point sur la Voie... On pense : "Ceux que je prenais pour ma véritable famille ne sont en fait reliés à moi que par la chair et le sang. Quelle importance pour moi ?"... Mais par la suite, lorsque vous vous êtes détaché du détachement même, il n'est plus question de détachement ou de non-détachement. Ce qui est est CELA. »
Anandamayi Ma n'était ni « attachée à » ni « détachée de » cette mère et son chagrin. Elle était les deux à la fois. JE SUIS TOI, tel était et demeure son message pour ses disciples, comme il l'a été pour moi en ce jour mémo­rable et l'est resté depuis.




Mère Teresa

A peu près en même temps que la militante de la Croix Rouge (notre premier exemple), apparut sur les écrans de la télévision britannique une autre femme également concernée par la souffrance humaine : Mère Teresa de Calcutta. La réalité qui l'entourait était à peine moins atroce que celle de la guerre du Biafra. Mais le contraste entre les deux femmes était extraordinaire. La voix et le visage de Mère Teresa témoignaient d'une sérénité, d'une paix intérieures qui, loin d'être assombries par la détresse des malades et des mourants qu'elle aimait et soignait, n'en rayonnaient que davantage. Son ami et biographe, Malcolm Muggeridge écrit :
« En s'effaçant elle-même, elle devient elle-même. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi remarquable. La croiser un instant seulement vous laisse une im­pression inoubliable. J'ai vu des gens fondre en lar­mes quand elle partait, même si c'était au cours d'une réception où ils n'avaient pu recevoir d'elle qu'un simple sourire. Une fois j'ai eu l'occasion de l'accompagner, avec l'une des soeurs, à la gare de Calcutta... Quand le train s'ébranla et que je m'ap­prêtai à sortir de la gare, j'eus l'impression de laisser derrière moi toute la beauté, toute la joie de l'uni­vers. »
Voici un exemple vivant de la manière de traiter le stress et la détresse du monde, y compris la nôtre : plon­ger dedans la tête la première, tout en en restant dégagé. « Etre concerné, et pas concerné », selon les termes de T.S. Eliot. Contrairement à la militante de la Croix Rouge, Mère Teresa n'oubliait pas sa Paix intérieure, mais à l'encontre du soldat britannique, elle n'y cher­chait pas un refuge. Elle ne s'était pas non plus arrangée habilement pour trouver un chemin intermédiaire entre ces deux extrêmes, un compromis raisonnable. Oh non ! Elle allait aux deux extrêmes à la fois, avec une énergie et un dévouement incomparables, et résolvait concrètement le problème soulevé dans ce chapitre. Peu importe le fait que nos langage et système de pensée personnels n'aient pas grand chose de commun avec les siens. Ce ne sont pas ses paroles mais ses actes — et plus encore elle-même — qui sont une leçon pour nous ici : sa démonstration réconfor­tante de la manière d'affronter le malheur calmement et d'être ainsi vraiment efficace.




Comparaison des quatre cas

En début de chapitre, nous avons dit que pour s'atta­quer intelligemment au stress — surtout celui dû aux multiples dangers dont nous sommes menacés et que l'homme a créés lui-même — il fallait s'attaquer à leurs racines : la peur, la haine et l'avidité ou le désir insatiable. En un mot, l'aliénation. Dans quelle mesure nos quatre personnages ont-ils chacun réussi cela ?...


1) Tout dans la militante de la Croix Rouge révélait sa peur de la guerre et de ses conséquences, sa haine des responsables de la guerre et son désir fou d'assurer la sécurité et la survie de ses amis. Résultat : stress et inefficacité. Cette voie mène tôt ou tard au désespoir ou à la folie.

2) Le soldat en Inde avait réussi à trouver une sorte de paix au-delà de la peur, de la haine et de l'avidité. Mais il restait inconsciemment fortement attaché à cette demi-vérité qui est vision de lui-même comme Espace vide, par opposition à la vérité totale qui est vision de lui- même comme Espace rempli. C'était pour lui le moyen de se désengager de l'humanité souffrante, attitude totale­ment irréaliste, pour ne pas dire plus. Aucun écran ne pouvait lui dissimuler la misère humaine. Résultat : beau­coup de culpabilité et de stress cachés.


3) Je ne doute pas que Anandamayi Ma ait été totale­ment libérée de la peur, la haine et l'avidité, ainsi que de toutes émotions. (Nous le sommes tous, en notre centre, mais elle l'était consciemment.) Et je suis sûr que les larmes qu'elle versait en partageant la douleur de cette jeune mère endeuillée étaient d'autant plus sincères qu'el­les ne troublaient en aucune façon sa propre sérénité absolument imperturbable. Elle prenait sur elle la dou­leur de l'autre étant elle-même libre de toute douleur, tout comme elle prenait sur elle le visage de l'autre étant elle- même sans visage. Pour apprécier pleinement ce que cela signifie concrètement, il faut, comme Ma, voir Qui vous êtes. Et pour cela, il vous suffit de voir dès maintenant comme votre propre Espace est vide pour enregistrer ces commentaires sur elle.


4) A sa manière, Mère Teresa a trouvé la confiance au-delà de la peur, l'amour au-delà de la haine, le renon­cement et le détachement au-delà de l'avidité. Elle réussit à prendre sur elle les tragédies humaines les plus effroya­bles parce que la Paix qui est au centre d'elle-même demeure intacte. Dans notre langage, elle a résolu le problème du stress en s'immergeant dedans : elle est le stress tout en ne l'étant pas. Théorie absurde ? Si vous voulez. Mais concrètement, c'est ainsi que cela fonc­tionne. Et cela fonctionne bien !

Vous pensez peut-être que, contrairement aux femmes que j'ai décrites, vous n'êtes pas de l'étoffe dont on fait les héros et les saints. N'en soyez pas trop certain. D'innom­brables hommes et femmes méconnus se sont levés pour faire face au défi de la misère et de la souffrance humai­nes, alors qu'ils ne s'étaient jamais imaginés dans la peau d'une héroïne ou d'un héros. Leurs croyances et voca­tions particulières leur appartiennent en propre, mais leur comportement est un message pour tous : vous êtes faits de la même étoffe qu'eux, vous avez en vous la même capacité de force sereine. Et comme eux, vous êtes ca­pable de faire face à n'importe quoi, sans porter la moin­dre atteinte à cette Paix Parfaite qui est au centre de nous- même, cette Sécurité absolue que nous partageons tous.









mercredi 10 mars 2021

Lee Lozowick : Poursuivre l'Amour jusqu'au bout







UNE FOIS QUE VOUS AVEZ DÉCOUVERT L'AMOUR, POURSUIVEZ-LE JUSQU'AU BOUT

Lorsque des relations naissent dans le contexte d'une vie dédiée à Dieu, il est important de ne pas vous conduire comme vous le feriez dans le cadre habituel des relations ordinaires. Le résultat final de l'amour authentique est la dissolution du «je » dans l'objet de l'amour. Avant d'en arriver à ce résultat, ce qui persiste de l'ego vous fait vous languir, désespérer, souffrir émo­tionnellement, et il n'y a rien à faire pour remédier à cet état, si ce n'est aimer encore plus.

Lorsque les gens tombent amoureux de façon conven­tionnelle, ils disent : « Pourquoi aimer plus ? Je n'en retire que des souffrances supplémentaires. Avant d'être amoureux, je ne ressentais rien de cela. » Mais la vérité est que vous ne pouvez pas aimer moins que vous ne le faites, et que vous ne pouvez pas rester là où vous en êtes ; alors, même si vous avez l'impression que d'aimer plus vous occasionne d'autres souffrances, la seule façon de sortir de cette situation est d'en passer par elle. Donc, il faut vous jeter éperdument dans l'amour, jusqu'à ce qu'il vous consume. Il n'y a pas d'autres réponses à donner ; il n'y a pas de solution de facilité pour en sortir. Une fois que l'amour vous a fait prisonnier, il faut que vous le laissiez vous consumer, sinon vous souffrirez, vous vous affligerez, vous vous languirez de lui et vous vous en sentirez séparé. Il n'y a pas de juste milieu. Une fois fait prisonnier, vous êtes bel et bien prisonnier. Une fois mordu, vous êtes bel et bien mordu. Il n'y a pas moyen d'y échapper. C'est pourquoi, si vous n'êtes pas encore « tombé » amoureux, votre heure est venue d'envisager ce que cela veut dire. Pas de demi-mesures. Une fois que l'amour vous a tou­ché, vous devez le poursuivre jusqu'au bout.

Lorsque vous tombez amoureux, il y a toujours une gradation dans la chute ; des restes de désirs conven­tionnels vous poussent à vouloir agir comme vous avez appris que vous devez le faire - il faut que vous possé­diez l'objet de votre amour, que l'autre vous serve à quatre pattes, qu'il vous parle comme vous le voulez, qu'il ressemble à ce que vous souhaitez, qu'il fasse preuve à votre égard de sensibilité, de romantisme et de délicatesse. Autant de désirs normaux et compré­hensibles. Néanmoins, avec cet amour d'un autre ordre, la seule façon de traiter le fait que vous vous languis­sez de l'objet de votre amour, que vous le désirez, que vous souffrez d'en être séparé, est de vous laisser consumer par lui. Point d'état intermédiaire. Jusqu'à ce que vous soyez consumé, vous souffrirez, vous le désire­rez, votre soif restera inassouvie, mais une fois que vous serez consumé, vous serez bel et bien consumé pour toujours. Une fois que l'amour vous a emprisonné, ne serait-ce qu'un tout petit peu, la seule façon de lui échapper est d'en passer par lui.

En conséquence, si vous n'êtes pas encore tombé amoureux, il est encore temps de prendre vos jambes à votre cou et de vous éloigner aussi loin que possible de tout ça. Ne recherchez plus la vie spirituelle, ne pensez plus à Dieu, ne vous émerveillez plus. Si vous n'avez pas encore été mordu et ne tenez pas à l'être, filez, par­tez en quatrième vitesse. Ne vous occupez plus de ce truc jusqu'à une prochaine vie, jusqu'à ce que vous soyez prêt. Parce qu'une fois que vous êtes piégé, la seule façon de vous en sortir est d'y rentrer complète­ment, et d'être consumé par cet amour.

Lorsque l'amour vous a consumé, il n'y a plus d'ego. Il n'y a plus personne pour souffrir, pour être paumé, pour se tordre de douleur ou crever de désir. Il n'y a plus d'individu pour faire référence à toutes ces choses, parce que votre désir est le désir du partenaire. Si le désir du partenaire est de ne pas être avec vous, alors c'est aussi votre désir. Point de souffrance, point d'an­goisse, point de chagrin, seulement : « Bon, ce sont les cartes qui m'ont été distribuées. » Bien sûr, en tant qu'amant vous devez vous sacrifier. Mais, une fois que vous avez été consumé par l'Amour, le mot sacrifice ne peut même plus s'appliquer.

C'est mon boulot que de vous faire passer de l'autre côté. A proprement parler, mon boulot n'est pas de vous faire passer, parce que je n'en suis pas capable. Mais mon boulot est de vous « guider » convenablement, afin qu'au moins, en cours de route, vous ne vous perdiez pas dans les montagnes, vous ne tombiez pas dans les criques et ne vous y noyiez pas. A la rigueur, cela, je peux le faire, si vous m'en laissez la possibilité.





mardi 1 décembre 2020

«Chacun vit dans son monde» : l'inconscient, par R.D.Laing







Extrait de «Soi et les autres» de R.D.Laing











R.D.Laing : Soi et les autres




Ronald D. Laing fut un grand explorateur de la psyché humaine et des méandres inimaginables que peut suivre le mental ordinaire pour survivre, quitte à plonger la personne dans l'aliénation la plus insidieuse sans même qu'elle s'en rende compte. Voici un tout petit extrait de l'ouvrage «Soi et les autres», plus édité, mais disponible çà et là en livre d'occasion.


Considérons ce garçon de café. Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d'un pas un peu trop vif, il s'incline avec un peu trop d'empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la com­mande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d'imi­ter dans sa démarche la rigueur inflexible d'on ne sait quel automate, tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule, en le mettant dans un équilibre perpétuellement instable et perpétuellement rompu, qu'il rétablit perpétuellement d'un mouvement léger du bras et de la main. Toute sa conduite nous semble un jeu. Il s'ap­plique à enchaîner ses mouvements comme s'ils étaient des mécanismes se commandant les uns les autres, sa mimique et sa voix même semblent des mécanismes ; il se donne la prestesse et la rapidité impitoyable des choses. Il joue, il s'amuse. Mais à quoi donc joue-t-il ? Il ne faut pas l'obser­ver longtemps pour s'en rendre compte : il joue à être gar­çon de café.
(Jean-Paul Sartre, 1943, p. 98-99.)


Dans la chambre de cet enfant de trois ans, il y a quatre chaises. Quand il est assis sur la première, il est un explo­rateur, remontant, de nuit, l'Amazone. Sur la seconde, il est un lion et terrifie sa bonne en rugissant ; sur la troi­sième, il est un capitaine à la barre de son vaisseau. Mais sur la quatrième, une haute chaise de bébé, il essaie de faire semblant d'être simplement lui-même, rien qu'un petit gar­çon .
(A.A.Milne, cité par Anna Freud)


Si, ou quand « il » arrive à faire semblant d'être « simplement » lui-même, un masque sera devenu son visage et lui-même pensera que chaque fois qu'il agit comme s'il n'était pas « rien qu'un petit garçon », il fait semblant de n'être pas simplement lui-même. A mon sens, la plupart des enfants de trois ans, encou­ragés par leurs parents, encouragés par des autorités comme Anna Freud, sont en bonne voie de réussir à faire semblant de n'être que des petits garçons et des petites filles. C'est vers ce moment-là que l'enfant, renonçant à ses extases, oublie qu'il fait semblant de n'être rien qu'un petit garçon. Il devient rien qu'un petit garçon. Mais pas plus il n'est simplement lui- même parce qu'il n'est, à présent, rien qu'un petit garçon, que l'homme dont nous parlions n'est sim­plement lui-même parce qu'il est un garçon de café. « Rien qu'un petit garçon », voilà ce que de nom­breuses autorités en matière d'enfants pensent qu'est un être humain âgé de trois ans.
Soixante ans plus tard, celui qui avait cru n'être « rien qu'un petit garçon » qui devait apprendre ceci et cela afin de devenir « un homme », et qui s'était bourré la cervelle de toutes les autres choses que les hommes racontent aux petits garçons, étant devenu un homme, commence à devenir un vieil homme. Mais tout à coup il se rappelle que tout cela n'a été qu'un jeu. Il a joué à être un petit garçon, puis à être un homme, et maintenant le voici en train de jouer à être un « petit vieux ». Sa femme et ses enfants com­mencent à se faire bien du souci. Un psychanalyste, ami de la famille, explique qu'un déni hypomaniaque de la mort (il a subi l'influence de l'existentialisme) n'est pas rare chez certaines personnes ayant parti­culièrement « réussi dans la vie » ; c'est un retour au sentiment infantile de toute-puissance. On arrivera sans doute à « limiter les dégâts » en le socialisant dans un groupe religieux. Ce serait peut-être une bonne idée d'inviter le pasteur à dîner. Nous ferions bien de surveiller ses placements d'argent, on ne sait jamais...
Il essaie de faire semblant d'être simplement lui‑même, « rien qu'un petit garçon ». Mais il n'y arrive pas tout à fait. Un enfant de trois ans qui essaie, mais sans y parvenir, de faire comme s'il n'était « rien qu'un petit garçon », s'attire des ennuis. Il se peut qu'on le fasse psychanalyser, si ses parents peuvent se le permettre. Malheur à l'homme de soixante-trois ans, si lui est incapable de faire comme s'il n'était « rien qu'un petit vieux ».
Si l'on n'arrive pas, dans son enfance, à jouer à n'être pas en train de jouer quand on joue à être « simplement soi-même », très vite les gens s'inquié­teront à l'idée que le sentiment infantile de toute-puissance dure beaucoup trop longtemps. Et si, soixante ans plus tard, on découvre soudain à quel point on a été intelligent de faire si bien semblant qu'on a même oublié qu'on a fait semblant durant toutes ces années, on se rend fort bien compte que les gens pensent qu'on devient légèrement sénile.
Essaiera-t-on à nouveau de faire semblant, cette fois de n'être « rien qu'un petit vieux »?
(Ronald D. Laing, «Soi et les autres»)







jeudi 8 octobre 2020

FAQ : Qu'est-ce que «croire ses pensées» ?






Tout d'abord, je pose un axiome de base : je considère comme réel ce qui apparait maintenant à ma conscience en mode perceptif direct.

Premier exemple : je roule en voiture, et la route traverse une forêt. Tout à coup, apparait au loin un gros obstacle en travers de la route, que j'analyse instantanément comme étant un arbre qui est tombé, barrant la dite route sur toute sa largeur. Que se passe-t-il ? Je freine, bien sûr, pour m'arrêter avant que la voiture ne percute l'obstacle. Un ensemble de processus mentaux inconscients s'est déroulé à toute allure, aboutissant probablement à une pensée du genre «la voiture ne peut franchir cet obstacle», cette pensée elle-même n'étant pas formulée en mots, mais transmise directement au système neuro-musculaire qui actionne la pression sur la pédale de frein.  La voiture s'arrête, fin de l'histoire.

L'ensemble de ce processus est parfaitement adapté à la situation et il n'y a pas lieu d'en parler plus longtemps.



Deuxième exemple : je roule en voiture sur une route sinueuse, et me retrouve derrière une autre voiture qui roule assez lentement, freinant au moindre virage, et que je ne peux bien sûr pas doubler. Si la situation est traitée comme dans le premier cas, tout va bien : je ralentis, considère la possibilité de dépassement dès qu'un bout de ligne droite se présentera, et c'est à peu près tout. Mais voilà, ça va souvent se passer autrement : une pensée fuse, du genre «il ne devrait pas rouler si lentement»,ce qui revient à «il me dérange, je n'aime pas être dérangé, il ne devrait pas être là»
Du mode perceptif, je bascule automatiquement dans le mode narratif et cette pensée apparait à présent sans que je m'en rende compte comme une perception réelle : il me dérange vraiment, je le sens, une émotion monte, je suis agacé, puis énervé, je peste, fulmine, traite intérieurement ce conducteur qui a l'indélicatesse de s'opposer à ma liberté de rouler à la vitesse qui me plait d'une multitudes de noms d'oiseaux, me demande comment il a fait pour avoir son permis de conduire, et pour terminer, je vais tenter par tous les moyens de le doubler, quitte à prendre des risques inconsidérés.
Ce qui était initialement une situation simple est devenu un problème pénible, douloureux, et potentiellement dangereux simplement parce qu'au réel de la situation s'est substitué le réel de ma pensée au sujet de cette situation. A partir d'une simple croyance en une pensée source («il me dérange», et son corollaire «je n'aime pas être dérangé»), une situation entièrement fictive est générée, de manière totalement inconsciente, et pendant tout ce temps, je crois dur comme fer que ce que je pense est la réalité, j'en veux pour preuve le fait que je ressente l'émotion dans mon corps d'une manière bien réelle...

En fin de compte, dans ce deuxième exemple, l'environnement mental généré par la pensée («je suis dérangé et je n'aime pas ça») est perçu comme tout aussi réel que l'environnement direct («il y a un arbre en travers de la route») du premier exemple.



Bien entendu, la croyance en nos pensées peut revêtir des aspects bien plus subtils et la pratique de «voir» les pensées prend ici tout son sens. Lorsqu'une pensée est vue en tant que pensée, elle n'a plus le pouvoir de nous entraîner dans une histoire : c'est ainsi que notre histoire personnelle finit par disparaître. Il y a des personnes qui reçoive la grâce que cela se produise d'un coup, d'autres pour qui cela prend du temps, mais le résultat est le même : les pensées ne sont plus crues. D'ailleurs, je m'arrête là pour me consacrer à trouver la pensée source qui me pousse à raconter tout ça sur ce blog, et voir si je crois encore à cette pensée...mais peut-être aussi n'est-ce que par amusement, ou encore pour passer le temps, allez donc savoir !






samedi 16 février 2019

La monogamie, par Lee Lozowick







LA MONOGAMIE


Je pense que les gens devraient avoir une relation monogame et apprécier une vie sexuelle saine. L'homme et la femme devraient tomber amoureux et s'aimer ; ils ne devraient pas flirter avec le premier ou la première venue, uniquement à cause de sentiments d'insécurité. La monogamie est recommandée parce que l'amour ne peut fructifier que sur un terrain d'inti­mité et d'union.

La relation sexuelle procure une sorte de vulnérabi­lité impossible à retrouver ailleurs. Peut-être que l'expérience qui s'en rapprocherait le plus est celle que partagent les survivants d'une catastrophe aérienne ; on pourrait aussi lui comparer tout autre événement aussi bouleversant, qui permet aux êtres humains de vivre ensemble de terribles épreuves. La forme de vulnérabilité propre à la relation sexuelle est connue des personnes victimes d'un vrai cataclysme, d'une tragédie collective, mais il n'y a pas d'autres façons de l'expérimenter. On ne la trouve même pas dans les amitiés les plus profondes auxquelles manque cette sorte de vulnérabilité que l'on peut qualifier de chi­mique, qui se produit lors d'une tragédie, à cause de la sympathie éprouvée entre humains. Le corps change lorsqu'il y a une réaction chimique due à un réel senti­ment de sympathie pour les autres. La plupart des humains ne peuvent partager ce genre de vulnérabilité qu'avec une seule personne, sinon ils seraient victimes d'une implosion. Nos circuits internes ne sont pas faits pour.
Dans une fausse monogamie, vous vous suffisez d'une personne parce que vous instaurez un type de relation qui vous isole tous les deux du reste du monde. Le mec rentre du boulot et sa chérie lui demande : « T'as eu ton augmentation, mon trésor ? » Il lui répond : «Bon Dieu, non. Ils ont fait passer quelqu'un avant moi. » Et sa chérie de continuer : « Quoi ? Quoi ! Ils ne te respectent pas dans ce boulot. Tu devrais en chercher un autre. Ton patron ne reconnaît pas ta valeur.» Ils se renvoient la balle et se blottissent dans une bulle qui les coupe du reste du monde.

Dans une vraie monogamie, on ne trouve pas le besoin irrésistible de flirter, de jouer au tombeur et à l'allumeuse, ou de se mettre en chasse. Pour l'homme, l'amour de la chasse se retrouve dans son travail, sa puissance créatrice, son art, sa passion pour sa femme et ses enfants. Quant à la femme, elle nourrit sa famille, son homme, entretient sa maison, enrichit son environnement, sa communauté et sa forme d'expres­sion artistique. Ainsi, chacun fait de l'univers son huître perlière.

Parfois, il arrive à des gens de vivre des expériences extraordinaires avec de nouvelles relations, parce que l'intensité de l'engouement et le désir de se relier est très fort. C'est pourquoi nombreux sont ceux qui s'em­ballent pour quelqu'un d'autre que la personne avec laquelle ils sont habituellement, pour ensuite, revenir tout droit à leur partenaire initial(e). Ils pensaient que les rapports dans leur couple vieillissant étaient dépourvus de merveilleux et ils ont réalisé que, très vite, le merveilleux serait tout aussi absent de leur nouvelle relation.

Avec le temps, les personnes construisent ensemble quelque chose que rien ne peut remplacer. Le temps ne peut pas être fabriqué dans une nouvelle relation. Il est fort probable que vous soyez des « compagnons d'un vieux karma », que vous ayez passé de nombreuses vies ensemble, mais cela ne vous permet pas de vivre votre relation actuelle en accéléré. Dans les rapports humains, il est impossible de faire une synthèse du fac­teur temps.





jeudi 29 mars 2018

Betty : «L’Amour est la Présence et la Présence EST.»






Les grands conflits ~ Betty

Dans le rêve...

Je regardais à l’extérieur de moi et j’essayais de comprendre le monde dans lequel je vivais et où je semblais évoluer. J’identifiais ma famille, mes enfants, la société dans laquelle je vivais et je m’y raccrochais fermement. Et si ce n’était pas suffisant pour me reconnaître, je fouillais dans un autre monde ou dans mes vies antérieures pour justifier la personne en voie d’évolution que je voulais devenir. Je croyais au temps d’apprentissage.

Je pouvais me retrouver en état de peur, de tristesse, de recherche ou en état de joie, de satisfaction, de contentement. Je me cachais ou je m’exposais. J’essayais d’établir des liens avec ce monde qui grouillait autour de moi, car je croyais que c’était ça la vie : le monde des relations. Je croyais que l’amour (sous toutes ses formes) allait m’apaiser et qu’à un moment donné j’allais être heureuse et atteindre le nirvana.

J’établissais une relation avec une autre personne et je l’idéalisais : relation de travail, de couple, connaissances, amis… J’établissais une relation avec moi-même et je l’idéalisais : Dieu, la mère aimante, l’amie aidante, le médium, la caractérielle, la Betty spirituelle, la femme forte, la petite fille souffrante, l’âme pieuse. J’établissais une relation avec le monde et je l’idéalisais : la nature, les animaux, l’alimentation, les techniques corporelles…

Quel est ce mouvement de la pensée qui idéalise, qui veut être en relation avec autre chose? C’est tout simplement la négation du moment présent! Je voulais me débarrasser du moment présent! Alors je créais une distance entre mon idéal et moi : je créais le temps. Je créais une distance entre le moment présent et ce que je voulais avoir ou être dans le futur. Et là je construisais ma tour de Babel! Pourquoi?

Ce que je Suis ne peut être compatible avec ce que je veux être! Je suis en conflit perpétuel avec moi-même : je me fais violence! Tout ce monde qui est perçu à l’extérieur de moi sera adapté à mon idéal d’être autre chose que... Et dans le temps, il ne peut y avoir que confusion, car il y a l’intervention de la mémoire conditionnée par le passé, la mémoire cellulaire, la société, la culture, la souffrance personnelle, le délire de se croire une personne capable de comprendre et de résoudre toutes les situations.

Et puis, vient la reconnaissance de ce mouvement : l’observation dans le rêve. Et la décision de dompter ce mouvement, d’arrêter la pensée, de calmer les émotions, de poursuivre ses bibittes et de les anéantir! Je regarde cet écart que j’ai créé et je m’observe dans cet écart. Un grand sentiment de confusion s’installe! Et puis il y a l’arrêt! « Ok je vais arrêter et ne rien faire. » Et l’observation de l’arrêt : « Je suis arrêtée, mais pourtant je ressens encore la tristesse, la déception, la platitude de la vie. »

Que se passe-t-il? Je ne peux identifier ce malaise inconscient et ça me frustre et j’ai cette impression d’injustice divine. J’étouffe d’être moi! J’ai créé le temps et maintenant je ne le veux plus! Je ne veux plus laisser au temps le temps de s’écouler! Ce temps que j’ai créé pour qu’il me serve ne me sert plus. Je regarde et je constate qu’il y a une différence entre moi et ce que je pense devoir devenir! Je compare, je suis piégée encore une fois. C’est la personnalité qui veut diriger jusqu’au bout! Tout cela appartient au monde complexe du rêve, c’est une illusion.

Lorsque l’on arrête de rêver, on constate qu’il n’y a pas de distance entre quoi que ce soit! Pas de temps, pas d’idéal à atteindre, pas d’éveil à attendre et à atteindre pour personne! C’est l’arrêt du rêve, sans délai. L’arrêt du rêve! L’accueil de l’inconnu. Pas l’inconnu qui est le contraire du connu et qui doit bien être caché de ma mémoire consciente actuellement. L’inconnu, l’inimaginable : le mouvement frais, effervescent, non retenu, informe, là où rien ne commence, rien ne meurt. La Source vive!

Je perçois : je suis! Pas d’inventions de temps pour délirer! Le carburant du mécanisme de la pensée n’existe plus car l’individu n’existe plus. La Vie est partout dans le corps, dans les plantes, dans les oiseaux, dans le vent, dans le soleil, partout et Je suis la Vie qui s’expérimente. Je suis Cela!

Où est l’amour dont on parle dans le rêve? L’amour que tout le monde veut garder? Oui, je veux bien m’éveiller du rêve, mais la relation de couple m’intéresse encore, la relation avec mes enfants m’intéresse encore, la relation avec moi-même m’intéresse encore, le monde m’intéresse encore…

Et qu’est ce que l’Amour finalement? Est-ce ce partage de confusions? Est-ce ce partage de son propre système de pensée que l’on veut imposer aux autres pour se satisfaire? Le partage de la course qui vous mènera à votre idéal? L’image insatisfaisante que vous avez de vous et qui court dans le temps pour rejoindre une image inventée par vous-même! Un idéal! La personnalité qui pense aimer! Et qui veut à tout prix partager sa croyance! Dans un labyrinthe de pensées, d’émotions, de buts, de désirs de conclure! Est-ce bien ça l’amour inconditionnel qui vous coûte la perception directe?

Ou est-ce le partage de la Présence?
À ce moment, dans le vide vibrant où la personnalité est absente, où la violence n’existe plus, où les fragments d’amour à distribuer n’existent plus. L’Amour est la Présence et la Présence EST.

Profonde gratitude
Betty

Source : La Grande Joie







lundi 20 novembre 2017

Matière, espace, temps







S'interroger sur la manière habituelle de penser, rarement remise en question, peut s'avérer très bénéfique et induire des intuitions surprenantes. Voici deux textes qui vont dans ce sens.

« Dans la vie, de même que dans le domaine scientifique, nous avons affaire à différents événements, à des objets, à des bouts de matériaux petits ou grands. Nous avons l'habitude d'en parler en termes de « matière ». Grâce à un dérangement séman­tique, appelé identification, nous nous imaginons qu'il existe une « matière » ayant une existence physique séparée. Ce serait probablement pour nous un choc si quelqu'un nous invitait à donner un morceau de « matière » (je dis bien donner et non pas répandre un flot de paroles sur le sujet). J'ai fait sur ce point les expériences les plus amusantes. La plupart des gens, même des hommes de science, vous tendent dans ce cas un crayon ou quelque chose de semblable. Mais ont-ils donné réellement de la « matière » ? Ce qu'ils ont donné ne peut pas être simplement symbolisé par le terme « matière ». L'objet, le « crayon », qu'ils ont tendu, a besoin linguistiquement de l' « espace » ; sinon, ce ne serait pas un crayon, mais un point mathématique, une fiction. Il a aussi besoin verbalement du « temps » ; sinon, il n'y aurait pas de crayon mais un « éclair ».
« De même, si quelqu'un est invité à donner un morceau d' « espace » (de nouveau : donner et non pas se mettre à parler), le mieux qu'il puisse faire est d'agiter sa main et d'essayer de montrer l' « espace ». Mais ce geste de la main se réfère en réalité à l'air, à la poussière, aux microbes, aux champs de gravitation et électro-magnétiques, etc. En d'autres termes, structurellement, l' « espace » supposé est une plénitude de cer­tains matériaux déjà « dans l'espace » et « dans le temps ».
« Dans le cas de donner le « temps », quelqu'un peut montrer sa montre. Mais ici vaut une objection semblable à celle de tout à l'heure, c'est-à-dire qu'il nous a montré de la soi-disant « matière » qui « bouge » dans l' « espace ». Il est très important d'acquérir la réaction sémantique que, quand nous utilisons le terme « matière » en pensant à quelque chose, un crayon, par exemple, cette chose, selon le langage élémentaliste habituel, implique aussi l' « espace » et le «temps » auxquels habituelle­ment nous ne songeons pas... »
(Extrait de "Science and sanity", d'Alfred Korsybski.)



Alfred Korzybski


"Puis-je vous demander, pour commencer, de participer à une petite expérience ? Répondez-moi en levant la main : combien d'entre vous sont-ils prêts à affirmer qu'ils me voient ? Je vois beaucoup de mains levées. Ce qui prouve que la folie est la chose du monde la mieux partagée. Bien entendu, vous ne me voyez pas « vraiment ». Ce que vous voyez est un faisceau d'éléments d'informations me concernant, que vous synthétisez en formant une « image » de moi. Vous faites cette image. C'est pourtant simple à admettre."
(Extrait de l'ouvrage "Vers une écologie de l'esprit", de Gregory Bateson.)



Gregory Bateson



lundi 30 janvier 2017

Lee Lozowick : Psychologie et spiritualité







Psychologie et spiritualité

Le thème du travail psychologique est un sujet fréquemment débattu au sein des écoles spirituelles. En général, le travail proprement spirituel s'accompagne simultanément d'un travail psychologique qui se fait de lui-même, de manière informelle. Quant au travail psychologique formel, il peut soit s'avérer d'un précieux secours sur le plan spirituel, soit constituer un danger, un piège dans lequel on s'embourbe.

En quoi le travail psychologique peut-il profiter aux élèves sur la voie spirituelle ? 

En ceci qu'entre le travail spirituel qui s'accomplit dans l'intime de soi et la conscience que l'on en a en surface se dresse comme un mur. Tout être humain est régi dans son fonctionnement par certaines lois : tout comme le soleil, la lune et la terre fonctionnent par le jeu de la gravitation entre eux, une grande part du travail psychologique ne porte pas sur ce qui réside en profondeur ou en surface, mais sur le blocage empêchant la relation entre ces deux niveaux.

Nombreuses sont les personnes qui recèlent en elles-mêmes une profonde sagesse – on les qualifie parfois de «vieilles âmes» ou d'«esprits sages» – mais sont incapables d'en faire usage dans leurs existences, si bien que cette sagesse innée ne leur bénéficie guère. Par exemple, il y a derrière les barreaux des prisons beaucoup de personnes naturellement sages mais affligées de handicaps psychologiques si importants qu'elles ne peuvent vivre et créer des liens comme tout le monde. Nous sommes tous ainsi, à des degrés divers.
Il se peut que nos blocages psychologiques ne nous aient pas conduits au crime mais ils nous ont bel et bien amenés à vivre de manière plus ou moins illusoire, affligés de handicaps plus ou moins importants ; et ces blocages nous empêchent bel et bien d'accepter la réalité telle qu'elle est.

Nous avons en nous-mêmes toutes les réponses aux questions réelles que nous pose la vie, mais n'y avons pas accès. Le travail psychologique est susceptible de dissiper le brouillard de la confusion et, de ce fait, peut s'avérer une part très importante du travail spirituel.

Il arrive qu'une personne qui s'engage sur la voie spirituelle ne semble pas avoir besoin de travail psychologique, puis découvre au bout de cinq ou dix ans que ce travail lui est devenu très nécessaire. Cela peut être un bon moment pour s'engager dans un tel travail, une fois que l'élève est bien enraciné sur la voie et a développé une relation de confiance avec le maître. Si l'élève se lance dans un travail psychologique sans faire profondément confiance au maître et sans être encore connecté à la voie, il est probable qu'il ou elle abandonnera la thérapie, voire même tout chemin spirituel une fois confronté à une certaine intensité et aux résistances qui se lèvent lorsqu'il s'agit de se voir soi-même.





En quoi le travail psychologique peut-il constituer un danger pour les élèves sur la voie spirituelle ?

Ceci tient à ce que la plupart des thérapies visent la «normalité». Selon cet idéal de normalité psychologique, chacun est appelé à devenir un «bon citoyen» fonctionnant selon des codes de santé et de comportement socialement corrects. Ces normes ne correspondent pas forcément à ce qu'exige la vie spirituelle, laquelle ne suppose pas obligatoirement un équilibre psychologique ordinaire. La perspective radicale du chemin n'a rien à voir avec le fait d'être un bon citoyen – sinon l'aptitude à fonctionner de manière simple et banale en relation avec tous les autres êtres humains, si divers soient-ils.

En outre, il arrive souvent que les gens commencent une thérapie et se trouvent aux prises avec des ressentis artificiels. Il ne s'agit pas de ressentis authentiques mais de pensées que l'ego fait passer pour des ressentis profonds. Beaucoup de thérapeutes sont dupes puisqu'ils ont choisi ce métier dans le but inconscient d'éviter leur propre merde en s'occupant de celle des autres. Pour aller plus loin sur ce point, reportez-vous aux premiers livres d'Alice Miller. Si, dans la thérapie, ces ressentis sont traités comme s'ils étaient réels – et c'est ce qui se produit dans la majorité des cas –, le travail n'aboutira à rien. La thérapie s'avérera particulièrement stérile du point de vue du cheminement spirituel, puisqu'elle ne se sera pas occupée des vrais problèmes mais seulement de l'illusion. S'il y a des symptômes physiques, qu'ils soient ou non d'origine psychosomatique, on peut perdre beaucoup de temps à les analyser à travers toutes sortes de thérapies et de régressions dans la petite enfance alors qu'il suffirait de recourir à quelques soins médicaux.

Lorsqu'on passe de l'illusion à la non-dualité – passage généralement appelé «illumination» –, on ne peut plus pratiquer la psychothérapie traditionnelle avec la moindre conviction. Elle se dissout d'elle-même. Non que l'on cesse d'accorder sa place à la psychothérapie
dans le processus d'ensemble du chemin ; elle s'y avère souvent très utile. Mais c'est notre relation à la thérapie qui, nécessairement, change, puisque la perspective dans laquelle elle se déploie ordinairement ne fonctionne plus. Lorsque Fritz Perls, le fondateur de la Gestalt, a connu ce passage, il a commencé à obtenir des résultats miraculeux avec ses clients. Il disait que les cas les plus difficiles étaient pour lui les plus utiles puisque pour y faire face il était obligé d'inventer dans l'instant quelque chose de créatif. C'était le changement intime par lequel il était passé qui lui permettait de le faire.

Une alternative à la thérapie consiste à toujours se poser une question : «Au lieu de se contenter de voir dans toute cette souffrance le produit de la névrose, est-il possible de l'utiliser pour servir un but supérieur ?» Dès l'instant où l'on place ses problèmes apparents dans une perspective plus élevée, ainsi que l'on est censé le faire sur la voie spirituelle, tout symptôme, toute névrose, ou presque, peuvent être utilisés.

Quiconque se trouve face aux illusions auxquelles la vie spirituelle exige que l'on se confronte doit choisir ses priorités. Qu'est-ce qui est le plus important ? Nos habitudes, nos névroses, nos conditionnements, notre addiction à la boisson, au tabac, tout ce qui nous confère une illusion de liberté et nous fait croire que nous pouvons pratiquer tout en n'en faisant qu'à notre tête, ou le travail soutenu de purification nécessaire pour que l'on devienne un canal limpide de la conscience ? À chacun de décider de ce qui lui paraît le plus important : la vérité ou l'illusion. Décider que la vérité est ce qu'il y a de plus important ne fera pas de vous un fanatique religieux – les fanatiques font les pires des disciples. Cela voudra simplement dire que pour vous la vérité sera la priorité absolue.



Les images proviennent du film «Darshan» (1997), de François Fronty.