lundi 29 février 2016

Jodorowski : Combien êtes-vous ?








Ces deux pages sont extraites du premier volume de la série "L'incal", texte et scénario de Jodorowski, dessins de Moebius. Elles posent de manière astucieuse la "vraie" question : non pas "Qui suis-je?", mais "Combien suis-je?"...





Cliquer sur les images pour les lire en haute résolution.



dimanche 28 février 2016

L'action juste, par Eckhart Tolle




action juste


L'action juste

L'ego se demande que faire pour que telle ou telle situation comble ses besoins ou comment il peut trouver une situation qui comblera effectivement ses besoins.

La présence est un état d'espace intérieur. Quand vous êtes présent, vous vous demandez comment vous pouvez répondre aux besoins de la situation, aux besoins du moment. En fait, il n'est pas nécessaire de vous poser cette question. Vous êtes quiet,vigilant et ouvert à ce qui est. Vous amenez une nouvelle dimen­sion à la situation : l'espace. Puis, vous écoutez et vous regardez. Vous ne faites plus qu'un avec la situation. Si, au lieu de réagir à une situation, vous fusionnez avec elle, la solution émerge toute seule de la situation. En réalité, ce n'est pas vous, la personne, qui regarde et écoute, mais la quiétude vigilante elle-même. Alors, s'il est possible ou nécessaire de passer à l'action, vous le faites ou, plus précisément, c'est l'action juste qui se pose par votre entre­mise. L'action juste est l'action qui est appropriée au tout. Une fois l'action posée, la quiétude spacieuse reste. Personne ne lève les bras en geste de triomphe et ne hurle «Youpi !» Personne ne dit : «Regardez ce que j'ai fait !»
Toute créativité provient de ce vaste espace intérieur. Une fois que la création s'est produite et a pris une forme, vous devez rester vigilant afin que la notion de moi, mon ou ma ne surgisse pas. Si vous vous attribuez le mérite de ce que vous avez accom­pli, l'ego revient et le vaste espace intérieur disparaît.
(Extrait de "Nouvelle Terre")


Henry Miller : La symphonie de l'homme





Extraite de la revue "Le nouveau Planète", numéro 1, Septembre/Octobre 1968, une lettre d'Henry Miller à Louis Pauwels.



Ce que m'écrit Henry Miller à propos de la liberté
Début mars 68, je décidai de pré­parer une Anthologie de la liberté. Je mis au courant de ce projet Henry Miller, dans une lettre où je lui parlai de la nécessité de réagir contre les menaces gran­dissantes contre la liberté de l'esprit. Cette nécessité est de tous les temps, bien sûr. Elle m'apparaissait plus brûlante en­core au début de cette année, par une sorte d'angoisse que je dirais proprement médiumnique, si le mot n'était douteux. Je me mis à réunir des textes. Cette anthologie paraîtra bientôt. Je reçus alors, en réponse à mon appel amical, cette lettre admirable. Je la publie dans ce numéro 1 du Nouveau Planète, comme on glisse la fève dans le gâteau. J'espère que Miller ne m'en voudra pas de l'associer ainsi au renouveau de notre entreprise.


28 mars 1968
Cher Louis Pauwels,
Je suis pris de court pour répondre à votre pressant appel à l'aide. Je sors à peine de l'hôpital où j'ai subi une légère opération de la jambe et je n'ai pas encore tout à fait récupéré.
Quoique je sois d'accord avec vous sur l'effrayante condition du monde, je ne suis pas aussi cer­tain que vous semblez l'être sur la façon de redresser les choses.
Comme vous le savez, je n'ai jamais appartenu à aucun groupe poli­tique, religieux ou social: je me suis contenté d'écrire et de peindre. En vieillissant, je m'interroge sur la force du mot écrit. Lorsque j'étais plus jeune, je lisais tous les révolutionnaires enflammés, les libertaires, les sages, les saints, et dans mon oeuvre je me suis efforcé de faire jaillir chez le lecteur l'étincelle qui l'encou­ragerait à changer sa façon de vivre. Mais quand je vois ce qui se passe ici, là, partout, je me de­mande si mes mots ont eu le plus léger effet. Aucun doute, le monde présent est bien pire que celui où je suis né.
Ce que j'essaie de dire, mon cher Pauwels, est que, si les mots des plus grands esprits tout au long de la civilisation n'ont eu aucun effet sur la masse du public, ne serait- ce pas qu'il y a quelque chose de vicié dans cette méthode de régé­nération? Les grandes vérités sur la vie ont été rabâchées des milliers de fois, mais une poignée d'individus seulement ont su en profiter. De grands exemplaires ont apparu, mais leurs disciples n'en sont que les caricatures. Hors les chefs spirituels connus, il y a et il y a toujours eu de grands maîtres qui restent cachés du monde et qui ne font aucun effort pour atteindre les foules.
Quand je pense à ces grandes figures, connues ou inconnues, le mot liberté ne me semble pas convenir tout à fait. Je dirais plutôt émancipation, réalisation de soi, accomplissement, service. Ou, pour être plus précis, liberté de servir l'humanité. Pour ce but, il faut se libérer non seulement des liens de la société, mais de sa propre ignorance. Ce qui exige obéissance et discipline, entre autres.
Une autre idée me vient à l'esprit. Quelle est la vraie nature des pro­blèmes qui nous assaillent? Peut- on les résoudre par une pensée juste, un comportement juste, un front uni, où sont-ils partie de l'esprit du temps, de la destinée humaine? Les problèmes doivent- ils être résolus, ou ne sont-ils là que pour nous mettre à l'épreuve? Les sages, nous l'observons, ne semblent pas du tout s'en préoc­cuper — pour eux, ils sont illu­soires. L'être vraiment intégré les accepte comme faisant partie de l'ordre de la vie, et, ce faisant, s'immunise. Il n'est plus terrorisé par la peur de la mort, de la ma­ladie, de la faim, de la pauvreté. Les êtres les plus libres sont ceux, semble-t-il, qui ont le moins besoin d'être protégés.

Une réalité d'un ordre différent
La question que je me pose est : les choses peuvent-elles réel­lement être changées en un pa­radis sur terre, ou une utopie, en supposant qu'un tel état soit défi­nissable, ou ce que nous nommons nos problèmes disparaîtraient-ils automatiquement dans une vision exaltée de la vie? Bref, avançons- nous aux pas lents et pénibles de ce que nous appelons « pro­grès », ou par des bonds inat­tendus produits par des évé­nements imprévisibles et quasi miraculeux? Nous savons que des découvertes et de grandes in­ventions ont introduit de pro­fonds changements dans la so­ciété. Nous savons que l'appa­rition d'individus extraordinaires, bons et mauvais, ont amené de grands changements. Il nous reste à voir quels changements incalculables entraînerait l'exploration de l'espace. La possibilité d'entrer en contact avec des êtres supérieurs d'autres planètes porte en elle des changements imprévisibles dans la vie de cette terre. Toute notre conception de paradis sur terre peut sembler naïve ou puérile si nous entrons un jour en contact avec de tels êtres.
En un sens, ce fait nous a déjà été prouvé par la vie des grands maîtres spirituels du passé et du présent. Ils accordent aussi peu d'intérêt aux maux de la société qu'aux rêves farfelus de nos uto­pistes. Leur réalité est d'un ordre totalement différent de la nôtre. Ils vivent déjà dans un âge bien en avant de nous. Et c'est sans doute précisément à cause de cela qu'il leur est si difficile de commu­niquer avec nous, je veux dire la grande masse de l'humanité. Tout comme des hommes de l'âge de pierre vivant au milieu de nous ne pourraient s'adapter à nos cou­tumes, nous ne pouvons nous adapter à celles des visionnaires qui sont parmi nous.

La symphonie de l'homme

Je ne prétends pas que la voie du sage ou du « Maître » soit celle qui convienne à chacun de nous: son rôle, comme le nôtre, est sans doute provisoire. Il n'est pas plus à même de choisir un autre genre de vie que nous qui sommes assas­sins, menteurs, voleurs, tricheurs et le reste. Tous ensemble, saints et pécheurs, nous composons la symphonie de l'homme au stade présent de l'évolution. Le pro­blème pourtant est qu'il y a sym­phonie et symphonie. La nôtre n'est pas la première, ne sera pas la dernière. Mais, et voici le point crucial, selon moi - sommes-nous capables d'orchestrer les notes de la prochaine symphonie, ou nous contenterons-nous de jouer notre partie lorsqu'elle viendra.
J'allais dire « quand elle éclatera », car les « éclatements » font partie de cette chose obscure nommée création. Si nous ne pouvons régir la conduite de notre propre vie, nous ne pouvons certainement pas diriger l'ensemble. Malgré nos plans et nos prévisions, des choses arrivent, qui échappent totalement à notre contrôle. Nous n'avons aucune part à notre naissance, nous n'en avons pas non plus, ou très peu, à notre mort. Nous pouvons au plus accepter ce qui arrive. La manière dont chaque individu agit ou réagit est inscrite dans son destin intime. Le héros ne mérite pas plus de louanges que le lâche d'ignominies. Le grand péché est l'ignorance. Mais comment rendre un fou sage en un tournemain?
J'ai été évidemment influencé par les grands libertaires, les grands sages, les grands maîtres spiri­tuels d'aujourd'hui et d'hier. Mais peut-être ai-je eu de la chance d'avoir été ouvert à de telles influences. Je dois admettre que les idiots, les crétins, les crédules, les charlatans m'ont aussi in­fluencé. Tous ont joué leur rôle. Je ne connais aucun précepte qui nous permette de bien choisir.

A chacun sa voie

Je ne sais pas, mon cher Pauwels, si ceci répond à vos questions. Probablement pas. Mais parfois une question en fait surgir une autre. Je ne suis même pas sûr de partager votre intense souci pour l'état présent du monde. Il me semble qu'il y a deux manières de considérer les maux qui nous affligent. La première est de se ruer pour faire quelque chose, intelli­gemment ou non. La seconde d'essayer de comprendre l'origine d'une telle condition. Mais j'ai toujours pensé qu'il fallait d'abord découvrir ce qui n'allait pas en nous et, si c'était possible, ce qui allait. C'est une tâche qui peut prendre toute une vie, et la question subsiste: en agissant ainsi favorise-t-on la vie ou la renie-t-on? Avec la compréhen­sion viennent la pardon et l'accep­tation — non seulement des autres mais de nous-mêmes.
Il y a des gens qui ont trouvé le salut derrière des barreaux de prison. Il y a des hommes, de grands hommes, qui ont choisi de mendier. Il y a des hommes qui ont choisi de mourir plutôt que de prendre les armes pour leur foi. Il y en a qui ont choisi de rejeter le Nirvana et de reprendre la ronde de la vie jusqu'à ce que le dernier homme ait trouvé sa voie vers l'accomplissement. A chacun sa voie: à chacun son dû.
Je veux bien que les mots aient un pouvoir, mais leur puissance de­meure pour moi une grave ques­tion. Écoutons-les tous, car parfois même le fou dit des paroles de sagesse.
Sincèrement vôtre,
Henry Miller.


Indifférence






Le 12 janvier 2007 à la station "L’Enfant Plaza" de Washington aux alentours de 8 heures du matin, en pleine heure de pointe, le violoniste Joshua Bell a interprété incognito, sur son Stradivarius de 1713, six œuvres parmi lesquelles une Partita de Bach.

(Cliquer une fois sur l'image, puis utiliser les flèches droite et gauche du clavier pour visionner le diaporama)



«Ainsi sommes nous si souvent perdus dans nos musiques intérieures..
Quand c'est pour nous ni le lieu, ni l'heure qu'entendons nous de ce qui nous aurait ravi ailleurs..» 

 (Lise)





2015 ?








Une alternative crédible à ce que semble nous réserver l'avenir tel que l'évoquent la plupart des médias actuels.
(Le livre "2100, récit du prochain siècle", a été publié en 1990 sous la direction de Thierry Gaudin)



La suite de la nuit du 4 août 1789, où les privilèges furent abolis, fut autrefois vécue dans la peur. 2015 rappelle aux riches la grande peur qui déclencha l'inversion de leur stratégie. Seuls les plus intelligents ont pu traverser les troubles. S'y ajoutent des parvenus qui en ont profité par des trafics divers. Ils savent qu'aucune forteresse ne peut plus tenir, que les tentatives dures de maintien de l'ordre sont vouées à l'échec. La complexité des techniques modernes s'accompagne de vulnérabi­lité. L'accumulation de richesses devient illusoire si on ne peut plus en jouir en paix. Une minorité se constitue dans les classes dirigeantes. Elle veut la fin des privilèges, la démocratie économique. Entreprises et possédants n'ont même pas compris 1789, dit-elle. Monarchiques, héréditaires, de droit divin, ils raisonnent à courte vue, en fonction de leurs intérêts immédiats. Comment ne pas voir en effet que la pauvreté est cause d'une démographie galopante qui submergera inévitable­ment les îlots de prospérité ? Il faut réintégrer les exclus. La nouvelle sauvagerie qui s'installe à nos portes n'est pas digne de l'espèce hu­maine. Il faut structurer l'espace : exproprier, reconstruire des villes bien ordonnées, induisant un style de vie civilisé. Structurer aussi les mentalités, par de la propagande éducative. En 1871, en France, Thiers avait bénéficié de la complicité tacite de l'ennemi pour mater la Commune. Mais la véritable réponse de la bourgeoisie fut celle de Jules Ferry : l'enseignement pour tous, laïc, gratuit et obligatoire. "Nous ne pouvons pas les éliminer, façonnons-les à notre image. Éduqués, ils penseront comme nous et entre­ront dans notre jeu". Le pari était juste, l'his­toire l'a confirmé. Dès janvier 2016, un orga­nisme nouveau, l'Entente éducative mondiale, consortium d'entreprises cofinancé par les états, organise, au niveau planétaire, des en­seignements de masse. Ils passent, non par l'ancien système scolaire, mais par des voies nouvelles, plus directes et efficaces. La télévi­sion est mobilisée, ainsi que les jeux vidéo, les organisations de loisir, les associations. On trouve les moyens financiers nécessaires : l'argent de la peur ne manque pas.






samedi 27 février 2016

Des Vieilleries (mais des Perles) : Jacques Dutronc






Biographie de Jacques Dutronc


Délaissant un cursus généraliste, Jacques Dutronc entame des études de dessin industriel. Mais, passionné de musique, il préfère s'adonner au piano et à la guitare avant de fonder un groupe : Les Dritons. Son parcours de musicien débute aux côtés d'artistes tels qu'Eddy Mitchell, qu'il accompagne un temps à la guitare. Dès lors, il écrit ses premières chansons. Ses talents remarquables lui permettent de devenir assistant du directeur artistique chez Vogue, magazine au sein duquel il rencontre sa future compagne, Françoise Hardy, qu'il épouse en 1981. Une autre rencontre majeure marque sa carrière, celle avec Jacques Lanzmann, journaliste et écrivain, qui devient son fidèle parolier. Ses chansons contestataires et ironiques dont 'Et moi, et moi, et moi' et 'L' Opportuniste', marquent une époque mémorable : la 'dutroncmania' naît. Il se lance alors dans le cinéma et fait ses débuts dans 'Antoine et Sébastien'. Néanmoins son interprétation cinématographique la plus marquante n'est autre que celle de Vincent Van Gogh pour laquelle il reçoit en 1992 le césar du Meilleur acteur. En dilettante, Jacques Dutronc alterne chanson et cinéma, et forge son image de personnalité atypique et réservée.(Source)

J'avais bien aimé le premier album de Dutronc pour ses chansons "pop" aux textes ironiques, non dépourvus d'une certaine poésie. Ce sont six extraits de cet album que je propose ici, dont le fameux tube "Et moi, et moi, et moi".






vendredi 26 février 2016

Je vous souhaite...






"Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir
Et l'envie furieuse d'en réaliser quelques-uns.
Je vous souhaite d'aimer ce qu’il faut aimer et d'oublier ce qu'il faut oublier.
Je vous souhaite des passions.
Je vous souhaite des silences.
Je vous souhaite des chants d'oiseaux au réveil
Et des rires d'enfants.
Je vous souhaite de résister à l'enlisement,
à l'indifférence et aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite d'être vous..."
Jacques Brel




Bustan Abraham : Live concerts














jeudi 25 février 2016

Jules Feiffer : Relativité








Photobucket



Un poème de Christel Gollut von Hölchern





Une personne d'une grande qualité humaine, rencontrée à deux reprises il y a plus de trente ans à Sion, dans le Valais (Suisse). Elle m'avait laissé ce poème...





mercredi 24 février 2016

Comète solaire






Le titre de ce post est aussi celui de l'un des tableaux de Gandha, tableaux que vous allez redécouvrir en musique dans ce diaporama haut en couleurs !








mardi 23 février 2016

«Un océan cosmique», par Nicole Montineri






                                                              Un océan cosmique

C'est lors de ma rencontre avec ce que l'on nomme la mort que j'ai pu voir ce qu'enseignent tous les sages de l'humanité depuis des temps immémoriaux : derrière les apparences de l'univers se trouve la réalité d'une Conscience unique et éternelle. En proie à une très forte fièvre et à des douleurs insupportables dues à une méningite, j'ai compris que mon corps ne supporterait pas longtemps cette secousse et accepté sans angoisse sa perte. Ma conscience s'est détachée de cette forme souffrante et j'ai pu accueillir calmement, sans peur, la mort qui venait. A l'instant où je lâchais prise, l'esprit abandonné, les sens rentrés, je fus immédiatement aspirée dans un flux puissant d'énergie. Silence. Il n'y avait plus aucune pensée, plus aucune sensation du corps, plus personne pour souffrir, comme si la densité du silence avait tout englouti. Restait une conscience, totalement lucide, grand-ouverte, sans limite, se sachant embrasser l'espace entier de l'univers tout en le laissant indistinct. Elle percevait tout, avec acuité et douceur. Elle se réalisait être la vie même, immobile et éternellement jaillissante. La lumière qui s'était dévoilée, englobant toute l'immensité et rendant l'espace perceptible de tous les « côtés » à la fois, était intense, éclatante sans être aveuglante, et permettait à la conscience de se reconnaître telle qu'en elle-même. Sensation de paix, de plénitude et de liberté, hors du temps. Le déploiement de la lumière n'était pas extérieur, n'occupait pas un monde objectif qui aurait été environnant. La lumière était perçue comme étant la substance même de la conscience. C'était bien une réalité non duelle qui était expérimentée, les perceptions reflétées dans ce champ lumineux étant l'expression même de l'expansion à l'infini de la conscience. L'intelligence consubstantielle à cette énergie lumineuse communiqua immédiatement, sans ambiguïté. Il n'y a pas de vie sans communication incessante… Tout était clair. La connaissance était directe, absolue et instantanée. J'étais investie de perceptions extraordinaires qui me dotaient d‘une compréhension profonde et subtile de la vie. Je compris la signification de l'univers, perçu comme un ensemble cohérent, un tout harmonieux qui me donna la certitude d'appartenir à une unité cosmique ayant un sens. Le « je » employé ici par commodité n'est pas celui de l'être existentiel qui avait alors disparu, mais qui cependant, par la grâce, peut dire maintenant ce qui fut révélé. Un amour indescriptible, absolu, m'enveloppait et me traversait. Toutefois, il n'y avait personne qui aimait et « je » n'avais personne à aimer. Il y avait seulement l'Amour, sans restriction, sans intention, nature même de cette énergie intelligente, vibration de la Conscience suprême rayonnante. Cette énergie cosmique impersonnelle soutient et pénètre toute chose. Elle constitue l'essence de chaque être vivant, animal compris. Tout est saturé de cette énergie, que nous en ayons conscience ou non.




 Ce que l'expérience de vie après notre mort physique nous enseigne est que notre tâche, ici, sur cette terre, est de nous relier à cet Amour, de placer notre conscience dans cette perception de présence continue, de non-séparation avec cette énergie qui traverse toute chose. Dès que nous ressentons intensément cette énergie couler à travers nous comme à travers tout être, il n'y a plus alors de distinction bon/mauvais, de séparation moi/l'autre. Tout est identique en essence. Rien ne nous différencie jamais, si ce n'est notre esprit habitué à distinguer les innombrables formes de l'existence. Nous pouvons réaliser ceci sans attendre notre mort physique. Touchés par cette vérité qui ne pourra jamais être atteinte par la pensée, mais par un vécu profond de ce que la vie nous propose, nous nous libérons ainsi de la confusion et des oppositions produites par l'esprit. La conscience, capable désormais d'intégrer toute la réalité de façon harmonieuse, sans entrave, demeure liée à la Conscience suprême, au cœur même de l'existence quotidienne. C'est avec cette communion constante que le monde est alors regardé. Une fois que tout notre être a été imprégné de l'universalité de la conscience, il ne nous est plus possible de rester dans une perspective duelle. Vaquant désormais à nos occupations habituelles sur un fond de sérénité et de silence intérieur, nous nous sentons légers, détendus, en harmonie avec notre centre profond, sans besoin de nous rattacher au sentiment d'un moi sans véritable réalité. Nous prêtons moins d'attention aux pensées, aux sentiments, aux émotions qui désormais viennent et disparaissent sans laisser de traces. Nos attachements, nos désirs, nos attentes s'effacent peu à peu et tout naturellement…




 Dans cet état si proche de la mort que j'ai connu, il n'est plus possible de s'identifier à notre corps, à notre rôle social, notre culture, notre religion, nos actes, nos passions, nos divertissements, notre sexe, notre tempérament, notre personnage sur la scène du monde, tout ce catalogue que nous prenons pour notre identité personnelle. Ce qui demeure, la conscience, ne dépend pas de ce moi empirique. Or, nous assimilons habituellement notre conscience à l'univers objectif qui l'occupe et nous la réduisons à tous les éléments dont nous voyons les effets sur notre personnalité et sur notre existence. La conscience ordinaire se résume à être conscient de quelque chose. L'absence d'objet est même considérée comme une « perte de conscience ». Tous les êtres humains possèdent une conscience d'eux-mêmes et de leur environnement, mais peu arrivent à discerner clairement la pure conscience, originelle, vide, d'avec la conscience du corps, des pensées et des objets. Ordinairement, ces expressions de la vie sont confondues avec leur source. L'identification, non plus avec le corps et les pensées, mais avec la conscience dans la lumière de laquelle tout est manifesté, est la réalisation de la véritable Réalité. Pendant toute cette « expérience » de mort physique, ma conscience était silencieuse et inactive sur le plan phénoménal et cependant bien présente. Toute objectivation était absente, laissant la lumière se déployer dans ce vide. C'était une conscience pure, consciente d'elle-même. Celle-ci ne se projette pas dans le temps, ni dans l'action; elle n'est pas oublieuse d'elle-même par l'identification aux objets, comme peut l'être notre conscience ordinaire impliquée dans un corps, étouffée par l'existence quotidienne. Ce que nous sommes réellement, par-delà toute mort et toute naissance, est vide d'objet, seulement conscience-de-soi. La conscience originelle ne peut se déployer que dans ce vide où sujet et objet sont absents, où l'esprit est suspendu et la durée non projetée. La mort est l'occasion de réaliser notre vraie nature, cette ouverture sans intention, où la conscience est laissée à elle-même. La Vie réside dans cette conscience, jamais née, jamais morte, se tenant en elle-même, déployant à l'infini la lumière significatrice d'Amour. Je Suis conscience, c'est là ma véritable identité, éternelle.


Nicole Montineri   
http://www.laconscience-espace.com/articles.html




La même Evidence, sans personne, sans pensées, "vécue" lors du même passage par la mort clinique....
Que dire de plus, que dire de mieux?


lundi 22 février 2016

Bernard Leblanc-Halmos : «Gêne-Aise de la Conscience»






"Gêne-Aise de la Conscience", tel est le titre d'un ouvrage de Bernard Leblanc-Halmos paru en 1989, non édité actuellement. Voici, extraites de ce livre, quelques pages amusantes et en même temps ouvrant sur une réflexion plus profonde.


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BLH 05


Tomber les peaux











Silence.
La nudité du silence.
L’Indicible se tait.
Se goûte nu de soi.
La langue le trahit,
Le mot le pointe
Mais le déforme.
La focale le limite
La perspective le tronque
La métaphore l’habille
Et le masque;
Le symbole le voile,
Et le mystère mystifié
Du mythe ment.
Pas de mots.
Rien de tout ça ne se parle
Rien de tout ça ne se pense.
Qui donc les aurait ?
Un doigt pointe la lune
Illuminé et pathétique.
Nécessaire et inutile.
Incontournable et trompeur
Si il ne touche au coeur
De l’intime résonance
D’une profonde harmonique.
Mais Ohhhhh…Douleur !
Comme l’oubli tombe vite
Qui obscurcit cette grandeur
Dés lors que je dis « moi »
A toute cette épaisseur…




......Alors?
Tomber les peaux,
L’une après l’autre.
Tous les savoirs
Présomptueux.
Tous ces « pourquoi »
Dont on est sûr !
Tous ces « comment »
Si indûment
Affirmatifs !
Tous les je sais ,
Les je crois ;
Les c’est ici !
Les c’est par là !
Les il faut
Les je veux ,
Les tu dois .
Les c’est moi
Les c’est toi …
Tout ce qu’on a appris.
Tout ce qu’on croit connaître.
Tout ce qu’on a été
Et tout ce qu’on croit être !
Retrouver la « Mémoire »,
Laisser grandir le feu
Au bois du Cœur de soi
Au creux de l'humus de l'étant
Jusqu’au dévoilement,
A la métamorphose :
A l’évidence de « Cela »
Au cœur de CELA….
Maintenant
(Texte et voix : Nadia Charandak / Piano : Michel Tardieu)





samedi 20 février 2016

La respiration de l'Être








La graine n'attend rien, elle aspire simplement à la croissance vers l'arbre qu'elle porte en elle, vers l'arbre qu'elle est déjà. Cette aspiration n'est pas provoquée par quoi que ce soit, elle s'accomplit spontanément, elle est l'être même de cette graine. Une personne unifiée est comme cette graine, rien ne lui manque, elle est déjà complète, et aspire naturellement à se manifester en tant que son propre "arbre", sa propre complétude. Cette aspiration est une respiration de l'Être...




Arnaud Desjardins




L'attente est liée à l'avoir et se manifeste par une accumulation d'objets, matériels ou spirituels. Ceci s'accomplit dans l'horizontalité.
L'aspiration est liée à l'Être et se manifeste par une croissance, un déploiement de ce qui est déjà là. Ceci s'accomplit dans la verticalité.




Vous pouvez bien avoir des milliers de graines; si aucune de ces graines ne germe, vous n'aurez qu'une accumulation de graines, étalées sur l'horizontalité du sol. Qu'une seule d'entre elles vienne à germer, et vous aurez une croissance : l'arbre "aspire" la graine vers le haut, dans la verticalité intrinsèque de son Être.




Pierre qui chante





«Je veux que mon cancer cesse de se développer» : Est-ce vrai ?






Un exemple du Travail avec Byron Katie; impressionnant...




vendredi 19 février 2016

René Daumal : La Guerre Sainte









Introduction par Louis Pauwels (Le nouveau Planète n°4, février 1969)

Le 8 décembre, étant « l'Invité du dimanche » de la télévision française, je fis lire sur une image fixe d'un portrait du poète, des extraits de la Guerre sainte, de René Daumal. C'est un texte d'une sévé­rité royale. Je reçus, par la suite, quantité de lettres. On avait été atteint par cette méditation. On voulait se procurer ces pages. Les voici.
Elles parurent pour la première fois, je crois, dans la revue Fontaine. Depuis vingt ans, elles me hantent.
Nous avons publié dans notre dernier numéro, faisant suite à une enquête sur spiritualité et vio­lence, une étude de Raymond de Becker. Cette étude évoquait les conceptions traditionnelles de la Guerre sainte et tentait de situer celles-ci dans les perspectives de notre monde présent, qui est sanglant. Dans l'Islam religieux, la guerre de conquêtes, d'ordre social ou politique, ne fait que constituer la « petite guerre sainte ». La « grande guerre sainte » est celle que doit mener l'homme contre ce qui, en lui-même, est ennemi de la densité et de la liberté de son âme. Par un combat intime et constant, il cherche la « paix du coeur ». Alors, même plongé dans une action extérieure violente, il aura les mains propres, l'esprit pur et en repos.
René Daumal décrit ici cette grande guerre sainte, et, nous sollicitant pour un égal effort, montre le poète à la recherche de la vraie parole mesurée, de la réalité du Verbe. C'est un des textes les plus mystérieux, les plus graves et les plus chargés de sens de la litté­rature moderne.
Daumal, fondateur du groupe Grand Jeu avec Roger Gilbert Lecomte, Roger Vailland, Rolland de Renéville, Pierre Minet, voulut refonder la poésie sur la métaphysique expé­rimentale. Sa rencontre avec Alexandre de Salzmann, compagnon de Gurdjieff, à 22 ans, fut déterminante. Le Mont Analogue comme ces pages sont directement issus d'une pra­tique de l'enseignement de Gurdjieff. Il est mort à 36 ans, en 1944.


ŒUVRES PRINCIPALES:
La Grande Beuverie.
Le Mont Analogue.
Chaque fois que l'aube paraît, essais et notes.
Poésie noire, poésie blanche, poèmes (contenant«la Guerre Sainte »).
Lettres à ses amis.
(Tous ces ouvrages aux éditions Gallimard.)

PRINCIPALES TRADUCTIONS

Mort dans l'après-midi, d'Hemingway (Gallimard).
Essais sur le bouddhisme Zen, de Suzuki (éd. Albin Michel).

L'Enseignement de Ramakrishna (éd. Albin Michel).

Sur René Daumal:
René Daumal, collection Poètes d'aujourd'hui (éd. Seghers).
Les Puissances du dedans (essai sur une famille spiri­tuelle) de Michel Random (éd. Denoël).

ÉTUDE FONDAMENTALE:
Numéro spécial des Cahiers de l'Herne sur le Grand Jeu (déc. 1968).

La Guerre Sainte



Je vais faire un poème sur la guerre. Ce ne sera peut-être pas un vrai poème, mais ce sera sur une vraie guerre.
Ce ne sera pas un vrai poème, parce que le vrai poète, s'il était ici, et si le bruit se répandait parmi la foule qu'il allât parler — alors un grand silence se ferait, un lourd silence d'abord se gonflerait, un silence gros de mille tonnerres.
Visible, nous le verrions, le poète; voyant, il nous verrait; et nous pâlirions dans nos pauvres ombres, nous lui en voudrions d'être si réel, nous les malingres, nous les gênés, nous les tout-chose.
Il serait ici, plein à craquer des mille tonnerres de la multitude des ennemis qu'il contient — car il les contient, et les contente quand il veut — incandescent de douleur et de sacrée colère, et pourtant tranquille comme un artificier, dans le grand silence il ouvrirait un petit robinet, le tout petit robinet du moulin à paroles, et par là nous lâcherait un poème, un tel poème qu'on en deviendrait vert.
Ce que je vais faire ne sera pas un vrai poème poétique de poète, car si le mot « guerre » était dit dans un vrai poème — alors la guerre, la vraie guerre dont parlerait le vrai poète, la guerre sans merci, la guerre sans compromis s'allumerait définitivement dans le dedans de nos coeurs.

Car dans un vrai poème les mots portent leurs choses.
Mais ce ne sera pas non plus discours philosophique. Car pour être philosophe, pour aimer la vérité plus que soi-même, il faut être mort à l'erreur, il faut avoir tué les traîtres complaisances du rêve et de l'illusion commode. Et cela, c'est le but et la fin de la guerre, et la guerre est à peine commencée, il y a encore des traîtres à démasquer.
Et ce ne sera pas non plus oeuvre de science. Car pour être un savant, pour voir et aimer les choses telles qu'elles sont, il faut être soi-même, et aimer se voir, tel qu'on est. Il faut avoir brisé les miroirs menteurs, il faut avoir tué d'un regard impitoyable les fantômes insinuants. Et cela, c'est le but et la fin de la guerre, et la guerre est à peine commencée, il y a encore des masques à arracher.
Et ce ne sera pas non plus un chant enthousiaste. Car l'enthousiasme est stable quand le dieu s'est dressé, quand les ennemis ne sont plus que des forces sans formes, quand le tintamarre de guerre tinte à tout casser, et la guerre est à peine commencée, nous n'avons pas encore jeté au feu notre literie.
Ce ne sera pas non plus une invocation magique, car le magicien demande à son dieu: « Fais ce qui me plaît », et il refuse de faire la guerre à son pire ennemi, si l'ennemi lui plaît; et pourtant ce ne sera pas davantage une prière de croyant, car le croyant demande à son dieu:
« Fais ce que tu veux », et pour cela il a dû mettre le fer et le feu dans les entrailles de son plus cher ennemi — ce qui est le fait de la guerre, et la guerre est à peine commencée.

Ce sera un peu de tout cela, un peu d'espoir et d'effort vers tout cela, et ce sera aussi un peu un appel aux armes. Un appel que le jeu des échos pourra me ren­voyer, et que peut-être d'autres entendront.
Vous devinez maintenant de quelle guerre je veux parler.
Des autres guerres — de celles que l'on subit — je ne parlerai pas. Si j'en parlais, ce serait de la littérature ordinaire, un substitut, un à-défaut, une excuse. Comme il m'est arrivé d'employer le mot « terrible » alors que je n'avais pas la chair de poule. Comme j'ai employé l'expression « crever de faim » alors que je n'en étais pas arrivé à voler aux étalages. Comme j'ai parlé de folie avant d'avoir tenté de regarder l'infini par le trou de la serrure. Comme j'ai parlé de mort, avant d'avoir senti ma langue prendre le goût de sel de l'irré­parable. Comme certains parlent de pureté, qui se sont toujours considérés comme supérieurs au porc domestique. Comme certains parlent de liberté, qui adorent et repeignent leurs chaînes. Comme certains parlent d'amour, qui n'aiment que l'ombre d'eux-mêmes. Ou de sacrifice, qui ne se couperaient pour rien le plus petit doigt. Ou de connaissance, qui se déguisent à leurs propres yeux. Comme c'est notre grande maladie de parler pour ne rien voir. Ce serait un substitut impuissant, comme des vieillards et des malades parlent volontiers des coups que donnent ou reçoivent les jeunes gens bien portants. Ai-je donc le droit de parler de cette autre guerre — celle que l'on ne subit pas seulement — alors qu'elle n'est peut-être pas irrémédiablement allumée en moi? Alors que j'en suis encore aux escarmouches? Certes, j'en ai rarement le droit. Mais
« rarement le droit », cela veut dire aussi « quelquefois le devoir » — et surtout le « besoin », car je n'aurai jamais trop d'alliés.

J'essaierai donc de parler de la guerre sainte.
Puisse-t-elle éclater d'une façon irréparable! Elle s'allume bien, de temps en temps, ce n'est jamais pour très longtemps. Au premier semblant de victoire, je m'admire triompher, et je fais le généreux, et je pactise avec l'ennemi. Il y a des traîtres dans la maison, mais ils ont des mines d'amis, ce serait si déplaisant de les démasquer! Ils ont leur place au coin du feu, leurs fauteuils et leurs pan­toufles, et ils viennent quand je somnole, en m'offrant un compliment, une histoire palpitante ou drôle, des fleurs et des friandises, et parfois un beau chapeau à plumes. Ils parlent à la première personne, c'est ma voix que je crois entendre, c'est ma voix que je crois émettre: « Je suis..., je sais..., je veux...» — Mensonges! Mensonges greffés sur ma chair, abcès qui me crient: « Ne nous crève pas, nous sommes du même sang! », pustules qui pleurnichent: « Nous sommes ton seul bien, ton seul ornement, continue donc à nous nourrir, il ne t'en coûte pas tellement! »
Et ils sont nombreux, et ils sont charmants, ils sont pitoyables, ils sont arro­gants, ils font du chantage, ils se coalisent... mais ces barbares ne respectent rien — rien de vrai, je veux dire, car devant tout le reste, ils sont tire- bouchonnés de respect. C'est grâce à eux que je fais figure, ce sont eux qui occupent la place et tiennent les clefs de l'armoire aux masques. Ils me disent: « Nous t'habillons; sans nous, comment te présenterais-tu dans le beau monde? » — Oh! plutôt aller nu comme une larve!

Pour combattre ces armées, je n'ai qu'une toute petite épée, à peine visible à l'oeil nu, coupante comme un rasoir, c'est vrai, et très meurtrière. Mais si petite vraiment, que je la perds à chaque instant. Je ne sais jamais où je l'ai fourrée. Et quand je l'ai retrouvée, alors je la trouve lourde à porter, et diffi­cile à manier, ma meurtrière petite épée.

Moi, je sais dire à peine quelques mots, et encore ce sont plutôt des vagis­sements, tandis qu'eux, ils savent même écrire. Il y en a toujours un dans ma bouche, qui guette mes paroles quand je voudrais parler. Il les écoute, garde tout pour lui, et parle à ma place, avec les mêmes mots - mais son immonde accent. Et c'est grâce à lui qu'on me considère, et qu'on me trouve intelligent. (Mais ceux qui savent ne s'y trompent pas: puissé-je entendre ceux qui savent!) Ces fantômes me volent tout. Après cela, ils ont beau jeu de m'apitoyer: « Nous te protégeons, nous t'exprimons, nous te faisons valoir. Et tu veux nous assassiner! Mais c'est toi-même que tu déchires, quand tu nous rabroues, quand tu nous tapes méchamment sur notre sensible nez, à nous tes bons amis.»
Et la sale pitié, avec ses tiédeurs, vient m'affaiblir. Contre vous, fantômes, toute la lumière! Que j'allume la lampe, et vous vous tairez. Que j'ouvre un oeil, et vous disparaîtrez. Car vous êtes du vide sculpté, du néant grimé. Contre vous, la guerre à outrance. Nulle pitié, nulle tolérance. Un seul droit: le droit du plus être.
Mais maintenant, c'est une autre chanson. Ils se sentent repérés. Alors, ils font les conciliants. « En effet, c'est toi le maître. Mais qu'est-ce qu'un maître sans serviteurs? Garde-nous à nos modestes places, nous promettons de t'aider. Tiens, par exemple: figure-toi que tu veuilles écrire un poème. Comment ferais-tu sans nous? »
Oui, rebelles, un jour je vous remettrai à vos places. Je vous courberai sous mon joug, je vous nourrirai de foin, et vous étrillerai chaque matin. Mais tant que vous sucerez mon sang et volerez ma parole, oh! plutôt jamais n'écrire de poèmes!
Voyez la jolie paix qu'on me propose. Fermer les yeux pour ne pas voir le crime. S'agiter du matin au soir pour ne pas voir la mort toujours béante. Se croire victorieux avant d'avoir lutté. Paix de mensonge! S'accommoder de ses lâchetés, puisque tout le monde s'en accommode. Paix de vaincus! Un peu de crasse, un peu d'ivrognerie, un peu de blasphème, sous des mots d'esprit, un peu de mascarade, dont on fait vertu, un peu de paresse et de rêverie, et même beaucoup si l'on est artiste, un peu de tout cela, avec, autour, toute une boutique de confiserie de belles paroles, voilà la paix qu'on nous pro­pose. Paix de vendus! Et pour sauvegarder cette paix honteuse, on ferait tout, on ferait la guerre à son semblable. Car il existe une vieille et sûre recette pour conserver toujours la paix en soi: c'est d'accuser toujours les autres. Paix de trahison!

Vous savez maintenant que je veux parler de la guerre sainte. Celui qui a déclaré cette guerre en lui, il est en paix avec ses semblables, et, bien qu'il soit tout entier le champ de la plus violente bataille, au-dedans du dedans de lui- même règne une paix plus active que toutes les guerres. Et plus règne la paix au-dedans du dedans, dans le silence et la solitude centrale, plus fait rage la guerre contre le tumulte des mensonges et l'innombrable illusion.

Dans ce vaste silence bardé de cris de guerre, caché du dehors par le fuyant mirage du temps, l'éternel vainqueur entend les voix d'autres silences. Seul, ayant dissous l'illusion de n'être pas seul, seul, il n'est plus seul à être seul. Mais je suis séparé de lui par ces armées de fantômes que je dois anéantir. Puissé-je un jour m'installer dans cette citadelle! Sur les remparts, que je sois déchiré jusqu'à l'os, pour que le tumulte n'entre pas dans la chambre royale! « Mais tuerai-je? » demande Ardjouna le guerrier. « Paierai-je le tribut à César? » demande un autre. -Tue, est-il répondu, si tu es un tueur. Tu n'as pas le choix. Mais si tes mains se rougissent du sang des ennemis, n'en laisse pas une goutte éclabousser la chambre royale, où attend le vainqueur immo­bile. - Paie, est-il répondu, mais ne laisse pas César jeter un seul coup d'oeil sur le trésor royal.
Et moi qui n'ai pas d'autre arme, dans le monde de César, que la parole, moi qui n'ai d'autre monnaie, dans le monde de César, que des mots, parlerai-je?
Je parlerai pour m'appeler à la guerre sainte. Je parlerai pour dénoncer les traîtres que j'ai nourris. Je parlerai pour que mes paroles fassent honte à mes actions, jusqu'au jour où une paix cuirassée de tonnerre régnera dans la chambre de l'éternel vainqueur.
Et parce que j'ai employé le mot de guerre, et que ce mot de guerre n'est plus aujourd'hui qu'un simple bruit que les gens instruits font avec leurs bouches, parce que c'est maintenant un mot sérieux et lourd de sens, on saura que je parle sérieusement et que ce ne sont pas de vains bruits que je fais avec ma bouche.

René Daumal, printemps 1940.





Juste pour mémoire, la couverture du numéro de la revue "Le nouveau Planète" d'où a été extrait ce texte de René Daumal.



jeudi 18 février 2016

Jon Kabat-Zinn : Vous n'êtes vivant que dans l'instant présent








Petite mise en garde : Au tout début de la video, "Mindfulness" est traduit par "présence d'esprit", ce qui est évidemment un contresens; par "Mindfulness" , il faut entendre "Pleine Conscience".



« Être présent est loin d'être trivial. C'est peut-être le travail le plus dur du monde. Oubliez le « peut-être ». C'est le travail le plus dur du monde – du moins maintenir sa présence. Et le plus important. Quand on tombe dans la présence – les enfants en bonne santé vivent la plupart du temps dans le paysage de la présence -, on le sait instantanément, on se sent instantanément dans son être, se reposer dans la claire conscience, dans la présence elle-même, en sa propre compagnie.» (Jon Kabat-Zinn)



Ketama & Toumani Diabaté : «le puit du désir»

















mercredi 17 février 2016

En guise de Jazz






Image et musique : Chronophonix



mardi 16 février 2016

Oldies (But Goldies) : The Fugs







The Fugs est un groupe de rock américain créé en 1965 par les poètes Ed Sanders et Tuli Kupferberg. Ce groupe est toujours actif, en témoigne leur site officiel.

J'ai choisi deux extraits qui font partie du Vinyl "Tenderness Junction", album qui m'avait à l'époque laissé une aussi forte impression que les premiers opus de Frank Zappa...





lundi 15 février 2016

Ramana Maharshi







Un montages d'images d'archives glanées ça et là sur le net, avec une musique de Ravi Shankar.





dimanche 14 février 2016

Lori-Ann : Six symptômes de l’Illumination




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Article original en anglais sur le blog de Lori-Ann : The Awakened Dreamer
Article en français sur le blog de Christine : Du Tout et Du Rien



Le jour après le réveil de ce rêve d'être un soi séparé, le quotidien a pris des reflets d’illumination. Trois mois plus tard je suis toujours amusée par ce que j'appelle «la légèreté indescriptible de wow », une sorte de fraîcheur de nouveau-né d'où la vie est perçue.

Quel est ce "wow"? En mettant en garde sur le fait que ce qui a surgi ici n'est pas nécessairement ce qui va surgir pour d'autres à la suite d'un éveil, voici ma liste de symptômes. Ces symptômes peuvent indiquer ou non la réalisation de soi, mais si vous n'êtes pas sous l’effet d’une substance illicite, il y a une grande chance qu'il se passe quelque chose de non ordinaire.


1 Des Perturbations Visuelles:
Immédiatement après je me sois réveillée de ce rêve, j'ai remarqué que mes globes oculaires semblaient délivrer une image différente d'avant. Maintenant, je perçois de la luminosité en toute chose, une luminosité "d’éclairage de l’intérieur" et la netteté des arbres, des voitures, des feux de circulation, et même des piétons. C'était comme si quelqu'un avait photo-shopé la réalité en utilisant les applications pour la saturation des couleurs, le renforcement et la netteté. Je vois toujours le monde de cette façon, mais davantage quand je marche dans la nature que quand je me déplace dans la circulation ou les rayons d'épicerie. Et, bien sûr, je suis parfois sidérée par la façon dont le soleil brille dans une rue humide, ou le sourire de la personne derrière la caisse. Dans ces moments-là, l'ordinaire paraît extraordinaire.

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2 Des Problèmes de Limites:
Crainte et Joie sont nées de la simple vision que je n'étais pas séparée. J'ai erré dans une forêt un jour, disant à haute voix (les larmes coulant), "Waouh, waouh, waouh, c'est moi!" Le corbeau volant, les arbres se balançant, les nuages ​​en mouvement, le chien aboyant – chaque parcelle de ce mouvement vue comme des objets apparaissant. "Lori Ann marche" était également une apparition, depuis la seule source, ce vaste vide-plein du sol regorgeant d'êtreté. Maintenant je sais pourquoi ils envoient les fous sacrés “enivrés de Dieu” hors de l'ashram ou du sanatorium - cette perception de l'unité est distrayante, pour le moins, quand vous devez enseigner à un gamin la pratique du football et que soudain, vous êtes le ballon. En fait, j'avais l'habitude d'être une sorte de spectatrice qui s'ennuyait à regarder ma fille jouer au football - tout à coup, je peux être comme un chien, captivée par la balle qui roule et les crampons qui frappent et l'entraîneur qui crie. Je suis tout à la fois une spectatrice assidue et un participant.

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3 Un Esprit Vide. 
Bon, alors où sont allées toutes les pensées? Même la pensée que «je suis Lori Ann, responsable ici» s'est évaporée. Au lieu de cela existe un vide spacieux là où auparavant une foule entière de "pensées" chahuteuses faisait la fête au loin. Ici et là, une lourde pensée parasite va errer à travers le vide et partir assez rapidement, probablement de déception "Et alors, dis, où est la fête?". Vivre dans ce vide-de-pensée est assez facile. Lorsque le bruit mental est minime, la réalité est beaucoup plus vive et immédiate. Quand un ami parle, je l'écoute comme jamais auparavant, parce que les pensées concurrentes (comme je suis d'accord ou pas d'accord) ne sont pas là pour diner. Si jamais je voulais devenir une bonne psychothérapeute, ce serait le moment.

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4) Un calme monstrueux: 
Je ne pense pas que le valium ait quoique ce soit à voir avec l'illumination. Deux jours après je me sois réveillée, l'homme avec qui je vis m’a dit qu’il voulait rompre. J'étais assise là tranquillement - et même sereinement - et l’ai écouté. Au lieu de réagir comme Lori Ann l’aurait fait, ce qui se passait était l'acceptation complète. Aucune défense. Aucun argument. Pas de "comment oses-tu”, de stratégie d'attaque verbale. Ce qui surgissait était la vision claire de la réactivité de mon partenaire, et l’acceptation de cela, et pourtant aussi de la compassion pour dire: «Si tu veux me quitter, c'est okay. Mais je vois que tu es en grande souffrance en ce moment. Tu peux peut être te donner trois jours pour prendre une décision finale. "(Oui, il est resté). Depuis lors, il y a eu de nombreuses occasions d'éprouver un calme intérieur pendant que des tempêtes émotionnelles grondaient autour de moi (laissez-moi vous dire, qu’une fille pubère âgée de 12 ans est un test de stress garanti). Si Big Pharma pouvait mettre l’illumination en bouteille, ses ventes dépasseraient celles de Prozac ou de Viagra. Peut-être la chimie de mon cerveau est-elle modifiée par cette super-tranquillité d'être ici. Mais bon, je ne compte pas m’offrir à la science pour le savoir.

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5 Des Flashs Prémonitoires. 
Contrairement aux bouffées de chaleur, que j'ai également expérimentées en tant que femme ménopausée, ces bouffées de clairvoyance sont une sorte de plaisir. J'ai toujours été assez intuitive, mais maintenant c’est comme des ESP* sur stéroïdes. Ce qui a changé cependant, c'est ce que je fais avec ces aperçus de l'avenir. Il n'y a pas d’élan ici pour changer ce qui va arriver, en fait, avoir ces fenêtres dans le ce-qui-sera c'est comme avoir un bulletin météo. Je ne m'efforcerai pas plus de changer le temps que je ne chercherais à manipuler l'avenir. Une histoire par exemple: j'ai eu la vision une nuit d'un ami qui espionnait mes e-mails afin de vérifier la véracité de quelque chose que j'avais dit. Je savais que je pouvais changer mon mot de passe ou supprimer toute la correspondance électronique qui alimentait le feu de la suspicion. Au lieu de cela, je savais que les choses se passeraient comme je l'avais vu, ce serait parfait. La confiance là est qu'il y a une certaine conception brillante dans ce jeu de Dieu. Effectivement, le lendemain cette personne a piraté mes courriels et l’a confessé plus tard. Et de là, une série de leçons s’en est découlée. En fait, Lori Ann n'aurait jamais permis ce déploiement. Elle aurait plutôt essayé de changer les résultats en ce "qu'elle pensait être le mieux." Ce qui m'amène au dernier symptôme de la réalisation de soi.

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6 Un Abandon Radical: 
Je sais que les gens pensent que l’abandon est une action que vous posez pour arriver à l'illumination. Mais sincèrement, c'est un état d'être qui résulte de la réalisation de soi. Abandonner c’est tout simplement laisser-aller parce que vous avez réalisé que le contrôle était de toute façon une illusion. Cela ressemble à un flux et de la magie dans la vie, parce que quand nous ne cherchons pas à diriger la rivière, nous sommes emportés par elle. Dans l’abandon radical, ce qui pose des intersections est parfaitement chronométré, un heureux hasard élevé et une synchronicité haute sur l’échelle de Richter. Mais ne prenez pas mes mots pour acquis. Réveillez-vous et voyez ce qu’est la vie quand le «je» se dissout et que la vie se vit sans effort grâce au non-vous. Cela ne veut pas dire que la vie est toujours agréable. La douleur peut être ici. Ce qui manque, c'est le bouton de commande à distance sur le jeu vidéo. Vous êtes tous laissés là car c’est le jeu qui se joue sur l'écran de la vie. Vous êtes un spectateur, vous êtes un personnage du jeu et vous êtes l'écran. C'est sacrément cool d'être tout et rien, l'eau, la rivière, le courant, le flux, l'océan et le ciel.

Donc vous les avez. Six des symptômes du réveil du rêve de soi. Bien que certains de ces symptômes apparaissaient sous une forme atténuée dans la vie de Lori Ann avant le grand tremblement du 25 octobre 2011 (http://theawakeneddreamer.com/2011/11/17/hello-world/), ce sont les caractéristiques permanentes de cette vie vécue. Et contrairement à des symptômes de maladie, ce sont des symptômes de l'état que nous recherchons tous, un état d'aisance.

Alors. Je vous invite à vivre une vie remplie de symptômes d’aisance non-ordinaire. Je vous invite à vous réveiller.

La conscience est ici,

Lori Ann

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