mercredi 13 décembre 2017

Vie Verticale






Le Royaume des Cieux est le mental «vertical».
Le mental «vertical» est toujours présent - dans l' «Instant présent».

L'intuition est une expression de la «verticalité» du mental.
Le Non-attachement, la non-permanence, la non-conceptualisation, la non-rêverie sont tous : vivre «verticalement» et non pas «horizontalement».

La métanoesis ou paravritti est le retournement vers la 
«verticalité» du mental.

Le soi (dans toutes ses formes d'état séparé) est vivre 
«horizontal» dans le temps sériel.

Le «rappel-de-Soi» d'Ouspensky, l' «état-sans-tête» de D.C. Harding, l' «éveil-simple» de Shen Hui, sont vivre «vertical».
Toute vérité est «verticale» : rien d' «horizontal» ne peut être vrai.

Toute vision-vraie est «verticale».

Tous les objets sont «horizontaux» : la «subjectivité» est «verticale».

Le «vertical» est «absolu» : l' «horizontal» est non-absolu.

Dans la vie «verticale» la fixation du «je» n'est plus présente.

Wei Wu Wei (La voie négative)

Source : Non Dualité





mardi 12 décembre 2017

Rorschach





Musique : Christian Zagaria et Michel Tardieu




lundi 11 décembre 2017

Il est des mots qui chantent comme on berce un enfant...







Sur un texte de Lise, voici deux essais sonores et musicaux improvisés en décembre 2008 par Pascale Valenta au chant et Michel au piano.


IL EST DES MOTS

Il est des mots qui blessent comme un coup de poignard
des mots sortis tout droit d'un immense trou noir
affutés de rancunes et de désespoirs
qui jaillissent soudain au grès de nos humeurs
comme des pantins avides de nos peurs.

Il est des mots qui chantent comme on berce un enfant
des mots vibrant d'amour qui s'élancent en dansant
ciselés d'innocence et de joie
qui tissent dans nos mains la toile du bonheur
comme un magicien penché sur notre cœur.

Il est des vents violents, tourmentés et contraires
témoins de nos misères
qui secouent par moment nos êtres éphémères.

Il est des souffles purs ,voluptueux et sincères
messagers de lumières
qui nous portent au de là de nos simples misères.

Il est au beau milieu celui qui sait se taire
cette part de nous même qui croit que le mystère
est plus grand que le verbe et plus fort que le temps.
et que d'intenses joies naissent des contraires
comme une roue sans fin, indicible prière.






Les mots se posent en nous en une vibration..
Un autre les saisit, les prend en sa demeure ,
les réchauffe à l'abri de son cœur,
Pour les porter ailleurs.

Vagabonds, voyageurs, les mots n'ont ni lieu ,ni heure pour tisser le bonheur ..
Il suffit d'un regard,d'une voix, d'une oreille attentive jusqu'au bout des doigts ..
pour que la magie soit.

Alors d'un seul élan,
Joyeux, libres, insouciants..
ils s'envolent légers,

Portés par le Désir ardent
qui nourrit la Parole de notre cœur d'enfant.

Il ne reste alors plus de mot pour qualifier ce présent..
Qu'une infinie gratitude d'être vivant.

Lise





dimanche 10 décembre 2017

Univers Zéro : Clivages (2010)







Univers Zéro est un groupe de rock progressif belge, fondé en 1974 par Daniel Denis et Claude Deron. (Voir l'article sur Wikipedia.)









samedi 9 décembre 2017

Etre nu. La sourate du vide.






Désapprendre. Déconditionner sa naissance.
Oublier son nom. Être nu.

Dépouiller ses défroques. Dévêtir sa mémoire.
Démodeler ses masques.

Déchirer ses devoirs. Défaire ses certitudes.
Désengranger ses doutes. Désemparer son être.

Débaptiser sa source. Dérouter ses chemins.
Défeuiller ses désirs. Décharner ses passions.




Désacraliser les prophètes. Démonétiser l'avenir.
Déconcerter l'antan. Décourager le Temps.

Déjouer la déraison. Déflorer le délire.
Défroquer le sacré. Dégriser le vertige.

Défigurer Narcisse. Délivrer Galaad.
Découronner Moloch. Détrôner Léviathan.

Démystifier le sang. Désosser le singe.
Déshériter l'ancêtre.




Désencombrez votre âme.Déséchouez vos échecs.
Désenchantez le désespoir. Désenchantez l'espoir.

Délivrez la folie. Désamorcez vos peurs.
Désarrimez vos cœurs. Désespérez la Mort.

Dénaturez l'inné. Désincrustez l'acquis.
Désapprenez vous. SOYEZ NUS....




J. Lacarrière: «la sourate du vide»


vendredi 8 décembre 2017

Amanita Muscaria Cevenolensis








Les propriétés hallucinogènes de l’Amanite tue-mouches sont connues et utilisées depuis tout temps. Déjà dans l’Inde antique elle entrait probablement dans la composition du Soma, boisson divinisée nécessaire à l’immortalité des dieux et aux sacrifices faits par les hommes. Son effet était puissant: il agissait sur la pensée et sur le corps; il donnait les idées, la vigueur intellectuelle, la force et le courage physique; il guérissait les malades et renforçait la puissance sexuelle.





Les Amérindiens semblent également avoir eu recours aux propriétés hallucinogènes de cette amanite tout comme certaines tribus sibériennes lors de rituels chamaniques. C’est ainsi que les peuplades du Kamtchatka ne disposant pas d’une quantité suffisante de drogue pour leurs cérémonies collectives avaient recours à un rite particulier et surprenant: un premier individu absorbait le champignon puis un second recueillait les urines de ce dernier afin de les boire, les substances chimiques responsables de la toxicité du champignon étant éliminées sous forme active dans les urines. Le gobelet passait ainsi de mains en mains et alors que seul le premier individu avait consommé le champignon toxique, plusieurs pouvaient jouir de ses effets psychotropes.





Plus récemment, l’Amanite tue-mouches est consommée comme drogue par les Lapons. Ils font sécher le chapeau afin de concentrer les toxines puis l’avalent sans le mâcher. Il se peut que ce soit en observant ses effets sur les rennes que sa consommation soit devenue courante. En effets ces animaux l’apprécient au point qu’il suffit pour rassembler un troupeau de disposer sur le sol des morceaux de ce champignon.
On prétend également qu'au XIXème siècle, pendant la guerre qui opposa la Suède à la Norvège, certains soldats suédois se droguaient avec l'Amanite tue-mouches avant de partir au combat.





Cette amanite doit son nom vernaculaire de « tue-mouches » au fait qu’elle était utilisée autrefois comme insecticide, rompue dans une jatte de lait pour engourdir les mouches (propriétés insecticides imputables aux substances ci-dessus évoquées). (Source des textes : Clic' Amanites)




jeudi 7 décembre 2017

L'art de la conversation







René Magritte : "L'art de la conversation"


Deux hommes en conversation. Petits. Insignifiants. Dans leur dos, un énorme monument, aux montants gigantesques avec dalles en tous sens, dont les pierres entassées ne laissent guère d'espace qui puisse être utilisé. Les deux hommes continuent à parler. Parler ! C'est d'avoir parlé qu'il reste partout des constructions, des cons­tructions embarrassantes, inutiles, de­venues énormes, cyclopéennes, de plus en plus inutiles, sans emploi, par l'adjonction de nouvelles paroles, de nouveaux parleurs... qui toujours lais­sent des restes. Et devant un de ces vastes monuments aux grandes pierres entremêlées où il n'y a même pas une pièce où l'on pourrait se tenir, où l'on ne passe plus, les deux hommes, sans tourner la tête, sans y faire atten­tion, s'entretiennent, les inconscients !

A mesure qu'ils discourent, ne pour­raient-ils voir les encombrants additifs qui vont encore prendre du peu de place qui reste ? Non, il y faut du temps. Ce sont d'autres qui le verront, qui plus tard, parlant aussi, viendront passer devant le monument agrandi, de plus en plus massif, de plus en plus inutilisable.
C'est pour avoir tellement parlé et écrit qu'il y a de par le monde tant de restes qui, avec leur sérieux « déplacé » ont une résistance de pierre à tout ce qu'on aurait besoin de faire de véritablement nouveau. De ces con­fuses pierres, un silence sort, un empê­chement, pierres pour entraver l'esprit, pour entraver la marche, pour entraver l'avenir. Pierres ! Républiques de Paroles.
Mais peut-être ces deux hommes ont-ils eu le besoin de se sentir évo­luer sur un fond important, archéo­logique ? L'humain — en somme — c'est leur groupe.

Henri Michaux, extrait de "En rêvant à partir de peintures énigmatiques".



mercredi 6 décembre 2017

Jean-Pierre Massiera : Visitors









1974 voit la naissance d’un album devenu « incontournable » pour qui veut pénétrer dans le monde de cet artiste libre, autodidacte et un brin déjanté …« VISITORS »
Premier album réalisé dans son nouveau studio, « Le Studio 16 », plus connu sous le nom de " Studio d’Antibes ".
Les années 70 étaient le théâtre de phénomènes paranormaux et d’apparitions extra-terrestres, largement relatés dans la presse de l’époque. Ajoutez à cela, la fascination d’un homme pour la science fiction, et vous obtiendrez un O.V.N.I appelé " VISITORS ".
(Premier enregistrement d'un jeune virtuose du violon... Didier Lockwood).

A noter que le titre « Nous » a été réalisé en collaboration, et pour le plus grand plaisir de JP, avec Francis Lockwood, Pianiste talentueux et frère ainé de Didier.

Le titre " Terre-Larbour " avait été fait en Parodie de " PEARL HARBOR " et les " Extra Terrestres " remplaçaient les Japonais qui avaient attaqué les Navires Américains en 1944.

Le studio "Antibes", qui n’avait rien à envier aux studios de la capitale, a été fréquenté, entre autres, par John McLaughlin et Bill Wyman des Rolling Stones. Plus que la qualité du matériel, ce qui poussaient les artistes à enregistrer au studio d’Antibes, c’était son ingénieur du son, je parle bien sûr de Massiera JP.

Rapidement, ce lieu fut considéré comme " la Mecque du disco dans le sud de la France ". Face à un " client " ou à une commande de Major, il ne se contentait pas de faire son travail en professionnel, il s’engageait, participait, apportait sa petite touche personnelle.
A ce sujet, il dira : " La Musique me possède plus souvent par l’incarnation du musicien que du sorcier exorciste des studios qui s’emmerde à écouter du son sans le percevoir ".







mardi 5 décembre 2017

Le chant Mozarabe







Le chant mozarabe est propre à la liturgie de la péninsule ibérique. Il occupe une place de première importance dans l'histoire de la musique occidentale à côté d'autres branches du chant liturgique latin comme le chant Grégorien ou le chant Ambrosien.
 

Mozarabe signifie "arabisé" et désigne les chrétiens qui vivaient dans la Péninsule Ibérique sous la domination musulmane. (en savoir plus )




Chant Mozarabe - Cathédrale de Tolède (XVe siècle)
Ensemble Organum - Marcel Pérès





vendredi 1 décembre 2017

La Valse Hésitation





René Magritte : "La Valse Hésitation"


Il suffit que l'on applique à une pomme, posée sur une table, un masque ou plutôt un loup, pour qu'elle regarde. Masquée, rien ne l'empêche plus d'être une personne dans cette pièce tranquille, où on ne va pas la déranger. La voilà aussitôt prête, inquiète, ou décidée.
Et si elles sont deux ? Mas­quées toutes deux ? Eh bien, ménage, c'est-à-dire précisément personnes mas­quées, l'air d'avoir à vivre ensemble, de feindre de s'entendre, de tenter de se défendre, l'air critique, l'air du couple, l'air du duo, l'air qu'on a lorsqu'on est pris par des sentiments familiaux, bourgeois, lesquels ne de­mandent décidément qu'à revenir, fût- ce dans une pomme ; masque prêt à tout.
...Masque: tout ce qui reste du culte du bandit.

Henri Michaux, extrait de "En rêvant à partir de peintures énigmatiques".






jeudi 30 novembre 2017

Lama Karta : «Étoile qui brille»








Lama Karta (1960 - 2013) fut une figure emblématique, connue et reconnue du bouddhisme en Belgique. A la suite du Lama Ogyen, décédé en 1990, le Vénérable Lama Karta reprit la direction spirituelle des Instituts.
Le Vénérable Lama Karta passait difficilement inaperçu tant sa présence marquait ses interlocuteurs. Il a donné des cours de bouddhisme dans plusieurs pays d’Europe et a écrit plusieurs livres sur le bouddhisme dont « Introduction au bouddhisme » qui mérite d’être lu par toutes les familles, au moins pour l’expliquer aux jeunes particulièrement interpellés par le Bouddha.
On rencontrait également le Lama Karta dans des églises, comme l’Eglise des Minimes à Bruxelles, pour des concerts de chants mystiques. Son CD ‘Buddhist Meditation Songs’ a connu une distribution mondiale.Il a quitté son corps le 23 février 2013.





Lama Karta : Offering song


Rencontre de représentants du bouddhisme en Belgique à l'Institut tibétain Yeunten Ling de Huy, 
le 3 septembre 1997. En partant de la droite, Lama Karta est le 3e. (Source : Wikipedia)



mercredi 29 novembre 2017

Le Désir Immobile, par Daniel Morin







"J'ai mis longtemps à m'apercevoir d'une confusion majeure très courante qui va à l'encontre même de l'in­tention sincère de celui qui recherche la plénitude. Je vais prendre un exemple simple : supposons que pour acheter une maison il me manque 100.000€. Je vais po­ser des actes pour réunir l'argent et réaliser mon désir. Au moment où j'ai la totalité de la somme nécessaire, je ne détermine plus de manque, et une satisfaction apparaît. La confusion habituelle est de déduire : je suis heureux parce que j'ai. Je crois alors que c'est parce que j'ai ce que j'avais déterminé comme manque que je suis heureux.
Pour ma part, la déduction est fausse. Au moment précis où j'ai ce que j'avais déterminé personnellement comme un manque, (l'Avoir), il n'y a plus de définition de manque pour moi. Ce qui émerge alors naturellement et temporairement est la plénitude de l'Être qui était en second plan, en toile de fond."
(Daniel Morin, Eclats de Silence)





mardi 28 novembre 2017

Chögyam Trungpa : Le coeur authentique de la tristesse








Le coeur authentique de la tristesse

Lorsque nous nous exerçons à rester assis tranquillement et à suivre notre souffle à mesure qu'il sort et qu'il se dis­sout, nous établissons un contact avec notre coeur. En nous laissant tout simplement être tels que nous sommes, nous commençons à éprouver une réelle sympathie envers nous-mêmes.




Imaginons que nous sommes assis par terre, nus, touchant le sol de nos fesses nues. Puisque nous ne portons ni foulard ni chapeau, nous sommes également exposés au ciel. Nous sommes pris en sandwich entre le ciel et la terre : un homme nu ou une femme nue, assis entre ciel et terre.
La terre reste toujours la terre.
La terre laisse quiconque s'asseoir sur elle et jamais elle ne cède. Elle ne fait jamais faux bond ; on ne tombe pas de la terre pour aller se perdre dans l'espace intersidéral. De même, le ciel reste toujours le ciel ; il reste toujours le ciel au-dessus de nous. Qu'il neige, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau, le jour comme la nuit, le ciel est toujours là. En ce sens, nous savons que le ciel et la terre sont dignes de confiance.
La logique de la bonté fondamentale est analogue. Lors­que nous parlons de la bonté fondamentale, nous ne vou­lons pas dire qu'il faille prendre position pour le bien et rejeter le mal. La bonté fondamentale est bonne parce qu'elle est inconditionnelle, parce qu'elle est primordiale. Elle est tou­jours déjà là, de la même façon que le ciel et la terre sont toujours déjà là. On ne rejette pas l'atmosphère. On ne rejette pas le soleil et la lune, les nuages et le ciel. On les accepte. On accepte le fait que le ciel est bleu ; on accepte les paysages et la mer. On accepte les autoroutes, les immeubles et les villes. La bonté fondamentale est à ce point fondamen­tale, à ce point inconditionnelle. Ce n'est pas un parti pris pour ou contre, de la même façon que la lumière du soleil n'est ni pour ni contre quoi que ce soit.




La loi naturelle, l'ordre naturel de cet univers ne sont ni pour ni contre quoi que ce soit. Dans le fond, rien ne menace notre point de vue, rien non plus ne l'encourage. Les quatre saisons se succèdent libres des exigences des gens, sans que personne n'ait besoin de voter pour elles. La peur et l'espoir ne peuvent changer le cours des saisons. Il y a le jour ; il y a la nuit. La nuit il fait noir et le jour il fait clair, sans qu'il soit nécessaire d'ouvrir ou de fermer un commutateur. Il y a une loi et un ordre naturels qui nous permettent de survi­vre et qui sont fondamentalement bons; ils sont bons parce qu'ils sont là, parce qu'ils fonctionnent, parce qu'ils sont efficaces.
Il arrive souvent que l'on prenne cette loi et cet ordre natu­rels de l'univers comme allant de soi ; en fait, on devrait se raviser. Il faudrait apprécier ce que l'on a, car, si on ne l'avait pas, on serait dans de beaux draps ! Si on n'avait pas la lumière du soleil, il n'y aurait pas de végétation, ni de récol­tes, et on n'aurait pas de quoi manger. De même, la bonté fondamentale est bonne précisément parce qu'elle est si fon­damentale, si primordiale. Si elle est bonne, c'est parce qu'elle est naturelle et qu'elle fonctionne, et non pas parce qu'elle s'oppose au mauvais.




Le même principe s'applique à notre condition d'êtres humains. Nous sommes dotés de passion, d'agression et d'ignorance. Autrement dit, nous cultivons nos amis, nous nous défendons de nos ennemis et nous sommes parfois indif­férents. Ces tendances ne sont pas considérées comme des imperfections. Elles font partie de l'élégance et du bagage naturels des êtres humains. Nous sommes pourvus d'ongles et de dents pour nous défendre en cas d'attaque, nous som­mes dotés d'une bouche et d'un sexe pour établir un rapport avec les autres, et nous avons la chance d'avoir un appareil digestif et un appareil respiratoire complets qui nous permet­tent d'assimiler ce que nous absorbons et d'expulser les déchets. L'existence humaine est une situation naturelle et, tout comme la loi et l'ordre naturels de l'univers, elle est maniable et efficace. A vrai dire, elle est merveilleuse, elle est idéale.
Certains diront que ce monde est l'oeuvre d'un principe divin, mais les enseignements Shambhala ne se soucient pas d'origines divines. Le coeur de l'art du guerrier est de tra­vailler personnellement sa situation actuelle, telle qu'elle se présente. Du.point de vue Shambhala, lorsqu'on dit que les êtres humains sont foncièrement bons, on veut dire qu'ils pos­sèdent toutes les facultés dont ils ont besoin, de sorte qu'ils ne sont pas obligés de se battre contre le monde. Notre exis­tence est bonne parce qu'elle ne contient en elle aucune source fondamentale d'agression ni cause de grief. Nous ne pouvons pas nous plaindre d'avoir des yeux, des oreilles, un nez et une bouche. Nous ne pouvons pas restructurer notre système physiologique et, d'ailleurs, nous ne pouvons pas non plus restructurer notre état d'esprit. La bonté fondamentale est ce que nous avons, ce dont nous sommes doués. Elle est la situation naturelle dont nous avons hérité à la naissance.




Nous devrions sentir qu'il est merveilleux d'être dans ce monde. C'est si merveilleux de percevoir le rouge et le jaune, le bleu et le vert, le pourpre et le noir ! Toutes ces couleurs nous ont été données. Nous pouvons sentir le chaud et le froid, goûter le sucré et l'amer. Nous avons ces sensations et nous les méritons ; elles sont bonnes.
Ainsi, pour expérimenter réellement la bonté fondamen­tale, il faut d'abord apprécier ce que nous avons. Mais ensuite nous devons voir plus loin et examiner plus précisément ce que nous sommes, où nous sommes, qui nous sommes, quand nous sommes et comment nous sommes en tant qu'êtres humains, pour arriver à prendre possession de notre bonté fondamentale. Il ne s'agit pas vraiment d'une possession, mais nous la méritons quand même.
La bonté fondamentale est étroitement liée à la notion de bodhicitta dans la tradition bouddhique. Bodhi signifie « éveillé » ou « attentif », et citta signifie « coeur » ; bodhi­citta signifie donc « coeur éveillé ». Le coeur éveillé vient de la volonté de faire face à notre état d'esprit. Cela peut nous paraître une exigence excessive, mais elle est nécessaire. Nous devrions nous examiner et nous demander combien de fois nous avons essayé d'entrer en contact avec notre coeur, plei­nement et réellement. Combien de fois nous sommes-nous dérobés, craignant de découvrir quelque chose d'atroce ? Combien de fois avons-nous été capables de nous regarder dans le miroir sans nous sentir mal à l'aise ? Combien de fois avons-nous essayé de nous tirer d'affaire en lisant le jour­nal, en regardant la télévision ou en étant distraits ? Voilà la question cruciale : dans quelle mesure avons-nous entre­tenu un rapport avec nous-mêmes durant notre vie ?




La pratique de la méditation assise, comme nous l'avons vu au chapitre précédent, est le moyen de redécouvrir la bonté fondamentale ; bien plus, elle est le moyen d'éveiller ce coeur authentique en nous. Lorsqu'on est assis dans la posture de méditation, on est exactement l'homme nu ou la femme nue que nous avons décrits plus haut, assis entre ciel et terre. Affaissés, nous essayons de cacher notre coeur, de le proté­ger en voûtant le dos. Par contre, dans la posture de médita­tion, assis droits mais détendus, notre coeur est à nu. Tout notre être est exposé, en premier lieu à nous-mêmes, mais aussi aux autres. C'est pourquoi lorsque nous nous exerçons à rester assis dans le calme et à suivre notre souffle à mesure qu'il sort et qu'il se dissout, nous établissons un contact avec notre coeur. En nous laissant tout simplement être tels que nous sommes, nous commençons à éprouver une réelle sympathie envers nous-mêmes.
Quand nous éveillons ainsi notre coeur, nous découvrons avec surprise qu'il est vide. Nous constatons que nous regar­dons l'espace. Que sommes-nous, qui sommes-nous, où est notre coeur ? Si nous regardons vraiment, nous ne verrons rien de tangible ni de solide. Bien sûr, il se peut que nous trouvions quelque chose de très solide si nous en voulons à quelqu'un ou si nous vivons un amour possessif. Mais ce n'est pas là un coeur éveillé. Si nous cherchons le coeur éveillé, si nous creusons dans notre poitrine pour le trouver, nous n'y découvrirons rien d'autre qu'une sensation de tendresse. C'est doux et endolori, et si nous ouvrons les yeux sur le monde, nous éprouvons une immense tristesse. Cette tristesse ne vient pas de ce qu'on nous ait maltraités. Nous ne sommes pas tristes parce que quelqu'un nous a insultés ou que nous nous sentons appauvris. Au contraire, cette expérience de tristesse est inconditionnelle. Elle a lieu parce que notre coeur est complètement écorché. Ni peau ni tissus ne le recouvrent ; ce n'est plus que de la chair vive. Même si un minuscule mous­tique se pose sur lui, nous nous sentons terriblement touchés. Notre expérience est crue, tendre, tellement personnelle !
Le coeur authentique de la tristesse naît lorsque nous sen­tons que notre coeur est plein. Nous aimerions ver­ser le sang de notre coeur, offrir notre coeur aux autres. Pour le guerrier, c'est cette expérience d'un coeur triste et tendre qui donne naissance au courage. Habituellement, être cou­rageux veut dire ne pas avoir peur, ou alors retourner les coups que l'on reçoit. Mais ici nous ne parlons pas du cou­rage des bagarres de ruelle. Le véritable courage est le pro­duit de la tendresse. Il survient lorsque nous laissons le monde effleurer notre coeur, notre coeur si beau et si nu. Nous som­mes disposés à nous ouvrir, sans résistance ni timidité, et à faire face au monde. Nous sommes disposés à partager notre coeur avec les autres.
Chögyam Trungpa, "Shambala", chapitre 3.






lundi 27 novembre 2017

Led Zeppelin







Voici ce que j'écoute parfois le matin, du bon vieux rock des seventies, alors, l'élan de le partager a suivi tout naturellement...






Titres 1 et 2 : ◄ Led Zeppelin I
 Titres 3 et 4 : ◄ Led Zeppelin II
  Titres 5 et 6 : ◄ Led Zeppelin III






dimanche 26 novembre 2017

Stephen Jourdain : Tout est toujours à recommencer








En compagnie de Stephen Jourdain, quelques images qui ne sont pas des pensées...




1 - La pensée en train de naître
n'a aucune durée




2 - Dès l'instant où tu auras
le sentiment de continuer
à être conscient
de ta pensée naissante
tu seras dans l'illusion;
tu contempleras le cadavre
de ta pensée précédente



(contemplant le passé
de ta clandestine extension
tu contempleras également le passé
de ton être :
ton cadavre.)




3 - tout est toujours à recommencer




4 - mais ceci
"tout est toujours à recommencer"
est précisément
une pensée en train de naître.




(Stephen Jourdain, Cahiers d'Eveil, T II)