lundi 30 juin 2014

L'Humour du Prochain n°48 : «Artéides»







Extraits de la page Facebook «L'Humour du Prochain», qui, comme son nom l'indique, est consacrée au partage d'humour sous toutes ses formes et déclinaisons.


















dimanche 29 juin 2014

Armelle : Tout arrive spontanément dans l'instant







Malgré les apparences, il n'y a pas de contradiction entre suivre une voie spirituelle et ce qu'Armelle nous propose ici : que nous fassions une retraite en silence, que nous pratiquions la méditation, que nous lisions des livres, ou que nous allions écouter des enseignants de la nouvelle génération - dont elle fait partie -, quoique nous fassions donc, c'est toujours ici et maintenant que ça se passe, et à l'extrême pointe de ce présent, l'agissant se résorbe dans l'action : quelque chose s'accomplit, mais il n'y a personne qui soit séparé de l'action. Non pas «je médite», mais «je suis méditation», non pas «je pratique», mais «je suis la pratique», non pas «je fais des efforts», mais «je suis effort», non pas «je dis oui», mais «je suis oui».
Tout se fait de façon tellement plus aisée lorsqu'il n'y a personne pour le faire !




Une objection fréquemment soulevée :

«Les SDF dormant sur des cartons dans la rue ne sont pas une création de l'esprit, ils sont. La violence dans la rue, elle est. La torture sur des enfants existe. La faim dans le monde, c'est une réalité. Et ce n'est pas ce que dit Armelle.»

Ce que dit Armelle s'applique au moment où elle le dit, dans une pièce où elle dialogue avec des personnes : à ce moment là, il n'existe effectivement rien de concret tel que «la faim dans le monde, la torture, la souffrance, etc...» Cela n'existe que dans la mémoire de la personne qui l'évoque, sous forme de pensées expérimentées comme une réalité, et qui coupent cette personne de son expérience directe de l'instant présent. Vers la fin de l'extrait vidéo ( à 10' ), elle place le focus sur l'action possible : être interpellé en profondeur par des images vues aux infos, par exemple, peut pousser quelqu'un à se rendre sur place pour agir. Mais ruminer cela sous forme de pensées ne sert à rien si ce n'est pas suivi d'une action en conséquence. Chacun peut tout de suite, au moment même vous lisez ces mots, le vérifier : si vous êtes devant un ordinateur en plein milieu d'un conflit, avec des balles qui sifflent, des explosions de partout, alors oui, la guerre existe, c'est une réalité vécue dans l'instant. Mais si vous êtes bien tranquillement chez vous, la guerre existe-t-elle, ici et maintenant ? la guerre n'existe pas ailleurs que dans vos pensées, c'est aussi simple que ça...






samedi 28 juin 2014

Pensées : en écho à Ramana Maharshi







Le degré d'absence de pensées est la mesure du progrès vers la réalisation.
Mais la réalisation elle-même n'admet aucune progression. Elle est toujours la même.
Le Soi reste toujours en état de pleine réalisation. Les obstacles à la réalisation, ce sont les pensées. Le progrès spirituel est dès lors déterminé par le degré de déblaiement des obstacles qui s'opposent à la compréhension fondamentale que le Soi est depuis toujours réalisé. Les pensées doivent être contrôlées en cherchant à connaître qui en est l'auteur.
Vous plongez à leur source, où elles ne surgissent plus.
(Ramana Maharshi, l'Enseignement, p.534)




Qui est l'auteur de ma pensée ?
moi ..
un de ces "moi" pressé
qui ne fait que passer.
En le pointant du doigt,
je m'aperçois qu'il n'est là
que parce que je lui prête foi.
(Lise)




La conscience est totalement intelligente et omnisciente; elle dicte toujours les choix les plus appropriés en une circonstance donnée. Si c'est la conscience et non notre personnalité ou notre psychologie qui dicte nos choix, y compris les petits choix quotidiens, d'instant en instant, tous les choix que nous ferons dans l'existence procéderont de la sagesse, de la vérité, de la clarté, de la réalité, plutôt que de l'illusion.
(Lee Lozowick,Éloge de la Sagesse)




La pensée "moi" peut, comme toute autre pensée, être résorbée dans sa source. Il va falloir, pour cela, se confronter avec ce qu'Andrew Cohen appelle "la conviction émotionnelle de l'ego", qu'il faut également résorber dans sa source.






lundi 23 juin 2014

L'Humour du Prochain n°47 : Mr Horizontal et Mme Verticale







Extraits de la page Facebook «L'Humour du Prochain», qui, comme son nom l'indique, est consacrée au partage d'humour sous toutes ses formes et déclinaisons.



Adam


Aurélie Guillerey


Daniel Frost


François Godin


Icinori


Jacopo Rosatti







samedi 21 juin 2014

21 Juin : Solstice d'été et Fête de la Musique (2)








Pour commémorer ce 21 juin 2014, voici une compilation éclectique de musiques choisies parmi les publications de cette dernière année, sous le regard attentif des Lys Blancs. Profitez-en, et bonne écoute !












21 Juin : Solstice d'été et Fête de la Musique (1)




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mardi 17 juin 2014

Yvan Amar : La liberté





Nuages et coucher de soleil, en compagnie d'Yvan Amar et ses «Nourritures silencieuses».


soir 01


Non pas atteindre la liberté, mais être libre de tout but.


soir 06

La vrai liberté, c'est ne pas avoir le choix.
C'est être déterminé par l'UN, c'est être esclave de l'UN.

soir 05

Etre libre, ce n'est pas être sans limites, sans chaînes.

Ce n'est pas non plus choisir ses chaînes, ses limites.
Ce n'est pas non plus accepter ses chaînes, ses limites.


soir 04

Etre libre, c'est être sans objectif, libre d'objectif, sans autre objectif que celui d'être ce que nous sommes maintenant.

soir 02

La liberté, c'est le pouvoir de.
Affirmer sa totalité.
Non plus le pouvoir sur, mais le pouvoir de.
Non plus répondre à, mais répondre de.


soir 03




samedi 14 juin 2014

The Freak Brothers : Des dangers de la télévision





Freak brothers 01


Les "Freak Brothers" en version originale, sans sous-titres. Même avec peu de connaissance en Anglais, ça reste compréhensible et savoureux!


Freak brothers 02

Freak brothers 03



The fabulous furry Freak Brothers






freaks 01


feaks 02



dimanche 8 juin 2014

DuoChenKo au Vigan







Ce duo, avec Sophie Chenko au chant et Michel Tardieu au piano, se produira à la fête de la musique au Vigan, le samedi 21 juin 2014.
Pour en savoir plus sur DuoChenko, consulter cette page. Mais tout de suite, voici l'un des morceaux originaux de notre répertoire, écrit par Sophie : "Boulegeti !".






jeudi 5 juin 2014

Vivre en Présence n°41 : «Juste ceci»








Extraits de la page Facebook «Vivre en Présence»













Être en Présence, c'est être en amont de toute pensée,
y compris de toute pensée au sujet de la Présence,
y compris de cette pensée.






dimanche 1 juin 2014

Le coeur éternel de la voie : Les Bauls du Bengale (4)






Voici le dernier article de cette série, concernant cette fois le concept de "mendicité", telle qu'elle est pratiquée dans la voie Baule.

Mendicité

Les mendiants sont généralement considérés comme des gens sans aucune valeur, incapables de faire quoi que ce soit par eux- mêmes, prisonniers de circonstances terribles. Mais certaines traditions mystiques voient le mendiant comme quelqu'un qui s'est libéré des circonstances, s'en remet totalement à Dieu et a transcendé le monde des formes. Concrètement, le mendiant spi­rituel, le mendiant « par choix » a beaucoup de points communs avec le mendiant « par circonstance ». Ne possédant ni maison ni objets, il voyage léger. Il ne peut compter que sur sa propre ingéniosité, n'a pas de statut social et n'espère pas en avoir un, et de ce fait ne se prend pas au sérieux. Il n'a pas d'obligations envers ses frères humains, peut disparaître sans que personne ne s'en aperçoive. N'ayant rien à perdre, il est libre d'aller là où plus riche que lui n'oserait pas se rendre. N'étant pas digne d'at­tention, il est comme invisible.

Un mendiant sait survivre dans la rue et ne se laisse pas faci­lement tromper. Il ne se fait aucune illusion et ne tolère pas la crédulité chez autrui. Il n'a ni honneur ni réputation à défendre. Il ne se fie qu'à sa propre expérience et sait avec certitude que ce qui reste de lui ne peut pas être détruit — si ça pouvait l'être, ça l'aurait été depuis longtemps. Un mendiant est quelqu'un que le monde de l'avoir et du territoire, du pouvoir et de la renom­mée, a rejeté. Dans une société où le seul but est la production et la consommation, le mendiant est inutile.
Cette description s'applique aussi au Baul, à ceci près qu'il est, lui, mendiant « par choix » — ce qui est un paradoxe puisque pour lui, la notion de choix ne s'applique pas. Habité par le feu divin, le coeur embrasé d'intoxication spirituelle, le Baul est in­capable de prendre part aux affaires du monde et d'en suivre les règles. Il n'est pas rare qu'avant de devenir mendiant, le Baul ait fait l'expérience d'une certaine réussite matérielle et qu'il ait abandonné statut social, confort, richesse et pouvoir pour une vie de renonciation et de quête spirituelle.

Pour participer à la société, il faut avoir une certaine tran­quillité d'esprit, être persuadé que les attractions et les fascina­tions offertes par le monde sont les seuls buts de l'existence. Le Baul se sent incapable de générer ce type de « certitude ». Sa tranquillité d'esprit a disparu définitivement le jour où le réel a fait intrusion dans sa vie. Il peut simuler l'enthousiasme, mais le coeur n'y est pas. Rien ne le motive plus. Voyant que les Bauls ne participent pas à la société, les gens les traitent de fous, veulent savoir pourquoi ils ne cherchent pas à se rendre utiles. La seule vraie réponse que les Bauls puissent leur donner, c'est qu'ils sont effectivement fous. Et qu'ils finiront sans doute leur vie sur les routes à mendier, la tête couverte de poussière, mar­monnant des propos inintelligibles sur le Bien-Aimé.

Mais le mendiant baul n'est pas un clochard. Il n'est fou qu'aux yeux de l'observateur conventionnel. Le mendiant éso­térique est semblable à ces vagabonds que l'on rencontre parfois et dont le regard brûle d'une flamme authentique — une flamme qui n'est ni agressivité ni démence, mais sagesse et appétit pour la vie, intacts malgré la pauvreté et la saleté. Le mendiant ésotérique reste parfaitement présent aux circonstances de son existence. Il n'a pas la liberté de rêvasser ou de relâcher son at­tention. Il n'a aucune valeur aux yeux du monde, mais lui-même ne rate jamais une occasion de s'engager dans la vraie vie de l'esprit. Il n'a rien à défendre et peut donc se consacrer entière­ment à ses compagnons et à ce qui l'entoure. Il est parfaitement vivant.

Étudier la poésie extatique des mystiques qui ont endossé le rôle de mendiant dans leur relation à Dieu nous donne une idée de ce qu'est la mendicité. Ce que ces textes nous évoquent, c'est que si nous nous sentions poussés dans cette direction, nous pourrions nous aussi endosser ce rôle. Dans ce contexte, plus on est inutile au monde, plus on est précieux pour le Divin, la mendicité ésotérique étant un état de vulnérabilité pure face à l'influence divine.
Ce qui les distingue du reste de la société bengalie et carac­térise leurs coutumes, c'est que les Bauls vivent d'aumônes et se contentent de peu. Les villageois qui déposent un peu de riz dans leur bol en noix de coco leur donnent parfois aussi des morceaux de tissu qu'ils ajoutent à leur veste en patchwork, leur guduri. Les Bauls considèrent ce vêtement comme le symbole de la mendicité: de la renonciation volontaire et la réalisation spirituelle. Il n'existe pas de règle ou de définition proprement dites à son sujet, mais tous les Bauls semblent tacitement d'ac­cord sur ce point.
Vêtu de ce costume traditionnel, le Baul va de village en village et chante en demandant l'aumône devant chaque maison qu'il rencontre. Mendier est pour lui une activité et un devoir religieux. Vivre ainsi d'aumône est le signe de son non-attache­ment aux choses matérielles et aux affaires du monde.

Le mendiant baul est différent des autres mendiants d'Inde car il y a dans sa façon de mendier une dynamique de récipro­cité. Le Baul chante sa dévotion et celle-ci touche le coeur des gens. Ceux-ci répondent en lui donnant de l'argent et de quoi manger. Ils rendent ce qu'ils ont reçu lorsqu'il a invoqué pour eux la Présence divine et l'amour de Radha et Krishna, le remercient d'éveiller en eux la nostalgie amoureuse et la ferveur reli­gieuse. L'esprit et les chants des Bauls sont un baume pour l'âme du petit peuple, ce sont leurs qualités spirituelles qui font qu'ils sont ainsi acceptés et accueillis. C'est cette notion de réciprocité dont il est question, entre autres, quand on parle de madhukari ou mendicité sacrée.

Quand nous l'avons interrogé sur le rôle de la mendicité dans sa sadhana, Sanathan Das, un Baul de Bankura célèbre pour la puissance de sa danse et de ses chants, nous a répondu la chose suivante : « Nous suivons la voie baule. Le fait de subvenir à nos besoins en mendiant est le premier pas sur cette voie. Nos chants sont comme des cartes qui nous aident à atteindre le but de notre voie. »
Les Bauls soutiennent que pour atteindre la réalisation, il est essentiel de renoncer à tout lien avec le monde. Leur logique est simple et limpide : « Nous sommes des mendiants, nous ne possédons rien. La seule chose que nous ayons, c'est notre corps. Dieu réside dans notre corps. De quoi d'autre avons- nous besoin ? » Pour eux, renoncer à tout et mendier pour subvenir à ses besoins n'est pas une fin en soi, mais constitue la première étape sur la voie et le moyen de cultiver en soi un sentiment de dévotion qui amènera à réaliser Dieu.

Les Bauls sont généralement d'avis que la réalisation spiri­tuelle est directement proportionnelle au degré de renoncement et inversement proportionnelle à l'implication de la personne dans la société. C'est un Baul qui a dit : « Dans la mesure où nous n'avez rien et êtes détachés du monde, alors dans cette mesure, vous sentez Dieu présent en vous. Si vous ne possédez absolument rien et êtes parfaitement détachés de tout désir mondain, Dieu se manifeste dans votre vie totalement. » Et un autre : « Nous avons Dieu dans notre corps. Mais ceux qui se sont laissés charmer par le monde matériel ne peuvent pas percevoir ou comprendre ce Dieu. Ils titubent comme des ivrognes dans le monde de maya. » On retrouve ces mêmes senti­ments dans l'adage baul : « Ne rien avoir, c'est avoir Dieu. »

Les Bauls insistent sur le fait que chaque désir en entraîne d'autres et qu'il est essentiel de limiter nos envies de posses­sions. Le seul désir que nous devrions avoir est le désir de Dieu. Tout attachement matériel nous enchaîne et obscurcit notre esprit par des passions et des dépendances. Pour les Bauls, les 6 « ennemis » ou obstacles à la vie spirituelle naissent du désir. Ces ennemis sont la luxure, la colère, l'avidité, l'engouement, la vanité et l'envie. Ils en parlent très souvent et conseillent de s'en méfier. Ils ne démordent pas du fait que ces obstacles doivent être surmontés et transformés si l'on veut progresser sur le che­min menant à l'union à Dieu.

Extrait de l'ouvrage collectif, sous l'inspiration et la direction de Lee Lozowick, "Le coeur éternel de la voie" (tome IV)


Le coeur éternel de la voie : Les Bauls du Bengale (3)






Les chants bauls

Les Bauls utilisent le chant, la musique, la danse et la poésie pour transmettre leurs enseignements et leurs réalisations spiri­tuelles. Les chants du Baul sont le principal moyen pour lui d'exprimer son expérience du Divin :
« Le chant est un élément indispensable à la vie baule, il va jouer un rôle essentiel dans sa sadhana, l'aider dans sa quête éternelle de "l'Homme du Coeur", être le seul moyen dont il disposera pour communiquer ses idées aux hommes ordinai­res. En bref le Baul fait tout à travers ses chants : il vit en eux, médite en eux, dort en eux, meurt en eux. »
Leurs chants sont pour les Bauls sources de délice, d'extase et de plaisir. Ils en retirent la paix et le réconfort dans les moments d'intense nostalgie ou de grand chagrin, lorsqu'ils souffrent de se sentir séparés de Dieu. C'est cela qu'ils communiquent à leur auditoire, cet éventail d'invocations théâtrales porteuses d'extase et de peine partagée. Les Bauls sont passés maîtres dans l'art d'entrer grâce à leurs chants en communion avec les couches les plus humbles de la société.

Les chants des Bauls parlent de leurs croyances et des prati­ques complexes de leur sadhana, comme par exemple l'acte sexuel et les rituels qui l'accompagnent, ou encore certains prin­cipes liés à la respiration. Mais les mots dont ils se servent sont ambigus, ce qui fait que même lorsque le public en saisit le sens apparent, il ne peut en comprendre la signification profonde. Pour découvrir les secrets encodés dans ces paroles, il est néces­saire de « travailler ». Les détails de la sadhana baule sont trans­mis exclusivement de guru à disciple et ne sont sujets de discus­sion qu'entre élèves d'une même communauté. On conseille à ces derniers de n'en parler qu'avec prudence et de prendre garde à ne divulguer aucun secret. Les Bauls considèrent que très peu de gens s'intéressent réellement à leur voie. « Les gens de l'exté­rieur pourraient se moquer de nous s'ils connaissaient notre religion. »
« Mettant en pratique ce dont ils parlent dans leurs chants, les Bauls explorent la vision spirituelle qui s'applique à chaque circonstance de la vie. Leurs paroles ont un sens caché, elles sont comme la peau épaisse sous laquelle se cache le goût sucré du fruit. Une fois cette peau épluchée, on peut goûter la chair ruisselante de jus. Celui qui ne reste pas au niveau superficiel mais parvient à découvrir le sens caché des paroles baules res­sent un plaisir de nature divine. L'originalité des chants bauls vient de la philosophie profonde qu'elle recèle sous des mots ordinaires et simples utilisés par les couches sociales les plus humbles. »

Le jour où grand-père mourut dans les bras de grand-mère,
Fut le jour de la naissance de mon père.
Le jour de mes seize ans,
Fut le jour de la naissance de ma mère.
Pense donc, ma mère naquit ce jour-là.
Une goutte sur le front tombe dans la grande eau, Ce jour-là,
Un pêcheur attrape la rivière dans le filet de l'illusion.

Si les chants bauls comportent des métaphores relatives à des pratiques ésotériques et à la relation de l'homme avec Dieu, ils décrivent aussi la société et les illusions véhiculées par les conventions. A travers leurs chants, les Bauls dénoncent les par­faits non-sens de la vie et critiquent sévèrement la rigidité inutile des rites instaurés au nom de la religion, ainsi que les barrières artificielles des castes et des dogmes. En ce sens, les chants bauls semblent vouloir nous réveiller. « Ouvrez les yeux ! », nous disent-ils.
Chaque chant est considéré refléter parfaitement la façon dont vivent les Bauls. Il est souvent à double sens, peut être compris à la fois au niveau exotérique et ésotérique, présente la philosophie baule et permet une invocation d'une très grande force. Il a un rôle fondamental car il représente un pont entre les Bauls et ceux qui ne le sont pas.
Divers éléments sont pris en compte lors d'une représentation baule : la mélodie, la philosophie exprimée, les instruments, le style personnel des musiciens, et le choix des paroles qui sont toujours concrètes et saisissantes. Tous ces facteurs contribuent à l'impact qu'aura le chanteur sur l'esprit et le coeur de ceux qui l'écouteront, qu'ils soient indiens ou occidentaux. Les chants bauls véhiculent et enrichissent l'héritage culturel de l'Inde, et du Bengale en particulier. On ne saurait se faire une idée juste de la vie des Bauls sans accorder à leur musique l'importance qui lui est due.

Les instruments bauls sont simples et viennent de la tradition folklorique du Bengale. Le Baul fabrique et répare lui-même ses instruments et entretient avec chacun d'eux une relation per­sonnelle très forte. Pour lui, l' ektara, le dotara (instrument à cordes) et le dugi (tambour) sont des êtres vivants qui se nour­rissent de la force vitale d'une sadhana focalisée sur l'Homme du Coeur. Chaque chant se veut une offrande venue du plus pro­fond de l'être, un cri de dévotion, une prière, un chant de louan­ge et d'adoration. Les instruments qui permettent au chanteur baul de s'exprimer ainsi sont donc entretenus avec le plus grand respect. Ils sont pour lui des êtres sacrés possédant chacun sa vie propre.

La danse fait également partie des spectacles bauls. Elle consiste en mouvements chorégraphiés très précis qui se fondent sur la technicité particulière d'une discipline yogique. Ce sont des mudras, c'est-à-dire une gestuelle sacrée, des postures « ob­jectives » qui suivent la circulation rythmique des différents flux énergétiques du corps. La danse baule est unique au monde. Lorsqu'il danse, le Baul est en réalité en posture de supplication aux pieds de l'Homme du Coeur, en pleine invocation de la Présence divine.

C'est de cette manière que le Baul rend hommage à la réalité absolue. Témoins de sa réalisation spirituelle, ses chants appar­tiennent au trésor de sa communauté. Toute représentation baule est une rencontre à la fois sociale, culturelle et spirituelle entre les musiciens et ceux qui les écoutent. Autrement dit, les liens qui se forment alors viennent de ce que tous partagent la même vision d'un monde multidimensionnel. C'est entre autres ce dernier point qui fait des représentations baules une expérience absolument unique que l'on ne retrouve pas dans les autres tra­ditions musicales du continent indien. Celles-ci requièrent en effet un cadre et une ambiance formels, tandis que la voie baule n'est pas soumise à ce type de contraintes. Même s'il existe un protocole dans la manière de chanter que le Baul va respecter, il a néanmoins la possibilité de se produire n'importe où, n'im­porte quand. C'est sa dévotion qui va toucher son auditoire, une dévotion portée par un sentiment d'urgence nourri par l'intensité de sa sadhana. Et si certaines techniques vont lui permettre de transmettre l'essence de cette dévotion, c'est la grande Vie elle- même qui donnera à son chant la douceur et la mélodie de son amour, son affection, sa nostalgie, sa tristesse, son désespoir, son déchirement.

Extrait de l'ouvrage collectif, sous l'inspiration et la direction de Lee Lozowick, "Le coeur éternel de la voie" (tome IV)