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mardi 10 mars 2020

Perspective





René Magritte : "Perspective Mme Récamier de David"



Que soit aux défunts accordée une dernière faveur.
Cercueils coudés pour morts préférant reposer assis... à demi "redressés" déjà.


Henri Michaux, extrait de "En rêvant à partir de peintures énigmatiques".



René Magritte : "Perspective Mme Récamier de Gérard"



La Mémoire






René Magritte : "La mémoire"



Ne verra-t-on jamais dans un beau visage silencieux, ou dans un visage sans corps, ou dans une tête en plâtre ou en marbre, le front immo­bile prendre soudain mémoire de ceci ou de cela et la tempe se mouiller du souvenir d'un ancien événement tragique ?
Si. C'est arrivé. Ici même. Une tache de sang est apparue, et s'élargit.
Sur le blanc visage sans ombre, le souvenir « marquant », d'abord se­cret s'est trahi. Le sang va sourdre de la blessure de l'âme.
Au-delà de la tempe, l'intense rouge s'étend, s'aggrave, va devenir ineffaçable.
Par la fenêtre, dans le monde du dehors, des nuages passent, qui paraissent pensés ; qui paraissent ralen­tis, qui demeurent, telle une situation grave qui ne sera jamais réglée, sur lesquels le rideau, à la fenêtre, ne sera jamais qu'à moitié fermé.
Sortie de la main du sculpteur, entrée dans la matière, la vie continue.
D'elle-même, enfin, la pierre ressent, manifeste. A présent elle revit un drame.
Saignant visage de marbre, par ailleurs inchangé, s'exprimant en silence.

Henri Michaux, extrait de "En rêvant à partir de peintures énigmatiques".





Michaux - Magritte : Les travaux d'Alexandre




René Magritte : "Les travaux d'Alexandre"


Dans la clairière, près de l'arbre qui gît abattu, la partie du tronc demeurée en terre s'est emparée de la cognée du bûcheron. Une des noueuses racines, ou plutôt un des bas contre­forts ligneux, a dû lentement bouger et, comme une patte d'ours, s'est posée sur l'outil du meurtre, le main­tient, et ne le rendra plus. Enfin une justice. Une égalité. Une nouvelle re­vendication.
Un nouveau malaise pour les hommes.
Combien de temps aura-t-il fallu à la souche pour s'emparer de l'arme de l'assassin, pour l'immobiliser, empê­chant qu'à nouveau elle fasse le mal ? Maintenant le geste infiniment lent est accompli. A terre, maintenue souve­rainement par une « patte d'arbre », patte qui, au contraire de celles des animaux, une fois posée, ne se relève plus, et ne connaît pas la fatigue, la cognée meurtrière ne pourra plus être dégagée.
Fascinant spectacle. Réponse d'un être qui n'a pu répondre assez vite, qui jamais ne put répondre à temps. Au nom des silencieux la souche de l'arbre abattu donne la réponse tardive.
Depuis un temps immémorial, des millions d'arbres par la cognée ou par la pré-historique hache de pierre ont été abattus sans un mouve­ment de résistance, sans jamais une protestation. Voici un commencement qui peut faire réfléchir. De nouveaux résistants. Que restera-t-il de la royauté sur la « création » ? L'inquiétude hu­maine va connaître une nouvelle di­mension.

Henri Michaux, extrait de "En rêvant à partir de peintures énigmatiques".






Magritte - Michaux : La voix du sang




René Magritte : "La voix du sang"


La lune, lassée d'être toujours derrière, cette fois se présente devant les arbres de la forêt, devant une maison isolée, toute naturelle, pas moins particulière, et faisant rêver, la même apparemment qui chaque mois refait ses éternelles figures qui se suivent sans surprise.
Henri Michaux, extrait de "En rêvant à partir de peintures énigmatiques".


Emportez-moi (Le Séducteur)






Cette fois, c'est un poème d'Henri Michaux mis en musique par l'incontournable duo Tardieu-Valenta (dans une toute nouvelle improvisation sur ce texte) qui accompagne subtilement ce tableau de René Magritte.






jeudi 7 décembre 2017

L'art de la conversation







René Magritte : "L'art de la conversation"


Deux hommes en conversation. Petits. Insignifiants. Dans leur dos, un énorme monument, aux montants gigantesques avec dalles en tous sens, dont les pierres entassées ne laissent guère d'espace qui puisse être utilisé. Les deux hommes continuent à parler. Parler ! C'est d'avoir parlé qu'il reste partout des constructions, des cons­tructions embarrassantes, inutiles, de­venues énormes, cyclopéennes, de plus en plus inutiles, sans emploi, par l'adjonction de nouvelles paroles, de nouveaux parleurs... qui toujours lais­sent des restes. Et devant un de ces vastes monuments aux grandes pierres entremêlées où il n'y a même pas une pièce où l'on pourrait se tenir, où l'on ne passe plus, les deux hommes, sans tourner la tête, sans y faire atten­tion, s'entretiennent, les inconscients !

A mesure qu'ils discourent, ne pour­raient-ils voir les encombrants additifs qui vont encore prendre du peu de place qui reste ? Non, il y faut du temps. Ce sont d'autres qui le verront, qui plus tard, parlant aussi, viendront passer devant le monument agrandi, de plus en plus massif, de plus en plus inutilisable.
C'est pour avoir tellement parlé et écrit qu'il y a de par le monde tant de restes qui, avec leur sérieux « déplacé » ont une résistance de pierre à tout ce qu'on aurait besoin de faire de véritablement nouveau. De ces con­fuses pierres, un silence sort, un empê­chement, pierres pour entraver l'esprit, pour entraver la marche, pour entraver l'avenir. Pierres ! Républiques de Paroles.
Mais peut-être ces deux hommes ont-ils eu le besoin de se sentir évo­luer sur un fond important, archéo­logique ? L'humain — en somme — c'est leur groupe.

Henri Michaux, extrait de "En rêvant à partir de peintures énigmatiques".



vendredi 1 décembre 2017

La Valse Hésitation





René Magritte : "La Valse Hésitation"


Il suffit que l'on applique à une pomme, posée sur une table, un masque ou plutôt un loup, pour qu'elle regarde. Masquée, rien ne l'empêche plus d'être une personne dans cette pièce tranquille, où on ne va pas la déranger. La voilà aussitôt prête, inquiète, ou décidée.
Et si elles sont deux ? Mas­quées toutes deux ? Eh bien, ménage, c'est-à-dire précisément personnes mas­quées, l'air d'avoir à vivre ensemble, de feindre de s'entendre, de tenter de se défendre, l'air critique, l'air du couple, l'air du duo, l'air qu'on a lorsqu'on est pris par des sentiments familiaux, bourgeois, lesquels ne de­mandent décidément qu'à revenir, fût- ce dans une pomme ; masque prêt à tout.
...Masque: tout ce qui reste du culte du bandit.

Henri Michaux, extrait de "En rêvant à partir de peintures énigmatiques".






mercredi 8 novembre 2017

«Nageur solaire» : une métaphore du chemin...





Nageur solaire


Le nageur solaire est comme une métaphore du chemin que nous faisons dans l'existence ...
chacun son rythme , son style ,...
tourne le manège , autour de la terre ...
(Gandha)






Un jour, "perdant le Nord", complètement " à l'ouest", 
en désorientation spatiotemporelle,
je me suis mise en marche vers mon Orient.
(Lise)


Voiles de feu




Quatre «tableaux solaires», par Gandha


Vagues d'automne 2

Soleil rayonnant

Mouvement originel

Ondines ensoleillées



mercredi 10 mai 2017

«Je» et «l'Autre»






Il y a quelques critères simples pour déterminer si oui ou non, il y a encore une identification à un "moi-je" : s'il y a un "moi-je", alors, il y a un "autre" (une personne, un objet, une situation, etc...)

Or qu'est-ce que "l'autre" ? D'abord une pensée, suivie d'une émotion.
"L'autre" est ce qui a le pouvoir de me faire réagir, de me faire peur, de me mettre en colère, de me faire envie, de me rendre jaloux, "l'autre", c'est ce que je n'aime pas, ce que je refuse, ce que je rejette, ce qui me met mal à l'aise, ou au contraire ce que je désire plus que tout au monde, "l'autre", c'est aussi ce qui me fait rechercher un sentiment d'être spécial, d'être important," l'autre", c'est ce qui provoque en moi une demande insatiable d'être accepté, considéré, apprécié, reconnu, aimé. Toutes ces émotions sont plus ou moins faciles à repérer, mais dans tous les cas, elles m'indiquent s'il a un "autre" ou non, et donc un "moi-je" ou non; car lorsqu'il n'y a plus de séparation, lorsque le couple «moi et l'autre» s'est dissous, toutes ces émotions se dissolvent également.

A présent, observez : est-ce que vous ressentez une séparation ? Y a-t-il vraiment un "autre", nettement séparé de vous? Y a-t-il une émotion ?





(Tableaux de René Magritte)



vendredi 20 janvier 2017

Les trains d'Howard Foggs







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train 9

train 8

train 2

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train 1

train 13

train 11


En voir d'autres : ici et là


vendredi 29 janvier 2016

Les Mystères de l'Horizon




le chef-d'oeuvre ou les mystères de l'horizon

René Magritte : Le Chef d'Oeuvre ou les Mystères de l'Horizon

A défaut de texte pour accompagner ces photos de tableaux de Magritte, pourquoi pas des musiques, jouées si possible dans l'esprit du-dit tableau? Voici donc, inspirée par "Le Chef d'Oeuvre ou les Mystères de l'Horizon", une tentative d'illustration sonore improvisée au piano.




vendredi 12 septembre 2014

Magritte - Michaux : L'Empire des Lumières




L'empire des lumières 03

René Magritte : "L'Empire des Lumières"


Il est rare que le jour et la nuit soient surpris ensemble. Cela arrive et c'est alors particulièrement exem­plaire. Quelle bonne, souveraine har­monie ils font alors, si toutefois le jour est calme, très calme, imprégné de mystère. Grâce au mystère, alors, la nuit sans difficulté s'unit au jour. Ils s'unissent et tout ensemble s'accom­plissent dans un grand apaisement.
Celui qui ne s'est pas laissé lier par les attaches naturelles des choses, lesquelles conduisent à l'es­clavage, ne s'en émeut pas. A quoi tient la nature ? A si peu de chose, qu'une simple peinture change.
Un ciel bleu et blanc, un ciel de clair après-midi n'arrive pas à éclairer des arbres pourtant bien déta­chés, ni non plus une maison isolée, qu'un réverbère seul révèle, l'éclairant d'une lumière blafarde. L'atmosphère est quiète, trop quiète, d'une immo­bilité qui alerte. Mais rien n'arrivera. Tout est déjà arrivé ; arrêté depuis on ne peut savoir combien de temps.

Henri Michaux, extrait de "En rêvant à partir de peintures énigmatiques".


L'empire des lumières


L'empire des lumières 02

René Magritte : "L'Empire des Lumières (2)"



Magritte-Michaux : Le réveil-matin





Le reveille-matin

René Magritte : "Le réveil-matin"


Nature! nature! La nature est un tableau, que le peintre seul peut aisément mettre à l'envers, lui enlevant son règne, le règne de son perpétuel "endroit", la faisant lâcher, la renversant, la faussant pour l'éternité (du moins celle de son tableau).

Henri Michaux, extrait de "En rêvant à partir de peintures énigmatiques".


Le réveil-matin




vendredi 28 mars 2014

Magritte-Michaux : La Grande Famille





la grande famille
René Magritte : "La Grande Famille"


Un oiseau qui traverserait des nuages, que des nuages traverseraient...
Tandis qu'il volerait les ailes étendues largement par-dessus les mers, non plus criant, perpétuellement affamé, mais devenu contemplatif...
Oiseau en plein ciel, traversé de ciels.

Henri Michaux, extrait de "En rêvant à partir de peintures énigmatiques".





Magritte-Michaux : Golconde





golconde
René Magritte : "Golconde"


Maisons alignées.
Appliqués à la façade, debout, dos à la pierre, à une certaine hauteur, en suspension sans appui, immobiles, des hommes en rang, corrects, habillés pour sortir, en pardessus et le chapeau sur la tête, tous strictement semblables, sauf pour la taille (il y en a trois).
Façades de maison, façades d'hommes.
Aucun n'entre, ni ne sort. Pas en situation pour entrer. Comme plaqués dessus, ils demeurent en surface. A part, les hommes! Pas d'accueil dans la maison inhumaine, mais qui affiche "hommes".
Anonymes, gardant la distance, figés, chacun en son étroit espace régulier, qui ne doit pas être réduit.
Maintien à maintenir.


Henri Michaux, extrait de "En rêvant à partir de peintures énigmatiques".