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A la dernière image de ce diaporama, j'ajouterai que dans la mesure où nous roulons avec nos voitures, où nous utilisons des appareils électriques, et où nous nous chauffons ou cuisons nos aliments au gaz, sans parler de l'utilisation quotidienne d'objets en plastique, l'action individuelle doit aussi inclure la prise de conscience de notre consommation énergétique individuelle, et voir vraiment comment il nous est possible de la modérer.
Ce vaste sujet commence même à être "contaminé" par l'humour...
Addendum : "Gaz de schiste : miracle énergétique ou catastrophe écologique ?", un excellent article à lire sur le site Notre-Planète.info; en voici deux courts extraits."Un examen de l'histoire des séismes et du forage en Arkansas révèle une hausse consternante de la fréquence des tremblements de terre après un forage avancé. Le nombre de séismes en 2010 équivaut presque à celui enregistré pour tout le XXe siècle.""Étant donné la partialité du gouvernement en faveur des géants de l'énergie - la destruction du golfe du Mexique par BP est un bon exemple - il se peut que davantage d'actions directes soient requises de la part des citoyens si l'on compte sauver l'environnement et la santé humaine de l'industrie du combustible fossile."
En bonus : Vincent Espagne, membre du collectif de Lodève contre le gaz de schiste, s'exprime ici sur le plan de la législation concernant la prospection.
par Marc Durand, docteur-ingénieur en géologie appliquée.
Ce qui est la raison de la précipitation actuelle de l'industrie pétrolière qui se rue sur le gaz de schiste du Québec est la quasi-absence de réglementation appropriée à ce type d'exploitation. L'industrie se rue actuellement là où ils ont le moins de contraintes. Le Québec a eu parfois eu cette image "république de bananes" pour la grande industrie minière. L’industrie gazière a su bien manoeuvrer: elle a débauché quelques grands noms bien placés au gouvernement ou dans des ex-dirigeants de sociétés d'État. Le bon copinage avec le gouvernement, en y embauchant des "ex", est une bonne manoeuvre pour s'assurer des entrées pour bien manoeuvrer les politiciens restés en place, qui dans les faits sont assez peu compétents et informés sur cette question géologique. On va forer ici, parce que peu de choses ont été mises en place pour réglementer. Ailleurs dans d'autres états aux USA (NY, Pennsylvanie par exemple) les règlements seront de plus en plus limitatifs, et l'industrie sait qu'il faut faire vite ici aussi. Le gaz est encore très abondant sur terre et il y a bien d'autres sources que le schiste pour le gaz. Les prix sont actuellement bas pour le gaz naturel. L'industrie voit malgré tout dans le schiste un profit possible avec la technique d'hydrofracturation, mais au fur et à mesure que les règles vont se mettre en place, la rentabilité pourra être compromise. Cette industrie ne garantit aucunement que tout ces puits, tous ces massifs de shale hydrofracturés ne seront tout simplement pas abandonnés, si l'extraction cesse d'être compétitive avec d'autres sources de gaz. Les impacts sur la circulation des eaux souterraines elle ne cessera pas pour autant. Il n'existe tout simplement pas de solution technique pour remettre le massif rocheux dans l'état qu'il avait avant. Les eaux souterraines de grande profondeur sont très salines, jusqu'à dix fois celle de l'eau de mer. Elles sont dans la nature confinées par les nombreuses couches de très faible perméabilité dans la superposition des strates géologiques. Les forages et les fracturations hydrauliques augmentent par plusieurs ordres de grandeur la perméabilité des massifs; ça met en communication hydraulique des zones perméables auparavant isolées. La formation d'Utica dans les Basses-Terres, n'est absolument pas dans la réalité comme représentée sur les schémas simplistes des présentations de l'industrie: ils décrivent leurs opérations comme des forages dans une couche uniforme en profondeur à 1000 ou 2000m sous les aquifères. Deux visions biaisées car: 1) les communications sont possibles avec le bas des aquifères qui descendent à quelques centaines de mètres parfois sous la surface; 2) la formation d'Utica n'est pas uniforme et monolithique comme l’industrie gazière le présentait lors des rencontres avec le public. Autres grandes confusions présentées par l'industrie pétrolière: on passe sous silence la quantité de rejets contaminants minéraux que le processus engendre. Dans le reportage de l'émission "Découverte" du 14 novembre 2010, la géologue Marianne Molgat de la cie Talisman de Calgary reprend une affirmation de sa cie à l'effet que les eaux trouvées dans les forages ne sont presque pas contaminées, "moins salines que celles de l'océan". Ici il y a une grande confusion, qui est fortuite ou volontaire je ne sais pas, entre la salinité réelle des eaux profondes et la salinité qu’on mesure, soit dans les eaux de forage, soit dans les eaux de retour d’hydrofracturation. On ne peut parler de la salinité réelle des eaux souterraines de l’Utica, comme de tout autre formation géologique, qu’en obtenant au fond du puits un échantillon non dilué par une technique ou l’autre ; les eaux de forage sont un mélange de deux eaux : 1-les eaux injectées par la technique et 2-les eaux naturelles (peu abondantes) déjà en place à l’état naturel. Pire, la salinité des eaux de reflux pendant et après l’injection de volumes énormes pour l’hydrofracturation dilue de façon extrême la salinité réelle. Les analyses des eaux de reflux ne constituent en aucun cas des données utilisables pour parler de salinité ou minéralisation des eaux de l’Utica. J’ai trouvé très peu de mesures fiables de la salinité réelle des eaux profondes dans les Basses-Terres du St-Laurent. Des analyses existent pour d’autres formations à ces grandes profondeurs et elles sont, comme c’est prévisible, très peu mobiles et extrêmement minéralisées. Des analyses d’eaux profondes naturelles et non diluées par apport extérieur existent : ex. Junex en a trouvé de tellement salées qu’elle peut les vendre comme remplacement du sel de déglaçage au ministère des Transport! La firme les publicise ainsi sur son site WEB : La salinité "varie de 200g/l à 360g/l, soit, à titre d'exemple, un degré de salinité 10 à 12 fois supérieur à celui de l'eau de mer" (source : http://www.junex.ca/fr/storage/solnat.php). Le Québec accorde des permis pour que cette eau, diluée plus de cent fois par celle utilisée dans l’injection, soit traitée dans des petites usines d’épuration, pas du tout conçues pour ce type de rejet minéraux. Le discours du gouvernement est fortement "contaminé" par la propagande de l'industrie. En fait, actuellement, presque toutes les données sont fournies par l'industrie du gaz; les ministères sont très mal équipés pour pouvoir faire des études indépendantes. La directive qui semble venir d'en haut est développement économique avant tout.
Dans les Basses-Terres du St-Laurent, les formations de shale et schiste (Utica, Lorraine) sont recoupées de très nombreuses failles et fractures dont on ne connaît probablement qu'un très faible pourcentage cartographié. Ces failles recoupent toutes les strates, l'Utica et ce qui le recouvre, jusqu'en surface. Elles communiquent aussi avec les couches aquifères où sont implantés les puits. La circulation, les échanges sont extrêmement lents et à faibles débits dans les conditions naturelles du massif; tout change avec, pendant et après le processus d'extraction du gaz. Comme le suggérait l'expert Win McIntyre, ingénieur de l'État de New-York, interrogé dans le reportage de l'Émission Découverte, "aucune extraction de gaz ne devrait se faire dans les zones où existent des aquifères". Pour le Québec, ça signifie aucune extraction dans les Basses-Terres du St-Laurent, qui sont entièrement occupées par un habitat rural qui dépend des ressources aquifères. On a même pas encore au Québec complété une cartographie de ces aquifères, qu'on risque de brader à vil prix. L'industrie, et pire, les ébauches de réglementation du gouvernement, ne discutent actuellement et ne présentent que les précautions qui sont prises PENDANT les opérations de forage. Rien dans cette problématique ne s'applique à ce qui peut survenir APRÈS l'abandon des puits dans le long terme. Le shale ou schiste d'Utica recouvre des formations plus anciennes, de calcaire et de grès, qui sont perméables. Les rares analyses d'eau dans ces couches profondes montrent des salinités très élevées, bien supérieures à celle de l'eau de mer. Dans les conditions naturelles de la plaine agricole au sud du St-Laurent, ces eaux profondes sont actuellement bien confinées par les strates de schiste et shale qui les recouvrent. Le projet d'extraction des gaz de schiste dans la plaine du St-Laurent implique de fracturer de façon irréversible la couche la plus imperméable dans le substratum sur près de 10,000 km2 pour extraire du gaz emprisonné. Cette couche a une épaisseur variant entre 90 et 300m; le gaz est présent dans la faible porosité d'environ 3%. L'hydrofracturation est une technique extrême qui fracture en place une couche imperméable sur une grande partie de la plaine habitée entre Montréal et Québec.
Cette technique est appliquée depuis peu seulement aux massifs de schiste; elle vise à fracturer des volumes énormes et ne permet de récupérer, qu'environ 20% du gaz contenu. Quand le débit des puits de gaz ne sera plus jugé rentable, il restera quand même 80% du gaz en place. Qu'adviendra-t-il des circulations d'eau et de ce gaz dans le massif nouvellement fracturé, durant les décennies qui vont suivre, quand les cies gazières auront plié bagage et encaissé leurs profits? Dans plus de 10000km2 (voir la figure ci-dessus), gaz et eaux des profondeurs vont circuler dans un massif de schiste et shale devenu des milliers de fois plus perméable. Les contaminants et les gaz pourront migrer des milliers de fois plus facilement qu'avant. Ils pourront à coup sûr rejoindre les nappes de surface par les nombreuses fractures et failles naturelles présentes et probablement aussi par les milliers de puits de captage qui ne sont jamais aussi bien obturés que la roche qui était là auparavant. Avec les années, des tubages vont se corroder. Il y a aussi la question de comportement à long terme des coulis de scellement mis en place dans les puits. Ils sont testés pendant la mise en place des forages, car c’est indispensable tout bêtement pour la production ; ils montrent souvent des lacunes dans une grande proportion des forages (un cas sur deux). Garantir que le mise en place du coulis est parfaite et ne laisse aucun vide entre le tubage et le roc sur 1, 2 même 3 Km de forage est déjà un exploit lors des travaux, ce qui est rarement atteint. Comment se comportera le colmatage une fois la fin de la production et l’abandon du puits ? Les coulis se dégradent en présence d’eaux très salines, comme c’est le cas dans les couches profondes de l’Ordovicien du Québec. Sur les 20 000 trous qui connecteront la surface avec la nouvelle couche perméable, qu’on devra renommer « Utica transformé », il y aura année après année des puits sont se dégrader, de nouvelles connexions hydrauliques vont apparaître et se multiplier, en commençant par les puits qui auront eu le plus de lacunes et de vices de colmatage. Nos descendants vont pester et faire face à une tâche bien complexe de régler chacune de ces nouvelles connexions. Comment seront gérés ces problèmes et quel en sera le coût ? Je n’ai pas l’expertise d’un économiste-évaluateur de risque, mais je pense que même dans la plus optimiste des évaluations, les coûts dépassent de beaucoup toute la somme de la valeur actuelle de ce gaz. Pour avoir une idée de ce que coûte en batailles d’avocats, en frais d’études, en mesures mitigatoires un seul cas, je prendrai en annexe de ce texte le cas de Mercier, qui date de 1968-72 et qui attends toujours quarante ans plus tard sa solution.
Comment se fait-il que certains puissent y voir actuellement un pactole possible? Comment se fait-il que l'industrie qui ne retire que le 20% le plus facile à extraire dans la réserve de gaz puisse rendre ça rentable? Si on demandait maintenant à l'industrie de créer un fond de réserve pour réparer et compenser véritablement tous les coûts présents et surtout futurs, les milliards requis seraient beaucoup plus élevés que tous les profits qui miroitent actuellement. Il n'y a aucun moyen économiquement réalisable de remettre le massif de shale dans son état d'origine. Une fois qu'on a fracturé et que dans les fissures ouvertes on a injecté du sable, c'est impossible de remettre l'Utica aussi imperméable qu’avant. La rentabilité existe tout simplement parce que le gouvernement a indiqué vouloir autoriser l'industrie à fracturer des milliers de milliards de m3 de roc, récupérer le gaz qui va sortir dans les premières années (environ 20% seulement de la ressource) et laisser tout ça là comme ça (le méthane encore en place, le roc rendu des milliers de fois plus perméable, etc.) et s'en aller. Pourquoi ? parce que ça se passe en profondeur; ça n'est pas visible de la surface. Néanmoins, ça modifie de façon irréversible le substratum rocheux. Dans une ou deux générations, on aura peut-être trouvé une bien meilleure technique pour exploiter convenablement cette richesse; on constatera peut-être hélas que dans la plaine du St-Laurent, le "massacre" fait en 2011 à 2020 par l'hydrofracturation qui aura "écrémé" 20% du gaz, va compliquer grandement ou même empêcher la nouvelle technique.
Une autre cause de la ruée actuelle au Québec, c'est les frais ridicules pour acheter à Québec les droits d'exploration du gaz. Le coût des permis d'exploration dans le domaine minier est traditionnellement bas à l'hectare, car c'est une politique qui s'applique à la prospection minière classique. Pour trouver un seul gisement classique d'or ou de cuivre par exemple, il faut explorer des milliers d'hectares. La politique des droits miniers vise à promouvoir le développement minier. Quand un gisement est finalement trouvé, l'hectare qui le contient prend une grande valeur, mais la cie d'exploration a aussi payé pour les droits miniers de milliers d'autres qui eux demeurent stériles. Appliqué à l'exploitation de l'Utica pour le gaz de schiste, c'est une aberration! Les droits d'exploration et d'extraction du gaz en fracturant pratiquement l'ensemble du volume de roc, dans une formation de shale qui s'étend depuis le Vermont jusqu'à Montmagny, ça ne devrait pas être vendu avec une politique conçue à une autre époque où personne n'avait prévu un tel cas. L'industrie du gaz a bien vite saisi l'ignorance de nos politiciens, fonctionnaires et la mésadaptation de nos règles minières, en se précipitant pour faire mais basse à un coût ridicule sur les droits miniers. C'est surtout pour ça qu'écrémer 20% de la ressource leur permet en ce moment d’envisager que ça soit rentable. Autrement, avec des vrais règles et l'obligation de créer un fond pour les milliards de dégâts dans une ou deux générations, la rentabilité du processus s'envolerait immédiatement. Pour les "inconvénients" plus apparents en surface, l'industrie tient des propos qui se veulent rassurants et elle a engagé quelques "locaux" pour les transmettre. Mais on ne peut absolument pas faire confiance au discours de l'industrie pétrolière. De tout temps et partout cette industrie applique une approche qui préfère prendre le risque de payer après coup pour des dommages; c'est beaucoup moins cher ainsi, car il y a quatre étapes avant d'arriver à être obligé de payer : 1) Il faut que les dommages soient trouvés: en géologie, ça se passe en profondeur loin des possibilités d'observation directe. Ça prend des outils de détection sophistiquée qu'eux seuls possèdent le plus souvent; 2) Les pires dommages s'établissent dans le long terme: l'industrie aura depuis longtemps plié bagage avant que ça commence à paraître et l’on ne pourra donc légalement faire un lien direct entre les deux; 3) Même s'il y a des dommages immédiats (ex. fuite de gaz quasi simultanée avec les opérations), il y a beaucoup de possibilité pour l'industrie de nier le lien causal; c'est ce qu'ils font actuellement aux Etats-Unis. Dans la réalité, la preuve hors de tout doute peut coûter aussi cher à établir que le prix d'un puits et ce sont des individus qui sont lésés; ils ne font pas le poids face à la taille et l'expertise des cies. 4) Finalement pour les quelques cas où l'image publique de l'affaire commence à représenter un coût, l'industrie accepte alors de dédommager ou de réparer. Mais au final, avec toutes les étapes antérieures, l'industrie paie dix ou cent fois moins cher, car 99% des cas échappent à une des trois étapes précédentes. Les mesures absolues pour prévenir totalement les risques n'existent tout simplement pas. Les mesures pour diminuer de moitié les risques coûtent des milliards à appliquer de façon uniforme. Parfois les états finissent par les imposer, la rentabilité chute de façon drastique; l'industrie peut alors aller ailleurs où les règles sont moins contraignantes, ou bien les accepter s'il n'y a pas d'alternative. Mais même en acceptant en principe les règles, il y a toujours possiblement le nonrespect de règles, c'est-à-dire les infractions. Là aussi c'est un processus par étapes avant de payer et on retourne à 1, 2, 3 énumérés ci-dessus. Le discours de l'industrie pétrolière pour son approche avec les gaz de schiste n'est pas plus limpide qu'avec la pollution pétrolière. De plus, avez-vous déjà cru aux explications que cette même industrie avance pour justifier l'augmentation spontanée du prix du pétrole à l'approche de certains longs congés de départ en vacances? On ne peut pas faire confiance à la politique actuelle du gouvernement dans le dossier des gaz de schiste, car il s'est manifestement fait courtisé, très copain copain, avec cette industrie. Aveuglé par des perspectives économiques, il n’a pas vu que les que les retombées économiques à court terme ne pourront jamais compenser les énormes coûts environnementaux dans les prochaines générations. Le gaz dans le schiste d’Utica est là depuis 400 millions d’années ; il peut bien attendre encore quelques décennies. Laissons le aux générations futures ; comme ça elle pourront mieux absorber les dettes qu’on leur lègue. Dans 30 ou 50 ans, on aura sûrement un procédé plus efficace que la technique actuelle qui ne récupère que 20% tout en faisant 100% de dommages irréversibles. Pour moi, c’est pas seulement non au gaz de schiste et oui au moratoire ; c’est un non définitif à l’hydrofracturation, non à la technique actuelle dans les zones habitées. Que fait-on des permis d’exploration déjà accordés ? Rien de spécial je pense ; ce sont des permis payés bon marché que les cies peuvent toujours utiliser pour prospecter des vrais gisements de pétrole ou de gaz. Un vrai gisement, c’est un lieu où des fractures naturelles en assez bonne concentration contiennent du gaz exploitable de façon conventionnelle. Il y a peu de chance qu’on en trouve plus que pour quelques puits dans toutes les Basses-Terres, mais ça concorde avec le prix ridiculement bas des permis qu’ils ont acquis. Il suffira je pense de seulement légiférer pour interdire totalement l’hydrofracturation et le massacre en profondeur de 10 000km2 de territoire par 10 à 20 000 puits – une pure aberration ! Autres commentaires sur la gestion de risque: Le premier cas de pollution de nappe par l'industrie pétrolière à Mercier a eu lieu en 1968; le gouvernement du Québec a mis quatre ans à annuler le permis qu'il avait accordé dans l'ignorance des vrais risques hydrogéologiques. Ce permis de $150 nous a coûté collectivement depuis 1972 des dizaines de millions. Quarante ans plus tard, ce problème maintenant géré par le ministère de l’Environnement, n'a toujours pas de solution et les contribuables n'ont pas fini de payer des millions chaque année pour ce seul cas. Des solutions techniques d’excavation ont été envisagées dès 1980, mais aucune n’a été appliquée en raison du coût estimé, environ $40M à l’époque, puis $80M en 1994 par le BAPE. Ça pourrait atteindre un coût beaucoup plus élevé en 2011. Les démarches devant les tribunaux pour forcer l’industrie pétrolière à s’impliquer dans une solution ont toutes lamentablement échoué. L’industrie a toujours triomphé dans ces recours aux tribunaux, car elle a constamment utilisé la possibilité de faire apparaître, devant le tribunal, les doutes qui subsistent dans les concepts scientifiques qui régissent l’écoulement de l’eau souterraine. Et le problème à Mercier se situe entre 2 m et 30 m de profondeur ; quarante ans plus tard, on discute encore de la solution technique définitive. Imaginez quand on aura à gérer des problèmes au fond de puits à 1000 m de profondeur! Et sur les 20,000 puits, il y en aura des problèmes: dix, vingt ou cent cas Mercier, vont nous coûter des milliards à gérer. Pour Mercier, le premier gros cas que le ministère de l’Environnement a eu à gérer, les études suivis de poursuites, suivi de nouvelles études, etc. traînent depuis quatre décennies. Aucune des tentatives d’entente avec l’industrie pétrolière n’a abouti à une solution définitive et comme les poursuites contre l’industrie pétrolière ont été perdues devant les tribunaux, cela a démontré que la loi est tout à fait inappropriée à ces questions d’ordre géologique. Dans la fracturation hydraulique, on ne contrôle pas, malgré les affirmations contraires de l’industrie jusqu'où se propagent les fractures. Une fois abandonnés ces puits et ces champs de roc nouvellement fracturé constituent des zones de substratum qui ne sont absolument plus imperméables, comme elles l'étaient auparavant. C'est une modification irréversible du substratum rocheux.
À l’état naturel, le gaz est bien emprisonné dans la porosité du shale, la perméabilité du roc a une valeur très faible et le gradient également (~0,001). La fracturation augmente de plusieurs ordres de grandeur la valeur de k et les pressions d’injection pour fracturer le roc sont extrêmes, cinq à dix fois la pression hydrostatique ; le gradient i atteint alors des valeurs des milliers de fois celle des conditions naturelles avec des variations brusques dans le temps. La résultante est le produit de ces deux paramètres, qui sont chacun augmenté des milliers de fois : v = k x i. Cette résultante exprime la vitesse de circulation avec les nouvelles conditions de migration des fluides. De vitesse quasi-nulle avant, on passe alors à des circulations qui ne sont plus du tout négligeables. En hydrofracturant dans la quasi totalité du substratum gazifère, à coup sûr on mettra en connexion hydraulique la zone d’exploitation avec des zones de fractures non cartographiées en connexion avec les nappes de surface. Pour chaque Km2 du territoire, la probabilité de recouper ce genre d’aléas peut être estimée (1%, 5% ?). Comme on s’attaque à la totalité des 10 000Km2 de l’Utica, ce n’est plus une statistique abstraite. Pour chaque forage, c’est peut-être une possibilité statistique, mais comme on s’attaque tout le volume, la question de savoir si il y aura des incidents ne se pose pas en termes statistiques ; ça devient en fait une certitude. Reste à évaluer le nombre de problèmes pour les 10 000 forages (10, 50, 100, 200 ?). Dans les meilleurs cas, les nappes vont en subir l'effet dans dix, vingt ou cent ans. Dans les pires cas, c'est en quelques semaines que ça se manifeste. Mais cela va se produire dans un fort pourcentage de cas, si on inclus le long terme. La rentabilité actuelle de cette exploitation, c’est du vent, car si on fait une analyse des coûts d’assurance que l’industrie devrait payer pour chaque puits, le permis ne devrait pas être ridiculement si bas ($100 en 2010 !), mais bien quelques dizaines de millions $. Aucune industrie de forera de puits à ce tarif, car le profit disparaît.
Source Marc Durand, doct-ing en géologie appliquée Professeur retraité (dépt. Sciences de la terre, UQAM) Shefford, décembre 2010
Et n'oublions pas qu'en France, ce danger nouveau nous guette un peu partout : il suffit de suivre l'agenda journalier du Collectif Piémont-Cévennes pour s'en convaincre...
A propos du gaz de schiste, voici un nouveau diaporama, très complet, et téléchargeable au format powerpoint (attention : un peu plus de 33 Mo) sur ce lien : L'oeil Vert.free (Certaines images ne révèleront tous leurs détails que sur l'original)
Cliquer sur l'image, puis utiliser les flèches droite et gauche du clavier.
Et pour conclure cette série, n'hésitez pas à visionner le documentaire "La malédiction du plastique" dans son intégralité; je redonne ici le lien sur Dailymotion.
Trois extraits du documentaire "La malédiction du plastique", visible intégralement, je le rappelle, sur Dailymotion, pour illustrer quelques unes des conséquences désastreuses de l'accumulation d'objets ou débris d'objets en plastique dans l'environnement, sans parler de la pollution chimique insidieuse due à la diffusion de substances toxiques utilisées pour leur fabrication.
Des oiseaux qui avalent des débris de plastique...
Ne vous êtes vous jamais retrouvé devant un emballage en plastique, ne sachant que faire, vous interrogeant douloureusement pour savoir s'il faut le jeter sans pitié avec les ordures ménagères, ou le placer délicatement dans la corbeille destinée au recyclage? Le gardien de la déchetterie où je me rends régulièrement m'avait expliqué que je pouvais tout mettre dans le bac (plastiques, papiers, boites de conserves) hormis le PVC (et le polyuréthane pour lequel il existe un bac spécial). Fort bien; mais ayant cherché des informations complémentaires sur internet, j'ai lu que les plastiques trop légers (pots de yaourt, petits sacs ,etc..) posaient des problèmes dans les filières de tri automatique du fait justement de leur faible poids. Quant aux bouteilles en plastique, certains préconisent de les aplatir pour occuper moins de place lors de leur transport, mais par ailleurs, toujours en ce qui concerne le tri automatique, sont utilisés des détecteurs de corps creux et vides, donc mes bouteilles ne doivent pas être compactées. De plus, certaines firmes telles que Coca Cola réutilisent les bouteilles en bon état. Pour conclure, hormis lorsque la mention explicite "jeter cet emballage avec les ordures ménagères" figure sur l'étiquette, et hormis les objets trop légers ainsi que le PVC, je place presque tout ce qui reste dans le bac de recyclage. J'ai visionné récemment un documentaire diffusé sur Arte+7, "La malédiction du plastique", et voici un petit extrait concernant les problèmes évoqués ci-dessus.
En écho, et pour compléter cet article publié sur le blog de Lung Ta Zen, un texte extrait du dernier numéro de "Nouvelles Clés".
Les prix des matières premières agricoles flambent. Le spectre de la faim s'étend. Clé du désastre : la destruction généralisée des cultures vivrières et, maintenant, l'achat par des États ou des fonds privés de millions d'hectares de terres dans les pays pauvres pour assurer leur propre sécurité alimentaire.
L'actualité nous a habitués à la malnutrition chronique du Tiers Monde. Au milieu des années 1990, on la voyait pourtant reculer. Le nombre d'êtres humains sous-alimentés, après avoir frôlé le milliard en 1970, se stabilisait à 800 millions en 1995. Un an après, au Sommet mondial de l'alimentation, les dirigeants crurent pouvoir s'engager à réduire leur nombre de moitié avant 2015. « Ironie de l'histoire, loin de diminuer, ce nombre a progressé au tournant du siècle », écrit Frédéric Lemaître dans un essai affreusement clair, Demain la faim ! « De nos jours, résume-t-il, trois milliards de personnes se privent régulièrement de nourriture, environ 2 milliards souffrent de malnutrition et 1 milliard de la faim. En 2008, 9 millions en sont mortes. » Les raisons de la crise Hormis le réchauffement climatique, les raisons de cette faim qui touche désormais les villes et plus seulement les campagnes sont notamment la disparition de terres agricoles (sous le double impact de l'urbanisation et de la désertification) et le développement des cultures d'exportation (thé, café, cacao, tabac, arachide, coton, ananas, banane) au détriment des cultures vivrières. Les importations de céréales en Afrique ont ainsi été multipliées par cinq depuis 1965, tandis que la production locale était diviséepar deux. A cela s'ajoute la destruction des cultures alimentaires au profit des biocarburants - 5 % du blé, 10 % du maïs et du soja, 20 % du sucre produits dans le monde servent aujourd'hui à fabriquer de l'éthanol -, sans oublier la hausse mondiale de la consommation de viande, passée de 25 kilos annuels par personne en 1970 à 38 kilos à ce jour en moyenne (mais à 90 kilos dans les pays industrialisés). Du coup, les cultures sont détournées vers la production de viande... Tout le monde se souvient des « émeutes de la faim » qui ont secoué, en 2008, l'Égypte, le Maroc, l'Indonésie, les Philippines, Haïti ainsi que l'Afrique et le Mexique, suite à la hausse soudaine de 40 à 80 % du prix du blé, du maïs, du riz, du soja , du colza et de l'huile de palme, à la base de l'alimentation des pays pauvres. Hypnotisés par la crise économique, les pays riches ne se sont pas rendu compte qu'un phénomène encore plus insidieux était en train de se développer : l'accaparement des terres arables par des États ou des fonds privés pour assurer leur propre sécurité alimentaire. Des millions d'hectares livrés aux OGM Les pays convoités, souvent pauvres mais riches en terres, sont prêts à se vendre, par besoin d'argent. Du côté des demandeurs, la Libye investit en Ukraine, comme la banque Morgan Stanley. Les pays du Golfe vont en Afrique et en Asie. Le Japon se lance au Brésil. Goldman Sachs en Chine, tandis que cette dernière, à l'instar de la Corée du Sud, investit tous azimuts. Une nouvelle colonisation ? « Que des intérêts publics ou privés s'associent à des pays émergents pour exploiter ensemble une terre n'est pas condamnable en soi, écrit Frédéric Lemaître, à condition que les bénéfices soient partagés. Mais à croire les bribes d'informations qui circulent (la plupart des accords sont confidentiels), ce n'est pas le cas. » En réalité, les petits paysans sont dépossédés de leurs terres, transformés au mieux en ouvriers agricoles, au pire jetés sur les routes. Sans parler des dégâts sur l'environnement, car les domaines acquis sont généralement déboisés et leurs propriétaires n'hésitent pas à recourir aux OGM et aux produits des pieuvres de l'agrobusiness tels Cargill ou Monsanto. « La tendance mondiale à la hausse des prix alimentaires devrait se poursuivre », alerte le Fonds international pour le développement agricole (FIDA). Les dispositifs d'aide sont inadéquats ajoute l'ONU, qui se prépare au pire. « Une inquiétude majeure est la possibilité que l'ensemble du système d'aide alimentaire d'urgence soit incapable de faire face », prévient une note onusienne, rapportée par Le Monde. Elle recommande la mise sur pied de « plans d'urgence spécifiques pour répondre aux besoins des populations urbaines », jusque-là peu touchées par la malnutrition.
À lire : Demain la faim, Frédéric Lemaître, éditions Grasset. L'Empire de la honte, Jean Ziegler, LGF.
L'empreinte écologique est une mesure de la pression qu'exerce l'homme sur la nature. C'est un outil qui évalue la surface productive nécessaire à une population pour répondre à sa consommation de ressources et à ses besoins d'absorption de déchets.
Imaginez que vous êtes un Robinson Crusoé isolé sur une île déserte : quelle devrait être la taille de votre île (terre, lagon et mer accessible compris) pour vous permettre de vivre en autarcie de façon durable et répondre à vos besoins en nourriture, chauffage, matériaux de construction, air pur, eau potable, absorption de déchets ?
Cette surface représente l'empreinte écologique de notre Robinson Crusoé. On comprend intuitivement que si le mode de vie de notre naufragé exerce une pression trop forte sur son île (s'il fait par exemple des grands feux de camp tous les soirs pour tromper sa solitude), c'est-à-dire si son empreinte écologique est supérieure à la taille de son île, sa survie risque d'être compromise à plus ou moins long terme...
A l'échelle d'une personne, l'empreinte écologique est une estimation de la superficie nécessaire pour répondre à l'ensemble de vos besoins en ressources naturelles.