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dimanche 2 avril 2023

Éveil, vous avez dit éveil ?








Dans l'ouvrage «Après l'extase, la lessive», Jack Kornfield nous donne cet exemple éloquent pour nous faire comprendre que les expériences d'éveil sont une chose, intégrer cet éveil au quotidien, à chaque instant, en est une autre. Car ce n'est qu'ici et maintenant que Cela, que je désignerai volontiers par «Vivre en Présence» plutôt qu'éveil, peut s'accomplir et se déployer dans la spontanéité de l'Être.


Voici le récit du premier satori (expérience d'éveil) d'un maître zen occidental et de ce qui s'ensuivit. De telles narra­tions sont rarement rendues publiques car elles risquent de donner la fausse impression que ceux qui expérimentent ces éveils de la conscience sont des individus qui, d'une certaine manière, sortent de l'ordinaire. S'il est vrai que l'expérience sort de l'ordinaire, elle n'arrive pourtant pas à des personnes extra­ordinaires. Elle s'élève en chacun de nous quand les conditions de lâcher-prise et d'ouverture du coeur sont présentes, lorsque nous sommes à même de percevoir le monde d'une façon tota­lement nouvelle.
En ce qui concerne ce maître, l'éveil de sa conscience sur­vint à l'âge de cinquante-huit ans, après de nombreuses années de pratiques avec plusieurs maîtres de méditation tandis que dans le même temps il poursuivait sa carrière et élevait une famille.


La semaine méditative d'une sesshin zen était toujours pour moi très intense. Je ressentais un profond relâchement émotionnel et des souvenirs puissants s'élevaient comme si je me trouvais dans un processus de naissance : fortes douleurs et catharsis physiques qui se prolongeaient des semaines durant lorsque je rentrais chez moi.
Cette sesshin débuta de la manière habituelle : les premiers jours, je me débattis avec de puissantes émotions et le jaillissement des éner­gies qui déferlaient à travers mon corps. A chaque fois que je voyais le maître, il était assis, là, comme un roc. Sa présence me stabilisait tel un gouvernail au milieu de flots sombres et tumultueux. J'avais l'impression que j'allais mourir ou exploser et lui me poussait à plon­ger dans mon koan, à laisser mon être s'y abandonner totalement. Je n'aurais su dire où commençait et où s'achevait ma vie.
Puis une douceur étonnante commença à filtrer. Derrière la fenê­tre, je vis trois jeunes arbres, des bouleaux qui étaient comme ma famille. Je me sentis aller caresser leur écorce lisse et je devins l'arbre touchant ma propre personne. Ma méditation s'emplit alors de lumière.
J'avais déjà expérimenté la félicité auparavant — durant certai­nes retraites, de grandes vagues de bonheur lorsque mes douleurs phy­siques se dénouaient — mais celle-ci était d'un autre ordre. Toute lutte cessa et mon esprit devint lumineux, rayonnant, aussi vaste que le ciel, empli du plus exquis parfum de liberté et d'éveil. Je me sentais tel le Bouddha, assis sans effort, heure après heure, soutenu et protégé par l'univers entier. Je vivais dans un monde de paix infinie et de joie indicible.
Les grandes vérités de la vie étaient tellement claires : la manière dont la saisie cause la souffrance, le fait que, menés par cette étroite idée de nous-mêmes, cet ego fictif , nous nous agitons dans tous les sens comme de petits propriétaires se querellant pour un rien. Je pleurai sur toutes nos peines inutiles. Puis durant des heures, je ne cessai de sourire et de rire. Je vis à quel point tout est parfait et comment chaque ins­tant est éveil, pour peu qu'on s'ouvre à lui.
Je restai ainsi, pendant des jours, dans cette paix complète et intem­porelle. Mon corps flottait, mon esprit était vide. Quand je me réveillais, des vagues d'amour et une énergie joyeuse coulaient à travers ma conscience. Puis les prises de conscience et les révélations se succédèrent. Je vis comment le flot de la vie se déroule en une trame que nous modelons selon le courant de notre karma. Je vis toute idée de renonce­ment spirituel comme une sorte de jeu consistant à vouloir contraindre notre être à abandonner la vie ordinaire et les plaisirs. En fait, le nir­vana est ouvert, tellement ouvert, joyeux, tellement joyeux, tellement au-delà de tous ces petits plaisirs auxquels nous nous accrochons. Vous ne renoncez pas au monde, vous recevez le monde.




La description d'un éveil de cet ordre apparaît habituelle­ment à la fin des récits spirituels. L'éveil est obtenu, l'individu entre dans le courant des êtres de sagesse, tout se déroule ensuite naturellement. Concrètement, nous restons sur l'impression que la personne éveillée vit désormais heureuse en permanence. Mais que se passe-t-il si, au lieu de quitter ce récit, nous demandons à en entendre quelques chapitres supplémentaires?

Quelques mois après cette extase, je me sentis déprimé et vécu dans le même temps quelques trahisons d'ordre professionnel assez significati­ves. J'avais aussi continuellement des problèmes avec mes enfants et ma famille. Oh! mes enseignements étaient bien. Je donnais des con­férences très inspirées mais si vous parlez avec ma femme, elle vous dira que plus le temps passait, plus je devenais grincheux, impatient comme jamais. Je savais que cette vision spirituelle grandiose était la vérité et qu'elle était là, sous-jacente, mais je reconnaissais également que bon nombre de choses n'avaient pas du tout changé. A dire la vérité, mon esprit et ma personnalité étaient restés pratiquement identiques, mes névroses également. Peut-être était-ce même pire, car maintenant je les voyais plus clairement. Il y avait ces révélations cos­miques et moi, je continuais à avoir besoin d'une thérapie simplement pour me débrouiller parmi les erreurs et les leçons d'une simple vie quotidienne d'être humain.

Quel bienfait pouvons-nous tirer d'un tel récit de l'éveil de la conscience et de ce qui s'ensuit ? L'utiliser comme un miroir pour nous comprendre nous-même.







jeudi 2 janvier 2020

L'éveil n'est pas un état, mais tous les états (Yvan Amar)





Ces aphorismes ont déjà été publiés ici ou là sur ce blog, mais comme on dit, «vous en reprendrez bien un peu!» 
Et puis les commentaires laissés lors de la première publication méritent que l'on s'y attarde...


L'éveil n'est pas un état, mais tous les états.




Non pas un réalisé, mais un réalisant, car on est en réa­lisation constante.
La réalisation n'est pas une fin, mais un phénomène constant, un saut sans fin.

On ne peut être établi dans l'éveil ; ce serait de nou­veau le fixer. C'est le bourgeois qui s'établit.
« Être établi », c'est un peu avoir pignon sur le Soi, comme d'autres ont pignon sur rue...
L'éveil est la fluidité de l'éveil et du non-éveil.

L'éveil, c'est ce mouvement permanent de soi vers soi, et c'est ce mouvement permanent qui fait qu'on est à chaque instant sa propre voie et sa propre destination.






On n'atteint pas l'éveil ; un jour, on se rend compte qu'on vit l'éveil !

C'est l'empêcheur de l'éveil qui cherche un moyen de provoquer l'éveil.

Quand on dit : « La recherche de l'éveil est obstacle à l'éveil », ce n'est pas la recherche qui est obstacle, mais le fait de la fixer sur l'objet « Éveil ».
L'éveil n'est pas non-recherche, mais recherche sans objet (sans Nom).

Ce n'est pas l'éveil qui arrive ou s'en va, c'est le moi qui disparaît ou apparaît.

L'éveillé ne peut jamais être malade, un malade ; mais il connaît la maladie. De même qu'il ne peut jamais être un penseur, bien qu'il pense, jamais être un acteur, bien qu'il agisse.





Dire que l'éveil ne connaît pas la colère, c'est appauvrir l'éveil d'autant, et le limiter par elle. Si la colère est ca­pable de limiter l'éveil, alors elle est plus puissante que lui. Conclusion logique : il vaut mieux être coléreux qu'éveillé !

L'éveil connaît la colère, mais l'éveillé n'est pas coléreux.





L'éveil n'est pas un état, mais tous les états.

L'éveil n'est ni clair ni obscur ;
l'éveil rend le clair et l'obscur vivants.

Entrer dans l'éveil, c'est comme entrer dans une mer sans rivages. Il n'y a pas d'autre bord, il n'y a pas de fin. C'est parce que la réalisation meurt à chaque instant qu'elle est vivante ; et c'est parce que nous nous refu­sons à mourir à chaque instant que nous ne sommes pas vivants.








La réalisation (libération-éveil-délivrance) n'est pas le terme, l'aboutissement d'un processus, mais la nature fondamentale même de tous les processus.

C'est parce que le rêve s'arrête que l'on appelle ça l'éveil. Mais en fait, l'éveil, cela n'existe pas.









Cela s'appelle l'éveil du point de vue du rêve, mais quand le rêve cesse, cela n'a plus de nom, cela est Cela, c'est tout.

L'éveil s'évanouit avec le rêve.







mardi 1 octobre 2019

Virgil Hervatin : petite chronique d'un éveil «sauvage»...







A l'occasion de la publication en DVD de deux entretiens avec Virgil Hervatin (1935/2012), disponible sur le site de la revue 3e millénaire, voici un article publié initialement en 2007 sur le blog ÉVEIL IMPERSONNEL et approches non-duelles. 



«Nous sommes tous cette source» 
(Montréal, le 11 janvier 2001)

Virgil, comment pourriez-vous résumer votre expérience d’ouverture ?

Ce n’était pas une expérience ; c’est venu comme cela. Pour moi, ce n’était pas une expérience. Je ne m’attendais à rien. C’est arrivé spontanément, le matin. Je ne savais pas ce que c’était, mais c’était quelque chose de très grand, d’immense. Je n’avais jamais entendu parler d’une telle chose. C’était beau, très beau. C’était une joie. C’était quelque chose d’autre, quelque chose de formidable.

Y a-t-il eu des peurs qui ont surgi à ce moment-là ?

Non, non, absolument pas. C’était plutôt la joie : une joie énorme. Je me sentais partout à travers l’espace. Je pouvais sentir tout ce qui pouvait m’entourer, en dehors de la pièce, dans l’univers. C’était immense, beau. On ne peut pas le décrire, il faut le vivre. C’est difficile à exprimer.

Cela a duré plusieurs heures ?

Oui. Cela a duré de 5h45 jusqu’à environ 13h00.

Étiez-vous toujours seul durant ce temps ?

Au début j’étais seul, mais après un certain temps ma femme est venue. Mais j’étais toujours dans cet état, dans cette vibration très forte. Est-ce qu’il faut décrire toute cette chose ? Parce qu’il y avait beaucoup d’éléments ! Je ne peux pas décrire tous les phénomènes et ils ne sont pas importants. On ne peut pas vivre dans cet état dans la vie quotidienne habituelle ; c’est quelque chose d’extraordinaire.

Avez-vous ressenti quelque chose de différent dans votre corps ?

Oui, oui ! À l’intérieur, tout mon corps. J’avais vraiment l’impression que je n’étais pas seul, que je ne pouvais pas créer cette chose avec mon mental : c’est impossible ! Je me demandais : « Qu’est-ce qui m’arrive ? » L’énergie était telle que j’avais l’impression de ne pas toucher le sol. Je me sentais comme soulevé, léger, avec une vibration très forte. Et une joie ! Une joie ! Je pleurais de joie.

Et vous étiez bien, dans votre corps ?

Oh ! Très très bien. Super bien. Je sentais une joie énorme au plexus et au cœur. En quelques minutes tout mon corps était purifié. Durant les deux jours suivants, j’entendais une voix persistante me répéter de prendre soin de mon corps.


Quand cela vous est arrivé, compreniez-vous ce qui se passait ?

Non, je ne savais pas ce qui m’arrivait. Alors, je me disais que quelqu’un était avec moi à l’intérieur. Mais qui ? Auparavant, je n’avais aucune idée qu’il y avait un tel intérieur ! Quand j’ai vu ma femme, plus tard, je lui ai dit : « Paulette, le Seigneur est avec nous. » Elle m’a regardé avec étonnement, parce que jamais je ne parlais de cela : le Seigneur, Dieu. Je n’y croyais pas en ces choses.

Voyez-vous un élément qui aurait pu déclencher cette expérience ?

Rien. Sur le moment, lorsque je vivais cette expérience, je ne pouvais voir comment cela s’était déclenché ; je le vivais, simplement. Après, je me demandais…

Vous vous posiez parfois des questions auparavant ?

Jamais ! Je ne connaissais pas la vie spirituelle, je ne savais pas que cela existait.

Avez-vous eu envie de communiquer avec des gens alors ?

Oui, mais ça ne les intéressait pas. J’ai demandé à ma femme : «Est-ce que j’ai l’air différent des autres jours ? » Elle m’a répondu : « Non, tu es pareil, sauf que les yeux sont très brillants.»

Il fallait que je me touche souvent au plexus solaire, tellement c’était fort : ça me faisait pleurer. Je voyais toute cette souffrance dans les gens, je voyais en eux. Je les voyais pleurer en dedans, mais ils prétendaient que non. Mais c’est un phénomène ; ce n’est pas important.

Mais plus tard, quand Paulette a vu que vous étiez différent et que les gens commençaient à venir vous voir, comment réagissait-elle à ce moment ?

Elle était quelque peu contrariée de ce que cela m’arrivait à moi et pas à elle aussi. Plus tard, je lui ai dit : « Si tu crois que c’est le Christ ou un dieu qui est venu pour moi, il pouvait aussi t’inclure, qui était à côté de moi. Mais tu vois, cela n’a rien à voir avec l’extérieur ! »


Avez-vous rencontré de l’incompréhension ?

Oui, une grande incompréhension. Certaines personnes se sont éloignées de moi. En général, les gens sont attachés à l’aspect mondain de l’existence ou à ce qu’ils ont entendu sur l’Église et Dieu. On m’a demandé si j’étais dans ce genre d’état ; j’ai dit que non.

À partir de ce moment-là, vous viviez quelque chose de très différent. Votre vie devais être changée, peut-être pas extérieurement, mais intérieurement ?

Tout était changé ! Tout était beau, tout était magnifique. La création est belle et il n’y a aucune raison de se plaindre. Tout de suite après cette expérience, je suis sorti : j’observais les gens marcher ou conduire dans la rue et je voyais des automates. Un automate qui conduit un autre automate. Je les percevais très très soucieux. Je sentais leur souffrance à l’intérieur.

À la maison, il y avait une statuette fabriquée au Mexique. Ce matin-là, je la tenais dans mes mains et je pouvais voir là où elle avait été fabriquée, qui l’avait faite, comment, l’endroit exact, les gens qui avaient travaillé sur elle. J’ai pensé : « Mon Dieu ! Qu’est-ce qui m’arrive ? » Alors, il y a des phénomènes, mais on n’est plus dans la peur. Il y a bien des éléments, mais je ne peux pas les raconter.

Qu’avez-vous fait pour tenter d’intégrer cela ?

Rien. J’ai laissé cela comme cela était. Je me disais : « Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Je ne peux pas travailler comme cela. C’était le paradis. J’ai dit à ma femme que si j’allais voir un psychiatre il me dira que je suis fou. Si j’allais voir un évêque ou un cardinal, il me dirait : « J’ai cherché pendant toute ma vie et tu viens me dire que tu as rencontré Dieu ! » Et il me donnerait des coups de pieds et me jetterait dehors ! Alors, j’ai décidé d’attendre, de vivre et d’observer. Je me suis accepté tout de suite, parce que c’était beau. On ne peut pas résister à une chose pareille : il n’y a pas de mental qui juge et décide quoi faire. Je vivais dans cet état-là. Il n’y avait pas de pensée, sauf celles que j’ai mentionnées, parce qu’il fallait que le lendemain j’aille au travail. Mais dans le moment même, je ne sentais pas ce que je devais faire.

Et quand vous êtes arrivé au travail ensuite…

Ah ! À 13h30, le jour de l’ouverture, c’était parti, dans le sens que je sentais moins cette présence. Mais il est resté une énergie très forte aussi : différente de celle qui était partie, mais elle était là, très forte, quelque chose de très vivant.

Au travail aussi je me taisais. Là aussi on s’est aussi éloigné de moi. Je ne pouvais pas trop m’approcher, car je ne parlais plus comme avant ; c’était fini !

Je me suis approché de quelqu’un qui était malade. Je ne connaissais pas son état. Je lui ai dit tout de suite qu’il était malade. Il disait que non, mais moi je lui disais que oui ! Alors il a fini par dire que oui : « J’ai des problèmes de reins et de poumons. » Il me venait un vertige, des nausées : j’étais mal, comme si j’allais tomber. Quand je rencontrais quelqu’un de malade c’est l’effet que ça me faisait. Je les sentais malades et alors je n’étais pas bien : j’avais des vertiges, je perdais le souffle, etc.

Saviez-vous immédiatement que ce n’était pas vous mais la personne en face de vous qui…

Oui ! C’était clair. C’était comme une communication en moi, qui me disait : « Il est malade. » C’était une très grande force. Si la personne me disait « oui », je me remettais vite : en quelques secondes. S’il niait son état, le malaise persistait. On ne peut pas mentir devant quelqu’un qui vit la vérité. La spiritualité c’est l’honnêteté toute pure. La première chose est l’honnêteté : l’honnêteté avec soi-même. Avec l’honnêteté vient l’amour. C’est l’amour. C’est une force énorme. On ne décide pas de l’honnêteté, on la vit. Je ne dis pas : « Je serai honnête » ou « je ne le serai pas. » Je le suis, je le vis : c’est comme la respiration. Nous sommes cela.


Après votre expérience, avez-vous senti qu’il y avait des choses à ajuster dans votre vie ?

Non ! Rien. Je ne connaissais rien en matière de spiritualité et pendant un an et demi j’ai cherché à l’extérieur, pour voir s’il y avait des gens qui s’intéressaient à cette chose : j’ai trouvé que oui. Il y avait des revues, des livres. Je suis allé dans des librairies et j’ai connu des gens qui se rencontraient les week-ends. Parfois j’y assistais. J’ai interrogé beaucoup de gens, même ceux qui venaient de la France et des États-Unis. Après un an et demi j’ai vu qu’il n’y avait rien à chercher à l’extérieur et que nulle part quelqu’un me dirait ce qu’était cette chose. Là, j’ai arrêté de chercher et j’ai commencé à progresser par moi-même, seul.

Lors des deux années qui ont suivi, avez-vous fait l’expérience de phénomènes bizarres dans votre corps ?

Oui, oui, beaucoup. Mais ce sont des phénomènes et ce n’est pas très important.

Je pensais surtout à des phénomènes qui auraient pu vous faire croire qu’il y avait quelque problème à votre corps.

Pas vraiment, parce que c’est quelque chose de très pur, très clair. Il n’y avait pas de peur, aucun sentiment d’être enfermé. En tout cas, c’était une liberté totale, une joie, une clarté, une lucidité. Dès que cela est arrivé, ma vie ne fut plus ce qu’elle était. Il n’y avait plus de ténèbres, plus de pensées : tout était clair et présent. Peut-être d’autres gens se posent des questions, peut-être y a-t-il d’autres formes d’éveil ; mais en ce qui me concerne, c’était pur et clair.

Deux semaines après l’ouverture, il y avait un homme au travail qui avait mal au genou. Je savais qu’il était malade. Je lui ai fait part de ma perception et il m’a dit qu’il avait un problème à son genou et qu’il devait être opéré. Je lui ai répondu : « Ça va te passer. » Je l’ai touché sur le genou et il est tombé endormi ! J’ai tenté de le réveiller en le giflant un peu. Je ne savais pas ce qui lui arrivait. Il est revenu doucement et je lui ai appliqué un peu d’eau froide. Depuis ce temps, le problème au genou est passé : il ne l’a jamais plus éprouvé. Il a senti une force et moi je ne savais pas que cette force pouvais agir ainsi. Au début, pour moi c’était une catastrophe, parce que je ne savais pas qu’une telle chose pouvait passer par moi !

Quand vous avez réalisé que de telles manifestations pouvaient survenir à travers vous, comment vous-êtes-vous ajusté à cela ?

Je ne voulais pas en parler; quand quelqu’un m’approchait, je gardais le silence. Leurs maux passaient en quelques secondes, mais je ne parlais pas. Cela ne m’intéressait pas. Au début, oui, je croyais que je pourrais aider les gens. Mais j’ai vu qu’il y en a six milliards sur la Terre ? Qu’est-ce que je pouvais faire ? Alors je ne cherchais rien.

Quand l’ouverture est arrivée, j’ai vu qu’il y avait une souffrance énorme dans l’être humain. Je me suis dit :« Je ne suis pas la solution pour la souffrance de la Terre ; c’est impossible ! Le monde entier est dans la souffrance, dans la douleur. Je n’ai pas voulu m’éloigner, mais je ne voulais pas m’engager dans cette voie qui consiste à vouloir sauver tout le monde. Je me sentais démuni, impuissant. Je vivais : je vivais ce paradis, comme aujourd’hui.


Ne m’aviez-vous pas dit, un jour, que vous aviez eu un petit problème et que vous croyiez avoir quelque chose au cœur ?

Oui, il y a eu beaucoup de phénomènes, mais je n’aime pas en parler, parce que ce ne sont que des phénomènes et les gens ne comprendraient pas. Je ne vois pas pourquoi je devrais raconter ces histoires. Mais il y a eu beaucoup de choses qui sont arrivées, comme des rencontres dans une autre dimension. Quand ces choses arrivent, il n’y a rien à faire : c’est quelque chose de très pur, très intelligent. Il n’y a pas à s’inquiéter : quelque chose de très intelligent travaille en nous. C’est nous. Tout se stabilise très vite et bien.

Un jour, peut-être quatre ans après l’ouverture, j’ai eu un vertige alors que j’étais seul à la maison. J’ai commencé à manquer d’air et je sentais que j’allais m’évanouir. J’ai pensé que si je signalais le 911, les secours ne pourraient pas entrer dans la maison. Alors suis sorti, comme si quelqu’un me poussait dehors. Je suis sorti et j’ai rampé jusque chez le voisin pour appeler. L’ambulance est venue. Ils m’ont mis le masque à oxygène et je me sentais vouloir laisser mon corps, partir. C’était seulement un des phénomènes. L’infirmier criait : « Réveillez-vous, monsieur ! Parlez, parlez ! » Mais non, je me sentais bien de partir. Ils ont arrêté l’ambulance, car le cœur avait cessé de battre. J’étais bien : c’était une joie énorme ! Ils m’ont forcé, ils ont crié : « Quel âge avez-vous ? Comment vous appelez-vous ? » Tout cela s’est passé en quelques secondes, très vite.

Je suis revenu. Je suis resté une heure à l’hôpital. Le médecin ne savait pas ce que j’avais et m’a dit de retourner à la maison. Ils ont fait des tests de toutes sortes, mais il n’y avait rien, absolument rien. Quand je suis revenu à la maison, une heure et demi après que cela fut arrivé, les voisins étaient encore là. Ils dirent : « Oh ! Il est là ! » Et je m’approchais en disant : « La mort, elle est belle ! C’est beau ! » Ils me croyaient fou. Ce sont des choses comme ça qui sont arrivées.

Avez-vous compris pourquoi c’était comme cela ?

C’est une énergie qui circule et qui est toujours là, que les scientifiques ne connaissent pas, mais qui est disponible dans l’univers, en nous-mêmes. Elle circule dans le corps. C’est cette énergie qui, lorsqu’elle circule, nous fait vivre cette spiritualité. C’est partout dans l’univers. Je veux dire ici : l’univers est ici ! Je la sens constamment circuler à travers moi. Je la sens : elle passe par la tête. Probablement que cette énergie était bloquée à quelque part et a créé cette impression. Mais ce n’était pas une maladie.

C’est seulement quand cette énergie devient manifeste, quand on peut la vivre, qu’on peut vivre la spiritualité. Sans cette énergie, il n’y aurait ni Christ, ni dieu, ni Bouddha, ni Dalaï Lama, ni personne.

Une autre fois, quelque chose de similaire est arrivé et ma femme avait appelé le médecin. Il m’a dit que j’étais très bien. Je lui ai demandé à quoi il le savait. Il a dit que c’était à mes ongles et qu’il aurait voulu en avoir de pareils : très beaux, roses. Il m’a dit que j’étais en pleine santé. Après cela ce genre de choses n’est plus arrivé. Peut-être que cela s’est stabilisé. Mais beaucoup de phénomènes du genre arrivent après un éveil : on n’est plus le même. On ne vit plus dans le quotidien de la souffrance. C’est une liberté totale, une joie.

Je vis comme cela. Je vois les gens comme ils sont ; ils ne sont pas bien, mais je n’ai pas le choix, s’ils veulent vivre comme cela. J’ai pensé me retirer dans la solitude. Mais il y avait constamment quelqu’un qui m’appelait pour quelque problème, quelqu’un qui avait besoin d’aide. J’ai alors pensé que je serais un égoïste de me retirer pour moi-même. J’aimerais que les gens aient cette liberté et cette joie totales, qu’ils s’y intéressent, qu’ils essaient de la vivre. Mais comment leur dire ? Je vous le dis, c’est sérieux.


Mais avez-vous vu une évolution en vous après l’ouverture ?

Oui. Pendant un an et demi j’étais très attaché à cette ouverture. J’y pensais et il y avait une très forte émotion qui montait. Je pleurais, je pleurais. Je sentais la souffrance humaine. Mais un soir, vers 21h00, j’ai pensé que j’en avait assez de m’interroger sur ce qui était arrivé le jour de l’éveil. « C’est fini, c’est mort, c’est passé. » J’ai vu que je rêvais. J’étais attaché à une idée de l’éveil, que c’était Dieu, ceci, cela. J’ai pensé : « Mais c’est faux ! C’est fini ! C’était la vérité quand c’est arrivé, mais pas aujourd’hui ! Aujourd’hui, je suis dans l’imagination. » Alors, j’ai laissé tout tombé, comme ça, et je suis parti dormir !

À 3h00, je me suis réveillé. C’était comme quelqu’un qui communiquait à l’intérieur de moi. Mon corps me communiquait quelque chose. Je me sentais tellement bien ! Je me sentais léger et plein de force, et j’avais l’impression de ne plus toucher le lit. Je me disais : « Tu vois, pourquoi luttais-tu ? Il n’y a rien à voir. Il n’y à rien à quoi s’attacher au sujet de ce qui est arrivé. » Je sentais fortement que je n’avais qu’à vivre au présent. Depuis ce jour-là, c’était fini : il n’y avait plus cette émotion sur l’éveil. J’ai progressé très vite. Tout est dans la vérité de l’instant même, de ce qu’on voit et connaît. C’est comme si je n’aurais jamais vu le monde autour de moi auparavant.


À quoi voyiez-vous que vous faisiez du progrès ?

Je vous donne un exemple. Avant l’éveil, j’allais au supermarché et c’était lourd. Mais tout de suite après cette réalisation, celle survenue à 3h00 du matin, je croyais être dans un autre monde : « Mais d’où viennent ces choses ? Qu’est-ce qu’ils vendent ? » Je ne voyais pas cela auparavant. Mais c’était quelque chose de clair désormais. Je voyais comment ce sont les gens qui produisaient cela, la Terre, la nature ! Je ne voyais pas cela auparavant : où étais-je pour ne pas l’avoir vu ? J’ai même demandé à ma femme : « Est-ce que c’était là auparavant ? » Elle me dit : « Oui, tu passais ici avec moi. »

Alors, voilà l’être humain qui est aveugle. Il ne voit pas son entourage. Il regarde des dizaines d’années en arrière et fait des plans pour le futur, mais il ne voit pas le moment même ! Mais je voyais désormais cette clarté. J’ai changé, c’était fini ! Je voyais vraiment le printemps, l’été, les plantes, les animaux. C’était le paradis sur la Terre, ici ! Les idées de passé et de futur s’étaient évanouies ; tout était présent. Si je vous disais, vous ne me croiriez pas.

Je conseillerais aux gens qui ont une ouverture de ne pas se mettre dans la peur. Ils devraient s’en tenir à eux-mêmes et ne pas se laisser influencer par d’autres, qui leur diront toutes sortes de choses, surtout les voyants, les cartomanciens et autres personnes du genre. Ne pas écouter ces gens-là, mais s’écouter soi-même plutôt. Ils ne devraient pas se tenir à ce qui est arrivé ; plutôt, ils devraient vivre chaque instant. On peut lire des livres, mais seulement pour corroborer ce qu’on connaît, c’est tout. Autrement, on n’apprendra rien dans les livres. C’est comme un témoignage, les livres ; c’est tout.

Vous vous connaissez alors et vous connaissez tout ce qu’il y a à l’extérieur. Toutes les choses qu’on croit banales sont alors neuves chaque jour. À ce moment il ne vous vient pas de vous laisser guider par les pensées.

C’est un lâcher-prise. On n’apprend jamais rien en forçant. Quand un conflit survient par rapport à quelque chose d’extérieur, ne prenez pas position. Ne jugez pas : ne jugez personne. Mais je sens fortement l’injustice dans ce monde : l’homme qui exploite l’homme, qui le fait souffrir.

Tout est possible dans l’avenir. Mais il faut apprendre cela aux enfants quand ils sont encore tout petits, à l’école. Ceux qui sont intéressés à un chemin spirituel, peuvent y arriver s’ils le veulent. Il faut être persévérant, vraiment persévérant avec soi-même. Ils y arriveront. Tout le monde peut y arriver. Il faut persévérer et ne pas se laisser prendre par ces gurus et tout ce non-sens. C’est possible que certains voient la vérité, qu’ils la vivent ; mais voyez en général comment ils entraînent les gens et ce qu’ils leur font.

Je l’ai vu !

Ce n’est pas bon. Je veux dire aux gens qu’ils devraient être prudents avec cette énergie, parce qu’on peut l’utiliser négativement. Et alors on est pire. Si vous la laissez agir, vous allez grandir; mais si vous l’utilisez, vous allez devenir un monstre, vous serez méchant.

L’homme doit être totalement libre par lui-même. Nous sommes tous cette source.
C’est ici !





vendredi 16 août 2019

La chèvre et la CX



C'était il y a sept ans...











vendredi 7 juin 2019

Dragons et Cerises






Dragon Cévenol Bicéphale : espèce rare vivant dans les jardins; se développe au printemps pour atteindre sa taille adulte vers le 15 Août. Se nourrit essentiellement de cerises. Plutôt discret et timide, s'apprivoise très bien. Facile à capturer, vu qu'il ne se déplace pas. Certains autochtones le consomment, cru en salade, ou cuit à l'étouffé; son goût est suave, rappelant la saveur de l'oignon doux des Cévennes...












samedi 1 juin 2019

La Grâce d'émerger du «brouillard mental»







«Pour ce qui est des pensées qui nous aspirent au cours d'une méditation, je dirai juste que le temps que dure cette déconnexion du "ici et maintenant" va décroitre progressivement, c'est en tout cas mon expérience, et c'est à chaque fois une grâce de "reprendre conscience", car franchement, j'ai le sentiment que nous n'avons aucun contrôle réel sur ce phénomène, c'est pour ça que je parle de grâce; ma pratique m'a permis d'abord d'émerger au moins une fois de ce brouillard mental, puis de réduire petit à petit les espaces de temps entre deux "percées", et ce chemin se poursuit toujours à l'heure actuelle. Il n'en reste pas moins que le moment "d'émergence" me vient, je le répète mais ça me parait important, comme une grâce qu'il n'est pas en mon pouvoir de provoquer, parce que dans le brouillard mental, l'idée même de percée n'existe pas. D'où le fait que nous n'avons pas d'autre choix que d'accepter que cela arrive ou non.»

Ce texte a été écrit en mai 2008, et depuis, ce qui est dit ci-dessus s'est étendu à l'ensemble du vécu quotidien, mais avec une mention particulière concernant l'écoute musicale «en Présence»: là, le contact direct de l'intériorité avec le flux musical est immédiatement voilé par le moindre courant de pensée qui semble, alors qu'il advient, accaparer le champ de conscience. Cela peut durer une fraction de seconde, ou un peu plus (mais n'excédant pas la minute...), la durée de musique non écoutée «en Présence» étant quantifiable, surtout lors de l'écoute d'oeuvres que je connais bien. Ainsi, je dispose d'un instrument de mesure assez précis de mon être intérieur quand à sa faculté de Présence, et peut reporter cette observation sur le reste de ma vie quotidienne. Il n'en reste pas moins que ce que j'appelais en 2008 le «moment d'émergence», qui est à présent simplement le retour à la Présence, ne dépend pas d'une quelconque volonté que je pourrais manifester; il semble pourtant être un acte que j'accomplis ici et maintenant, mais cet acte est initié par ce que je continue aujourd'hui d'appeler «La Grâce». Je ne choisis aucunement d'être présent ou non : La Présence EST...





mercredi 10 avril 2019

C'est le moment crépusculaire...





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"C'est le moment crépusculaire
J'admire assis sous un portail
Ce reste de jour dont s'éclaire
La dernière heure du travail."
(Victor Hugo)


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De pourpre et d'or vêtus ces nuages bienveillants
Enveloppent le temps pour le rendre passant

Et le regard se plie aux portes de la vie
Délivrant ce mystère que brûle l'infini

C'est en appel de jour que s'enflamme la nuit
Lorsqu'on sait la surprendre avant qu'elle ne s'enfuie

Lise


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mardi 2 avril 2019

Bruyère arborescente (Erica Arborea)




Dès le mois d'avril, la floraison de cette bruyère est un véritable enchantement pour les yeux et l'odorat...


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Vu d'en haut
On croirait des ailes d'anges
Délicatement déposées
Au creux d'une forêt



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Vu de prés
Les ailes se déploient
Venant tout embrasser
En un souffle léger



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Il suffit alors
De se laisser porter



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Images : Michel / Texte : Lise

jeudi 25 octobre 2018

Un automne piquant







Sous le piquant, quelle douceur..
Dès l'aspérité passée,quel velouté..
La vie puise dans les opposés
La force vive de l'unité.

Lise




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