samedi 30 mai 2015

Le prince des Nuages




le prince


A l'occasion de la sortie du roman de Christophe Galfard Le prince des nuages, Météo-France avait organisé un concours de photographies ayant pour thème les nuages. Aériens et songeurs, mobiles et imprévisibles, multiformes et multicolores, je les aime, les nuages, et j'aime aussi les photographier. Alors après avoir visionné ces dix photos, j'ai tout de suite souhaité les inviter sur ce blog; voilà qui est fait!

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La plume, Elise Pichard, Calle de Fonseca, Salamanque Espagne

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Lux y es-tu ?, Aline Planque, Chemin des amoureux, Saint-Tropez

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Symétrie, Christophe Arnaud, Passe de Ouan Kassa - désert de Libye, Libye

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Nuage arc en ciel, Clément Martin, Chez moi, Sermoise sur loire

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Orage sur Le Verdon, Alexandre longeot, Plage, Saint Palais sur mer

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Frémissements, Florent Dovergne, Route de Parthenay, Niort

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Pluie et soleil, Jean-François Biancamaria, Campagne, Saint Paul Cap de Joux

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Nuage massif tout en longeur, Jacob Kaminski, Alentours de Florence - Italie, Florence

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Lenticularis, Pierre-Yves Pariselle, Tignes, Alpes

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Orage pourpre, Gérald Canolle, La bergerie, Fos Sur Mer



vendredi 29 mai 2015

Adyashanti : A propos du sentiment secret de supériorité








Un extrait de "La fin de votre monde", par Adyashanti

Un excellent exemple de comment se manifeste l'inertie des vieux mécanismes du mental après un éveil de conscience, et de l'art et la manière de gérer ce processus.

«Voici une anecdote personnelle qui illustre à quel point je sais qu'un sentiment secret de supériorité peut se manifester, et com­ment y remédier. À l'âge de vingt-cinq ans, j'ai connu mon premier éveil spirituel et l'expérience s'est avérée extrêmement puissante, libératrice. Moi, ce gamin de vingt-cinq ans, j'étais soudain libre de toute peur. Je savais que j'étais immortel et que rien ne pouvait me nuire. Tout instinct de survie inhérent m'avait quitté.

Quelques mois après avoir réalisé cela, je suis allé voir mon maître. Je rencontrais toujours cette femme le dimanche matin. Nous méditions ensemble, elle donnait un enseignement, nous méditions encore un peu, puis nous prenions ensemble notre petit déjeuner. À cette occasion, en m'installant dans la pièce avec les autres disciples, j'ai éprouvé ce sentiment de supériorité. J'en fus très étonné. Avec le temps, je l'ai baptisé « l'homme supé­rieur».

J'étais assis, en méditation, et subitement l'homme supérieur se manifestait. Je jetais un coup d'oeil autour, ayant l'impression que les autres personnes présentes étaient parfaitement ignorantes. Elles ne savaient rien de la vérité; elles ignoraient tout de la réalité. Moi, par ailleurs, j'avais connu ce formidable état de conscience. Immédiatement, mon état d'âme m'horripilait, car, heureusement pour moi, j'étais conscient qu'il était illusoire. La réalisation même m'avait démontré que la supériorité est un rêve absolu, une chi­mère égoïque. Ce qui n'empêchait pas l'homme supérieur de se manifester de temps à autre.
Mon mental fabriquait ce sentiment de supériorité formi­dable à la base des constituants de l'éveil. Parallèlement, il y avait cette lucidité plus profonde consciente que ce sentiment n'avait aucune validité. Au départ, je tentais simplement de me rappeler sa nature illusoire, je revenais à cet espace intérieur où la supério­rité était inexistante. Malgré tout, chaque semaine, quand je me pointais pour une séance de méditation, cette arrogance apparais­sait.»


Giger


«J'ai tout essayé. J'ai d'abord tenté de détester à mort cet homme supérieur. Puis, de l'aimer à mort — de l'accepter, de lui laisser libre cours, dans l'espoir qu'il se volatiliserait. Je cherchais son point d'origine, ses raisons d'être. Au fil des semaines, j'ai appliqué toutes sortes de stratégies pour l'annihiler — en vain. Chaque dimanche matin, je me pointais, je m'installais et l'homme supérieur se manifestait.
Finalement, un beau matin, j'ai compris que je ne pouvais rien contre cet homme supérieur. Cela m'a paru un échec cuisant. J'avais tout tenté pour m'en débarrasser, sans aucun résultat. Je n'y pouvais vraiment rien.
Ce n'était pas un rejet; je n'étais pas aveugle à son sujet. Il s'agissait d'une réalisation sincère, authentique. Un instant de défaite cuisante. J'ai compris que peu importait l'envergure de mes réalisations, je pouvais toujours être vaincu. Il était toujours pos­sible qu'apparaissent en moi une attitude illusoire, une tendance impossible à éliminer, même après l'éveil qui avait eu lieu.
Je suis resté là, consentant à la défaite. J'ai médité un peu plus longtemps, puis je me suis levé en même temps que les autres. Nous avons entamé notre petit déjeuner. J'étais attablé avec les autres pour un repas quand j'ai remarqué que mon sentiment de supériorité s'était estompé. Non pas que j'avais subitement saisi quelque chose — il n'y avait aucune raison à cela—, mais j'avais com­pris que je ne pouvais rien contre ce sentiment. Appréhender le fait de ne pas être en mesure d'abolir cette arrogance, malgré mes efforts, fut l'une de mes premières leçons, suivies de plusieurs autres, sur la futilité de la volonté personnelle.
Si, après l'éveil, vous éprouvez donc ce sentiment de supério­rité, ne tentez pas de le réprimer. Ne cherchez pas à écarter la négativité, quelle qu'elle soit. Ne l'alimentez pas non plus. Voyez-la simplement pour ce qu'elle est. C'est ce qui compte.»






jeudi 28 mai 2015

L'Art d'Être Conscient n°21 : Le début du chemin









Extraits de la page Facebook «L'Art d'Être Conscient»








«Vous avez vu l'illusion de la croyance en un «moi» séparé.

Bien que ça apparaisse sur le moment comme un événement majeur, il deviendra probablement de plus en plus évident, de différentes façons, que c'est une nouvelle réalité pour vous maintenant. Ou plutôt c'est la même réalité mais vous avez commencé à la voir sans voile.

La chose la plus importante à réaliser maintenant est que ce n'est pas la fin du chemin ; c'est le premier pas dans une vie éveillée, authentique. Bien que la croyance en un moi séparé ait disparu, il est probable qu'une grande partie de la structure reposant sur cette croyance soit toujours en place. A quel point, vous seul pouvez le découvrir. Vous passerez probablement par des doutes, des phases où vous aurez l’impression d’être identifié à une personne dont vous avez constaté l'inexistence, des réactions qui peuvent être considérées comme inutiles, et de la négativité (parfois profonde même).

Toutes ces choses étaient reliées et nourries par l'idée d'un moi, maintenant vu comme une illusion. Donc quelles que soient les pensées ou les émotions, jugées comme négatives, qui apparaîtraient, ne pas les éviter, ne pas se battre, ne pas discuter. Juste les accueillir et les regarder se déployer. La peur essaiera de détourner votre attention. Au contraire, l'utiliser comme une indication, la regarder, voir au-delà et découvrir probablement derrière cela une croyance n'ayant aucun fondement réel.
Rien de tout cela n'est personnel – vous savez maintenant que c'est impossible – et si c'est inutile à la situation présente, cela s'évanouira dès que vous le verrez vraiment et lâcherez prise, laissant quoi que ce soit être tel que c’est. Il n’y a nulle part où s’accrocher. Cette sorte de nettoyage n'est évidemment pas très agréable, mais vous réaliserez probablement qu'en fait ça fonctionne. Tout ce que vous avez à faire est de retirer vos mains du volant et de regarder les choses partir en fumée alors qu’elles passent au feu.»
Georgi Lipov («Guide de l'éveillé pour la galaxie»)   (En savoir plus...)




Être Conscient, c'est être en amont de toute pensée,
y compris de toute pensée au sujet de la Conscience,
y compris de cette pensée.






mardi 26 mai 2015

«Je-SUIS-qui-est» : La Présence, par Ken Wilber





Vision Intégrale cover



REMARQUEZ VOTRE ATTENTION PRÉSENTE.

«Remarquez Les objets qui apparaissent au sein de votre attention — Les images et Les pensées qui se présentent à votre mental, les sentiments et les sensations qui émergent à l'intérieur de votre corps, la myriade d'objets qui apparaissent autour de vous dans la pièce ou l'environnement.
Tous ceux-ci sont des objets qui deviennent présents à votre attention.
Pensez maintenant à ce qui était présent à votre attention 5 minutes plus tôt. La plupart de vos pensées ont changé, la plupart de vos sensations corporelles ont changé, et probablement la majorité de l'environnement a changé. Quelque chose en vous est le même maintenant que 5 mi­nutes plus tôt. Qu'est-ce qui est présent maintenant qui était également présent 5 minutes plus tôt ?
« Je SUIS-qui-est ». Le sentiment-attention de « Je SUIS-­qui-est » est encore présent. Je suis ce « Je SUIS-qui-est » à tout instant. Ce « Je SUIS-qui-est » est présent mainte­nant. Il était présent un moment plus tôt, il était présent une minute plus tôt, il était présent 5 minutes plus tôt.

Qu'est-ce qui était présent 5 heures plus tôt ?
« Je SUIS-qui-est ». Ce sens de « Je SUIS-qui-est » est un « Je SUIS-qui-est » continuel, auto-connaissant, auto-reconnaissant, auto-approuvant. C'est présent mainte­nant, c'était présent 5 heures plus tôt. Toutes mes pensées ont changé, toutes mes sensations corporelles ont changé, mon environnement a changé, mais je SUIS à tout instant, rayonnant, ouvert, vide, clair, spacieux, transparent, libre. Les objets ont changé, mais non ce « Je SUIS-qui-est » sans forme. Ce « Je SUIS-qui-est », présent et évident, est présent maintenant tout comme il l'était 5 heures plus tôt.

Qu'est-ce qui était présent 5 ans plus tôt ?
« Je SUIS-qui-est ». Tant d'objets sont allés et venus, tant de sentiments sont allés et venus, tant de pensées sont allées et venues, tant de drames et de terreurs et d'amours et de haines sont venus, et sont restés un moment, et s'en sont allés. Mais une chose n'est pas venue, et une chose ne s'en est pas allée. Qu'est-ce que c'est ? Quelle est la seule chose présente à votre attention juste maintenant et dont vous pouvez vous souvenir la présence 5 ans plus tôt ? Ce sentiment de tout instant, intemporel de « Je SUIS-qui-est » est présent maintenant comme il l'était 5 ans plus tôt.

Qu'est-ce qui était présent 5 siècles plus tôt ?
Tout ce qui est de tout instant est « Je SUIS-qui-est ». Chaque personne sent ce même « Je SUIS-qui-est » — parce que ce n'est pas un corps, ce n'est pas une pensée, ce n'est pas un objet, ce n'est pas l'environnement, ce n'est pas n'importe quoi qui pourrait être vu, mais c'est plutôt le Prophète de tout instant, le Témoin continuellement ou­vert et vide de tout ce qui apparaît, en n'importe quelle personne, en n'importe quel monde, en n'importe quel en­droit, en n'importe quel temps, dans tous les mondes jusqu'à la fin des temps, il y a seulement et toujours ce « Je SUIS-qui-est » évident et immédiat. Que pourriez- vous éventuellement savoir de plus ? Qu'est-ce que n'importe qui pourrait éventuellement savoir d'autre ? IL y a seulement et toujours ce « Je SUIS-qui-est » rayonnant, auto-connaissant, auto-ressentant, auto-transcendant, et continuellement présent, que ce soit maintenant, 5 min­utes, 5 heures, 5 siècles plus tôt.

5 millénaires plus tôt ?
Avant qu'Abraham ne fût, JE SUIS. Avant que l'univers ne fût, JE SUIS. Ceci est mon Visage originel, le Visage que j'avais avant que mes parents soient nés, le Visage que j'avais avant que l'univers soit né, le Visage que j'avais depuis toute éternité avant que je ne décide de jouer ce tour de cache-cache, et de me perdre dans les objets de ma propre création.
Je ne prétendrai plus JAMAIS ne pas connaître ou ne pas ressentir mon propre « Je SUIS-qui-est ».





Et avec cela, le tour est déjoué. Un million de pensées sont allées et venues, un million de sentiments sont allés et venus, un million d'objets sont allés et venus. Mais une chose n'est pas allée, et une chose n'est pas venue : le grand Non-Né et le grand Non-Mourant qui n'entrent ni ne quittent jamais le flux insaisissable du temps, une Présence pure au-delà du temps qui flottent dans l'éternité. Je suis ce grand « Je SUIS-qui-est », évident, auto-connaissant, auto-approuvant, auto-libérant.
Avant qu'Abraham ne fût, JE SUIS.
JE SUIS n'est rien d'autre que l'Esprit à la première personne, l'ultime, le sublime, le rayonnant Soi du Cosmos entier et créateur de toute chose, présent en moi et en vous et en lui et en elle et en eux — en tant que « Je SUIS-qui-est » que tous et chacun de nous ressentons.
Parce que dans tous les univers connus, le nombre total des JE SUIS n'est rien d'autre que « Un ».

Reposez-vous toujours en « Je SUIS-qui-est », l'exact « Je SUIS-qui-est » que vous ressentez en cet instant même, qui est lui-même l'Esprit Non-Né rayonnant en vous et à travers vous. Assumez également votre identité person­nelle — en tant que cet objet-ci ou cet objet-là, ou ce soi-ci ou soi-là, ou cette chose-ci ou cette chose-là — en vous reposant toujours sur le Terrain qui est le Fondement de Tout, en ce grand et absolument évident « je SUIS-qui­-est », puis levez-vous et continuez votre journée, dans l'univers créé par JE SUIS.

C'est un nouveau jour, c'est une nouvelle aurore, c'est un nouvel homme, c'est une nouvelle femme. Le nouvel hu­main est intégral, et ainsi en est-il du nouveau monde.»





dimanche 24 mai 2015

Voix du Tibet : Ani Chöying Drölma







En résonance avec quelques articles parus sur des blogs que j'aime bien (iPapy : ici et , éveil impersonnel : ici), voici quatre morceaux de cette remarquable artiste tibétaine extraits respectivement de quatre albums différents.





"Praise to the Buddha Activity of the Gyalwa Karmapa ", extrait de l'album "Cho", paru en 1997, avec le guitariste Steve Tibbetts. C'est l'un des rares morceaux où l'on peut entendre sa voix "a capella", sans accompagnement musical.









"Tzoklu", extrait de l'album "Dancing Daïkini" (1999), avec Sina Vodjani.











"Chenrezi", extrait de l'album "Selwa" (2004), à nouveau avec Steve Tibbetts.










Et pour terminer, "Om Muni Muni", extrait de l'album "Moments of Bliss" (2004).
















«Même si je suis féminine, j’ai en moi une dureté et une détermination qui feraient ployer beaucoup d’hommes. Au fond de moi, comme la lave en fusion au centre de la Terre, se niche un amas de molécules indestructibles, une boule de force et d’énergie d’une densité rare, qui me pousse et me guide. Cette pépite de volonté brute est aujourd’hui ma meilleure alliée. Hier, elle aurait pu me conduire au pire. Elle m’a mal conseillée, parfois. Beaucoup de violence, beaucoup de haine. Comme un tigre apprivoisé, elle demeure là, tapie dans mon cœur, dans mon ventre, domestiquée et pourtant, pour toujours, fondamentalement sauvage. Je suis une guerrière. Et mes armes s’appellent Amour et Compassion.» (Chöying Drölma)






vendredi 22 mai 2015

jeudi 21 mai 2015

Arnaud Desjardins : La vigilance






Extraits du livre «Au delà du moi», chapitre «La vigilance»


«Ce mot vigilance, je l’utilise pour traduire l’anglais awareness, un terme très riche : être parfaitement conscient de ce qui se passe au-dehors de nous et au-dedans de nous. Il faut bien que nous choisissions un mot dont le sens deviendra de plus en plus complet, et le mot vigilance est précieux parce qu’il a la même racine que « veille » ou « veiller », qu’on retrouve dans tous les enseignements religieux. En dehors des heures de sommeil proprement dit, on peut vivre plus ou moins éveillé, plus ou moins endormi. Le mot vigilance pointe vers la réalisation elle-même, qui est vraiment un éveil, et en même temps c’est un mot qui a tout de suite un sens pour vous parce qu’on peut toujours être un peu plus vigilant qu’on ne l’est.»




«Le soi est impersonnel. Il n’est ni masculin, ni féminin, ni vieux ni jeune, ni heureux, ni triste, ni bourreau, ni victime. De ce point de vue, nous allons insister sur ce que la conscience du soi est différente de la conscience de soi. Si quelqu’un s’efforce à la conscience de soi, il va d’abord prendre conscience de lui-même comme un homme ou une femme, en bonne santé ou malade, vieux ou jeune, alors que le soi, la réalité essentielle de tout être,
n’est « ni ceci ni cela ». C’est la conscience à laquelle on ne peut ajouter aucune qualification ou attribut, lequel serait forcément une exclusion ou une limitation. Si je suis un homme, il est évident que je ne suis pas une femme ; si je suis un adulte, il est évident que je ne suis plus un enfant ; si je suis un Français il est évident que je ne suis ni un Anglais ni un Japonais.
Chaque fois que je suis quelque chose, je ne suis plus « tout le reste ». Mais le soi n’est rien, par conséquent il est compatible avec tout.
Le soi n’a pas de forme et ce que nous appellerons la conscience de soi est une forme.
On prend conscience de soi avec une forme. Mais ce que vous devez entendre aussi, d’un autre point de vue, c’est que la conscience de soi est le chemin de la conscience du Soi.
Comment cette transcendance, métaphysique conscience du Soi, pourrait-elle bien tout d’un coup se révéler ? Et pourquoi est-ce qu’elle se révèle à certains qu’on appelle en Inde libérés, éveillés ou réalisés mais pas à tout le monde, loin de là ? La conscience de soi de plus en plus affinée est le chemin de la conscience du Soi. Mais penser qu’un jour la conscience du Soi, de la vie éternelle, de la nature-de-Bouddha, va se révéler en vous sans que vous ayez jamais eu la moindre conscience de soi, c’est impossible. Cela ne se produira jamais, ou alors une fois par siècle, pour un génie de la spiritualité. C’est l’exception qui confirme la règle et dont vous ne pouvez pas tenir compte en ce qui vous concerne.
Cette conscience de soi, elle n’est pratiquement jamais présente et c’est pour cela que la conscience du Soi n’a aucune chance de se révéler.»




«Le travail de prise de conscience, c’est bien le mot, tournée vers l’intérieur pour atteindre ce Soi ultime ou ce Royaume des Cieux, c’est tout le chemin. Seulement tout le monde n’est pas en mesure de passer le plus clair de son temps immobile en méditation, cherchant à descendre de plus en plus profondément en lui-même. Tout le monde n’en a pas les moyens matériels et tout le monde n’a pas les qualifications requises pour une voie essentiellement contemplative. Il est possible de mener une vie active tout en faisant une large part à la conscience de soi, et cette conscience de soi vous pouvez la prendre comme synonyme de vigilance.
Il n’y a pas de vigilance s’il n’y a pas une conscience de soi. Comme vous êtes amenés à vous manifester pendant la plus grande partie de votre temps, vous ne pouvez pas accepter de ne consacrer à la recherche du royaume intérieur qu’une demi-heure par jour que vous réserveriez à la méditation. Et il se peut aussi que cette demi-heure soit stérile parce que vous êtes agités, parce que vous avez des distractions, des associations d’idées et que vous n’arrivez pas à descendre profondément en vous-même à la rencontre de ce royaume qui est au-dedans de vous, mais qui n’est pas si facilement accessible. Il est indispensable de trouver la possibilité de conserver la conscience de soi tout en étant, en même temps, actif et conscient de ce qui se passe à l’extérieur de vous.»




«Le jour où vous aurez, en tant que chercheur spirituel, la conviction que vous devez être vigilant, vous le deviendrez. Si vous sentez l'importance d'une existence humaine et la gravité de perdre son existence, si vous sentez que la non-vigilance est vraiment la mort et que la vigilance est le chemin qui vous conduira au sens même de votre vie, si cette question devient vitale pour vous, vous serez vigilant, c'est certain. Vous aurez le regard sur l'extérieur et sur l'intérieur, qui est en fait la vraie méditation. Dans cette vigilance, nous donnons vie à tout ce qui nous entoure. Nous le laissons être. À notre réel émerveillement, nous voyons que tout devient important, tout prend une valeur et, surtout, nous reconnaissons chaque élément de la manifestation ou, si vous préférez, chaque objet, dans son uni­cité. En vérité, si vous êtes vigilant, vous voyez tout à coup le monde entier « être ». Il n'y a plus d'appréciation de valeur qui distingue les moments intenses des moments mornes, les moments importants des moments insignifiants. Chaque ins­tant est parfait, chaque instant est plein.»





mardi 19 mai 2015

«Une fausse compagnie», par Stephen Jourdain









     Stephen Jourdain : Une fausse compagnie

LA PERSONNE INTÉRIEURE n'est sous le regard d'aucune autre conscience.
Non parce qu'un mur interdit à jamais à la vision des autres de parvenir jusqu'à elle, mais parce que la réalité est ainsi faite que le lieu où elle se tient est inhabité.
La personne intérieure est non-vue, non-sue, parce qu'ici il n'y a, et n'y eut jamais, et n'y aura jamais personne pour la voir, la savoir.
Cela peut sembler épouvantable. En vérité, c'est admirable :
Car cette absence de toute compagnie et de tout témoin à l'extérieur de « l'âme » provient de ce que toutes les compagnies et tous les témoins ont demeure à l'intérieur d'elle. Car ce désert au-dehors de mon âme correspond à la présence effective en son sein de toutes les âmes, signifie le miracle que toutes, dans leur foisonnement authentique, n'en sont qu'une, et que chacune est cette âme unique.
Lorsque la personne intérieure perçoit cette solitude absolue, elle se perçoit, elle est dans la conscience d'elle-même.

Lorsqu'elle ne perçoit pas cette solitude, elle vit dans l'ignorance de soi, elle est dans la non-conscience d'elle-même.
Dans la même obscurité que tout à l'heure, la personne intérieure a donc cette fois pour but de s'éveiller à sa solitude.
Oh, elle se sent seule et non-vue, et croit sincèrement être irréprochable sur ce chapitre...
Pourtant, à tout instant, une présence imaginaire est prise pour une présence authentique.

Pourtant, à tout instant, une compagnie et un témoin la hantent.
En ce moment même, votre conscience pose en elle-même la fable d'une compagnie et d'un témoin. Simultanément dans deux directions, en deux cristallisations différentes.
Pour la personne intérieure, trouver la perception de sa solitude, c'est faire cesser l'hallucination : c'est arriver à reconnaître pour ce qu'elle est la présence imaginaire.

Mais dans l'une et l'autre des directions, le mirage est caché. Ici, où il est plutôt témoin que compagnie, où il est une « galerie » — dans l'ombre de l'inconscience : je m'éprouve inconsciemment sous un regard. Là, où il est plutôt compagnie que regard, et en pleine lumière — dans la certitude que j'ai, au départ, que cette présence se situe hors de mon esprit, dans le monde objectif.
On le voit, les choses sont ainsi arrangées que l'individu, pris dès la naissance dans les rêts de cette hallucination, n'a que peu de chances de se réveiller sans secours extérieur. Si l'on considère que c'est là ce qui le sépare du « bien suprême », cet arrangement paraît vraiment diabolique.





Pour le plan pratique, voici une double suggestion :

I. — S'attacher à concevoir clairement la différence qui existe entre être seul dans une pièce et n'y être pas seul.
Essayer de prendre conscience de ce qu'à cet instant où apparemment la personne intérieure se sent seule, ce sentiment de non-solitude qu'elle est parvenue à se représenter clairement et distinctement, est présent.
Penser à cette chose qu'est : réfléchir à voix haute et pour soi-même, mais en sachant que tout de même ces paroles sont entendues par un tiers, passif et muet, qui se tient là.
Essayer de déceler qu'à cet instant même où la personne intérieure sait par l'intellect, admirablement, qu'elle-même, et les pensées qu'elle file, et ce qu'elle vit, n'ont point de témoin, dans l'ombre de l'inconscience elle croit fermement à la présence de la « galerie », au fait d'un spectateur.
Essayer de saisir, d'exhumer cet état de choses, cette croyance et ce spectateur, dans le présent même de l'esprit.
Que cette prise de conscience soit réussie, et il ne sera pas besoin d'autres gestes pour dissiper le mirage, la même lumière qui l'aura rendu visible le fera cesser, le dissipera d'un seul coup dans cette cristallisation et dans l'autre, et la personne intérieure, s'éveillant à sa solitude, s'éveillera à elle-même.

II. — En ce moment, vous sentez exister dans le monde extérieur quelques personnes importantes pour vous.
L'idée ne peut vous effleurer que ces présences soient des productions de votre esprit, et non : l'authentique X, l'authentique Y, l'authentique Z..., car elles paraissent se situer hors de votre esprit, dans le monde extérieur, dans le monde de l'immeuble d'en face.
Aussi inacceptable que ce soit, elles ne sont que des marionnettes que la personne intérieure agite au-dedans d'elle-même, sans s'en rendre compte, sans se douter qu'il n'y a là, en face d'elle, que sa propre vie et sa propre présence. IL est nécessaire que la nature illusoire de cette compagnie soit vue.
Que la personne intérieure considère donc Y, là-bas, dans son quartier. Le tourne, le retourne, et le tourne encore en cherchant la présence de Y;à un moment donné, peut-être, un déclic jouera soudainement, elle sera confrontée avec la fable, elle aura l'expérience de la nature illusoire de Y; alors, comme tout à l'heure, le mirage, démasqué pour l'une de ses deux faces, se dissipera aussitôt dans celle-ci et dans l'autre, avec le même résultat : la personne intérieure, s'éveillant à sa solitude — à elle-même.











lundi 18 mai 2015

L'Humour du Prochain n°75 : les peintures magiques de Robert Gonsalves







Extraits de la page Facebook «L'Humour du Prochain», qui, comme son nom l'indique, est consacrée au partage d'humour sous toutes ses formes et déclinaisons.