mercredi 29 avril 2015

Léo Ferré : Il n'y a plus rien








IL N'Y A PLUS RIEN



Écoute, écoute... Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure, avec le sable qui se remonte un peu, comme les vieilles putes qui remontent leur peau, qui tirent la couverture.

Immobile... L'immobilité, ça dérange le siècle.
C'est un peu le sourire de la vitesse, et ça sourit pas lerche, la vitesse, en ces temps.
Les amants de la mer s'en vont en Bretagne ou à Tahiti...
C'est vraiment con, les amants.

IL n'y a plus rien

Camarade maudit, camarade misère...
Misère, c'était le nom de ma chienne qui n'avait que trois pattes.
L'autre, le destin la lui avait mise de côté pour les olympiades de la bouffe et des culs semestriels qu'elle accrochait dans les buissons pour y aller de sa progéniture.
Elle est partie, Misère, dans des cahots, quelque part dans la nuit des chiens.
Camarade tranquille, camarade prospère,
Quand tu rentreras chez toi
Pourquoi chez toi?
Quand tu rentreras dans ta boîte, rue d'Alésia ou du Faubourg
Si tu trouves quelqu'un qui dort dans ton lit,
Si tu y trouves quelqu'un qui dort
Alors va-t-en, dans le matin clairet
Seul
Te marie pas
Si c'est ta femme qui est là, réveille-la de sa mort imagée

Fous-lui une baffe, comme à une qui aurait une syncope ou une crise de nerfs...
Tu pourras lui dire: "T'as pas honte de t'assumer comme ça dans ta liquide sénescence.
Dis, t'as pas honte? Alors qu'il y a quatre-vingt-dix mille espèces de fleurs?
Espèce de conne!
Et barre-toi!
Divorce-la
Te marie pas!
Tu peux tout faire:
T'empaqueter dans le désordre, pour l'honneur, pour la conservation du titre...

Le désordre, c'est l'ordre moins le pouvoir!

Il n'y a plus rien

Je suis un nègre blanc qui mange du cirage
Parce qu'il se fait chier à être blanc, ce nègre,
Il en a marre qu'on lui dise: " Sale blanc!"

A Marseille, la sardine qui bouche le Port
Était bourrée d'héroïne
Et les hommes-grenouilles n'en sont pas revenus...
Libérez les sardines
Et y'aura plus de mareyeurs!

Si tu savais ce que je sais
On te montrerait du doigt dans la rue
Alors il vaut mieux que tu ne saches rien
Comme ça, au moins, tu es peinard, anonyme, Citoyen!

Tu as droit, Citoyen, au minimum décent
A la publicité des enzymes et du charme
Au trafic des dollars et aux trafiquants d'armes
Qui traînent les journaux dans la boue et le sang
Tu as droit à ce bruit de la mer qui descend
Et si tu veux la prendre elle te fera du charme
Avec le vent au cul et des sextants d'alarme
Et la mer reviendra sans toi si tu es méchant

Les mots... toujours les mots, bien sûr!
Citoyens! Aux armes!
Aux pépées, Citoyens! A l'Amour, Citoyens!
Nous entrerons dans la carrière quand nous aurons cassé la gueule à nos ainés!
Les préfectures sont des monuments en airain... un coup d'aile d'oiseau ne les entame même pas... C'est vous dire!

Nous ne sommes même plus des juifs allemands
Nous ne sommes plus rien

Il n'y a plus rien

Des futals bien coupés sur lesquels lorgnent les gosses, certes!
Des poitrines occupées
Des ventres vacants
Arrange-toi avec ça!

Le sourire de ceux qui font chauffer leur gamelle sur les plages reconverties et démoustiquées
C'est-à-dire en enfer, là où Dieu met ses lunettes noires pour ne pas risquer d'être reconnu par ses admirateurs
Dieu est une idole, aussi!
Sous les pavés il n'y a plus la plage
Il y a l'enfer et la Sécurité
Notre vraie vie n'est pas ailleurs, elle est ici
Nous sommes au monde, on nous l'a assez dit
N'en déplaise à la littérature

Les mots, nous leur mettons des masques, un bâillon sur la tronche
A l'encyclopédie, les mots!
Et nous partons avec nos cris!
Et voilà!

Il n'y a plus rien... plus, plus rien

Je suis un chien?
Perhaps!
Je suis un rat
Rien

Avec le coeur battant jusqu'à la dernière battue

Nous arrivons avec nos accessoires pour faire le ménage dans la tête des gens:
"Apprends donc à te coucher tout nu!
"Fous en l'air tes pantoufles!
"Renverse tes chaises!
"Mange debout!
"Assois-toi sur des tonnes d'inconvenances et montre-toi à la fenêtre en gueulant des gueulantes de principe

Si jamais tu t'aperçois que ta révolte s'encroûte et devient une habituelle révolte, alors,
Sors
Marche
Crève
Baise
Aime enfin les arbres, les bêtes et détourne-toi du conforme et de l'inconforme
Lâche ces notions, si ce sont des notions
Rien ne vaut la peine de rien

Il n'y a plus rien... plus, plus rien

Invente des formules de nuit: CLN... C'est la nuit!
Même au soleil, surtout au soleil, c'est la nuit
Tu peux crever... Les gens ne retiendront même pas une de leur inspiration.
Ils canaliseront sur toi leur air vicié en des regrets éternels puant le certificat d'études et le catéchisme ombilical.
C'est vraiment dégueulasse
Ils te tairont, les gens.
Les gens taisent l'autre, toujours.
Regarde, à table, quand ils mangent...
Ils s'engouffrent dans l'innommé
Ils se dépassent eux-mêmes et s'en vont vers l'ordure et le rot ponctuel!

La ponctuation de l'absurde, c'est bien ce renversement des réacteurs abdominaux, comme à l'atterrissage: on rote et on arrête le massacre.
Sur les pistes de l'inconscient, il y a des balises baveuses toujours un peu se souvenant du frichti, de l'organe, du repu.

Mes plus beaux souvenirs sont d'une autre planète
Où les bouchers vendaient de l'homme à la criée

Moi, je suis de la race ferroviaire qui regarde passer les vaches
Si on ne mangeait pas les vaches, les moutons et les restes
Nous ne connaîtrions ni les vaches, ni les moutons, ni les restes...
Au bout du compte, on nous élève pour nous becqueter
Alors, becquetons!
Côte à l'os pour deux personnes, tu connais?

Heureusement il y a le lit: un parking!
Tu viens, mon amour?
Et puis, c'est comme à la roulette: on mise, on mise...
Si la roulette n'avait qu'un trou, on nous ferait miser quand même
D'ailleurs, c'est ce qu'on fait!
Je comprends les joueurs: ils ont trente-cinq chances de ne pas se faire mettre...
Et ils mettent, ils mettent...
Le drame, dans le couple, c'est qu'on est deux
Et qu'il n'y a qu'un trou dans la roulette...

Quand je vois un couple dans la rue, je change de trottoir

Te marie pas
Ne vote pas
Sinon t'es coincé

Elle était belle comme la révolte
Nous l'avions dans les yeux,
Dans les bras dans nos futals
Elle s'appelait l'imagination

Elle dormait comme une morte, elle était comme morte
Elle sommeillait
On l'enterra de mémoire

Dans le cocktail Molotov, il faut mettre du Martini, mon petit!

Transbahutez vos idées comme de la drogue... Tu risques rien à la frontière
Rien dans les mains
Rien dans les poches

Tout dans la tronche!

- Vous n'avez rien à déclarer?
- Non.
- Comment vous nommez-vous?
- Karl Marx.
- Allez, passez!

Nous partîmes... Nous étions une poignée...
Nous nous retrouverons bientôt démunis, seuls, avec nos projets d'imagination dans le passé
Écoutez-les... Écoutez-les...
Ça râpe comme le vin nouveau
Nous partîmes... Nous étions une poignée
Bientôt ça débordera sur les trottoirs
La parlote ça n'est pas un détonateur suffisant
Le silence armé, c'est bien, mais il faut bien fermer sa gueule...
Toutes des concierges!
Écoutez-les...

Il n'y a plus rien

Si les morts se levaient?
Hein?

Nous étions combien?
Ça ira!

La tristesse, toujours la tristesse...

Ils chantaient, ils chantaient...
Dans les rues...

Te marie pas Ceux de San Francisco, de Paris, de Milan
Et ceux de Mexico
Bras dessus bras dessous
Bien accrochés au rêve

Ne vote pas

0 DC8 des Pélicans
Cigognes qui partent à l'heure
Labrador Lèvres des bisons
J'invente en bas des rennes bleus
En habit rouge du couchant
Je vais à l'Ouest de ma mémoire
Vers la Clarté vers la Clarté

Je m'éclaire la Nuit dans le noir de mes nerfs
Dans l'or de mes cheveux j'ai mis cent mille watts
Des circuits sont en panne dans le fond de ma viande
J'imagine le téléphone dans une lande
Celle où nous nous voyons moi et moi
Dans cette brume obscène au crépuscule teint
Je ne suis qu'un voyant embarrassé de signes
Mes circuits déconnectent
Je ne suis qu'un binaire

Mon fils, il faut lever le camp comme lève la pâte
Il est tôt 
Lève-toi 
Prends du vin pour la route
Dégaine-toi du rêve anxieux des biens assis
Roule Roule mon fils vers l'étoile idéale
Tu te rencontreras, tu te reconnaîtras
Ton dessin devant toi, tu rentreras dedans
La mue ça se fait à l'envers dans ce monde inventif
Tu reprendras ta voix de fille et chanteras demain
Retourne tes yeux au-dedans de toi
Quand tu auras passé le mur du mur
Quand tu auras outrepassé ta vision
Alors tu verras : rien !

Il n'y a plus rien

Que les pères et les mères
Que ceux qui t'ont fait
Que ceux qui ont fait tous les autres
Que les "monsieur"
Que les "madame"
Que les "assis" dans les velours glacés, soumis, mollasses
Que ces horribles magasins bipèdes et roulants
Qui portent tout en devanture
Tous ceux-là à qui tu pourras dire:

Monsieur!
Madame!

Laissez donc ces gens-là tranquilles
Ces courbettes imaginées que vous leur inventez
Ces désespoirs soumis
Toute cette tristesse qui se lève le matin à heure fixe pour aller gagner VOS sous,
Avec les poumons resserrés
Les mains grandies par l'outrage et les bonnes moeurs
Les yeux défaits par les veilles soucieuses...
Et vous comptez vos sous?
Pardon.... LEURS sous!

Ce qui vous déshonore
C'est la propreté administrative, écologique dont vous tirez orgueil
Dans vos salles de bains climatisées
Dans vos bidets déserts
En vos miroirs menteurs...

Vous faites mentir les miroirs
Vous êtes puissants au point de vous refléter tels que vous êtes
Cravatés
Envisonnés
Empapaoutés de morgue et d'ennui dans l'eau verte qui descend
des montagnes et que vous vous êtes arrangés pour soumettre
A un point donné
A heure fixe
Pour vos narcissiques partouzes.
Vous vous regardez et vous ne pouvez même plus vous reconnaître
Tellement vous êtes beaux
Et vous comptez vos sous
En long
En large
En marge
De ces salaires que vous lâchez avec précision
Avec parcimonie
J'allais dire "en douce" comme ces aquilons avant-coureurs et qui racontent les exploits du bol alimentaire, avec cet apparat vengeur et nivellateur qui empêche toute identification...
Je veux dire que pour exploiter votre prochain, vous êtes les champions de l'anonymat.

Les révolutions? Parlons-en!
Je veux parler des révolutions qu'on peut encore montrer
Parce qu'elles vous servent,
Parce qu'elles vous ont toujours servis,
Ces révolutions de "l'histoire",
Parce que les "histoires" ça vous amuse, avant de vous intéresser,
Et quand ça vous intéresse, il est trop tard, on vous dit qu'il s'en prépare une autre.
Lorsque quelque chose d'inédit vous choque et vous gêne,
Vous vous arrangez la veille, toujours la veille, pour retenir une place
Dans un palace d'exilés, entouré du prestige des déracinés.
Les racines profondes de ce pays, c'est Vous, paraît-il,
Et quand on vous transbahute d'un "désordre de la rue", comme vous dites, à un "ordre nouveau" comme ils disent, vous vous faites greffer au retour et on vous salue.

Depuis deux cent ans, vous prenez des billets pour les révolutions.
Vous seriez même tentés d'y apporter votre petit panier,
Pour n'en pas perdre une miette, n'est-ce-pas?
Et les "vauriens" qui vous amusent, ces "vauriens" qui vous dérangent aussi, on les enveloppe dans un fait divers pendant que vous enveloppez les "vôtres" dans un drapeau.

Vous vous croyez toujours, vous autres, dans un haras!
La race ça vous tient debout dans ce monde que vous avez assis.
Vous avez le style du pouvoir
Vous en arrivez même à vous parler à vous-mêmes
Comme si vous parliez à vos subordonnés,
De peur de quitter votre stature, vos boursouflures, de peur qu'on vous montre du doigt, dans les corridors de l'ennui, et qu'on se dise: "Tiens, il baisse, il va finir par se plier, par ramper"
Soyez tranquilles! Pour la reptation, vous êtes imbattables; seulement, vous ne vous la concédez que dans la métaphore...
Vous voulez bien vous allonger mais avec de l'allure,
Cette "allure" que vous portez, Monsieur, à votre boutonnière,
Et quand on sait ce qu'a pu vous coûter de silences aigres,
De renvois mal aiguillés
De demi-sourires séchés comme des larmes,
Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer votre visage,
Je me demande comment et pourquoi la Nature met
Tant d'entêtement,
Tant d'adresse
Et tant d'indifférence biologique
A faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères,
Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaires
Jusqu'aux salonnardes équivoques où vous les dressez à boire,
Dans votre grand monde,
A la coupe des bien-pensants.

Moi, je suis un bâtard.
Nous sommes tous des bâtards.
Ce qui nous sépare, aujourd'hui, c'est que votre bâtardise à vous est sanctionnée par le code civil
Sur lequel, avec votre permission, je me plais à cracher, avant de prendre congé.
Soyez tranquilles, Vous ne risquez Rien

Il n'y a plus rien

Et ce rien, on vous le laisse!
Foutez-vous en jusque-là, si vous pouvez,
Nous, on peut pas.
Un jour, dans dix mille ans,
Quand vous ne serez plus là,
Nous aurons TOUT
Rien de vous
Tout de nous
Nous aurons eu le temps d'inventer la Vie, la Beauté, la Jeunesse,
Les Larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles,
Le sourire des bêtes enfin détraquées,
La priorité à Gauche, permettez!

Nous ne mourrons plus de rien
Nous vivrons de tout

Et les microbes de la connerie que nous n'aurez pas manqué de nous léguer, montant
De vos fumures
De vos livres engrangés dans vos silothèques
De vos documents publics
De vos règlements d'administration pénitentiaire
De vos décrets
De vos prières, même,
Tous ces microbes...
Soyez tranquilles,
Nous aurons déjà des machines pour les révoquer

NOUS AURONS TOUT

DANS DIX MILLE ANS





mardi 28 avril 2015

Nicole Montineri : L'amour est la source de toute chose...






«L'amour est la source de toute chose. 
Il est l'expression même de la vie dont le flux ne tarit jamais. Il est l'énergie qui imprègne l'univers entier de ses vibrations, qui le pénètre et le soutient. Chaque infime élément de la totalité est traversé par cette énergie impersonnelle, sans condition, sans limite. Elle est l'espace vibrant de la vie, silencieux et vide.
L'amour est cette énergie qui « meut le soleil et les autres étoiles » (dernier vers de la Divine Comédie de Dante). Il ne peut donc procéder de la volonté personnelle, de savoirs, d'ascèses… Il ne peut se plier à nos désirs égotiques.

L'amour ne demande rien, n'exige rien. Il est juste une expression perpétuellement jaillissante de la joie, essence de la vie.
Il ne peut être source de souffrance. Seul l'attachement l'est. On le cherche sans cesse alors qu'il est toujours présent. Tout le monde le cherche, même ceux qui semblent le refuser. Nos recherches sont maladroites, confuses, parce que menées sous l'autorité compulsive de nos ego. Nous essayons d'aimer… alors que nous sommes l'amour que nous cherchons ! Il est la nature de la vie, il est ce que nous sommes. On ne peut donc l'avoir, le posséder. Nos ego ne pourront jamais embrasser cette énergie, ils seront toujours déçus...
Nous ne pouvons que répondre spontanément à sa vibration, à partir de notre propre cœur qui vit au rythme du Cœur cosmique. C'est cette obsession de la quête d'amour qui détourne de la présence continue de l'amour.
La quête ne peut s'apaiser que lorsque l'amour est reconnu pour ce qu'il est. Il nous appelle donc à nous intérioriser, à retourner à sa source silencieuse.
Alors on le voit en toute chose… Il est toujours là et se révèle comme la trame de la vie, ce qui soutient l'univers, dans le silence de la conscience, désencombrée du bruit du moi et du mental.»




 

«On attribue souvent à l'amour une coloration sentimentale. On le voit là où n'existe qu'une dépendance affective ou un attachement exclusif à un être. Ce soi-disant amour se nourrit de nos espoirs, de nos attentes, de nos besoins de protection, de nos désirs de posséder ou de dominer l'autre. On exige de lui qu'il satisfasse tous nos désirs, nos rêves, nos illusions de sécurité.
 On s'efforce de le faire entrer dans le monde conflictuel de nos petits moi crispés sur des peurs et des blessures.
L'amour n'est pas à notre service personnel. Il est absent là où il y a attente, possession, soif de sécurité, besoin de posséder. L'esprit manipulateur et instable ne peut le toucher.
 L'amour échappe à toute emprise mentale. Il est libre, comme la vie. C'est le besoin égotique de sécurité qui crée ce désert que nous persistons à appeler amour.
Or, l'amour ne peut s'exprimer que lorsque l'illusion du moi distinct a été dépassée. Il ne force pas l'entrée de la carapace forgée par l'ego.
Il n'est pas l'expression d'un processus mental et ne se provoque pas. Il nous pénètre librement lorsqu'il n'y a plus personne qui poursuit quelque chose, lorsque l'esprit se calme, lorsque nous sommes en profondeur au cœur de la vie. Il s'offre à nous dès que le moi s'oublie dans l'espace de paix qui se dévoile.
Nous bloquons en permanence son mouvement intense en nous exprimant sur le mode de la crainte ou du refus. Nous ne sentons pas que nous sommes reliés à la totalité, nous nous percevons comme des êtres séparés, isolés, agressés par un monde hostile qui ne répond pas à nos désirs. Nous nous isolons, nous nous fermons à l'énergie qui anime l'univers.
Nous nous attachons à des êtres, mais nous manquons de confiance, qui est l'expression spontanée de l'amour. Nous sommes incapables de rester ouverts, sans motif, dans une attention sensible renouvelée d'instant en instant, qui dévoile notre vulnérabilité mais aussi notre grandeur.  Lorsque nous sommes cet accueil, nous rencontrons l'amour à chaque seconde de notre existence, dans chaque petite chose ordinaire de notre quotidien, un geste tendre, une écoute patiente, une parole bienveillante.

Il se trouve dans le respect du chemin de chacun, dans l'attention sensible à la souffrance d'autrui, dans le soin à un corps affaibli, dans l'acceptation de l'impermanence au cœur des êtres et des choses. C'est au sein du silence de notre être profond que l'amour est perçu.
Nous le sentons émerger de ce silence, nous traverser et se diffuser librement autour de nous. Dès que nous le laissons être en contact direct avec notre espace intérieur, dans l'effacement du moi, il se déploie, touche chaque être côtoyé et revient, inaltéré, à sa source.
Cette énergie est d'une intensité incroyable et cependant sa vibration nous pénètre avec douceur. Nous nous sentons alors tellement vastes que nous ne pouvons plus infliger aux autres et à nous-mêmes de la souffrance.
Nous vivons sans peur. Nous portons un regard unifié sur les êtres humains, sur les animaux, sur la nature, sur la vie. Nous nous plaçons dans une perception de présence continue, de non séparation. La paix s'installe dans cette fluidité du présent continu. Chaque évènement est vécu dans une ouverture sans condition.

C'est ce qui m'a été donné de réaliser dans un élan de confiance absolue, puis d'absorption dans le vide et le silence cosmiques, la connaissance dévoilée émanant de cette absorption. Nous nous découvrons comme étant l'énergie même du cosmos, libres avec sa liberté…
Cette connaissance est la lumière même de la conscience.»

Nicole Montineri  

En partage, ces mots de ce qui s'est dévoilé lors du même "voyage" par delà la mort, pour accueillir cœur grand ouvert tout ce qui arrive, instant après instant...





Squelette et marionnette...







Cliquez sur les points rouges ou sur les croix, puis déplacez-les pour animer le squelette...



lundi 27 avril 2015

Lee Lozowick : Monster






"Monster" (Lyrics, Lee Lozowick/Music, Paul Durham)









"Salut aux Monstres" : paroles, Lee Lozowick/musique, Paul Durham.
adaptation française de Gilles Farcet,
arrangement de Pascal Pourré.







vendredi 24 avril 2015

Lee Lozowick : L'équation parfaite







«Vous ne pouvez pas avoir trouvé l'amour et être séparé de Dieu. «Bon, je vais rester séparé(e) de Dieu parce qu'après tout j'ai des rêves à accomplir, des désirs à satisfaire et des trucs que je veux faire dans ma vie. J'ai besoin d'être libre et j'ai besoin de créer et j'ai besoin de danser et de chanter et de coudre et de faire des enfants et d'abord, de m'occuper de mon homme. J'aurai du temps pour le Seigneur une fois que j'aurai fait tout ce que j'ai besoin de faire dans ma vie. Alors, je serai aimant(e)...»

Non, vous ne le serez pas ! Peut-être que, selon les normes établies, vous serez un peu plus gentil et conve­nable que la majorité des gens ne le sont. Mais l'amour est quelque chose qui ne peut exister en dehors de Dieu. Aussi longtemps que votre «je» agit, aussi long­temps que c'est «vous» qui voulez l'amour, et « vous » qui donnez l'amour, ce n'est pas l'amour. Il se peut que ce soit de l'affection, de l'attachement, de l'intérêt, de la considération, de la compréhension, de la sympathie, de l'empathie — mais de l'amour, non ! Ce n'est pas de l'amour. Peu importe votre façon de vous sentir exaltée lorsque votre amant vous donne une rose ; ce n'est pas de l'amour. C'est de l'exaltation, pas de l'amour. Ce n'est que de la merde, comme par exemple, le coup du cœur qui fond ou de la larme à l'œil lorsque votre regard s'attarde sur votre compagnon ou votre enfant !

L'amour ne peut pas être au rendez-vous quand vous êtes séparée de Dieu. Il ne le peut pas.
A notre époque, il est de bon ton de porter le même regard sur l'amour que sur un bien de consommation. Nous faisons tous l'erreur de croire que l'ego va garder son autonomie, et que l'amour nous sera donné en prime, parce que nous nous serons «bien» conduits. Pas question ! Il est des chrétiens fondamentalistes qui sont des gens tellement bien que si l'on décernait des médailles pour bonne conduite, ils ne pourraient pas marcher tant ils seraient alourdis par la quantité de médailles sur leur poitrine. Ce n'est pas en étant quel­qu'un de bien que vous trouverez l'amour. Vous trouve­rez l'amour en disparaissant, en acceptant de vous dis­soudre. Aussi longtemps que vous existerez, l'amour n'existera pas. Quand vous cesserez d'exister, l'amour existera — à la seconde. Juste comme ça.»



«L'équation est parfaite : pas d'ego = amour, ego = pas d'amour. Il n'y a pas de gradation. La première chose que vous devez faire est d'abandonner tous vos petits «je», car vous ne serez pas fichu de savoir qui est votre «Je» tant que votre psyché servira de champ de bataille à une guerre mondiale. Il vous faut d'abord amener tous vos petits «je» dans une sorte d'espace intérieur bien délimité, afin que les trois centres (le centre intellectuel, le centre émotionnel et le centre physique) coopèrent au lieu de se contrecarrer. Les conditions qui vous sont recommandées pour pratiquer la méditation, les exercices corporels et l'étude arrivent à ce résultat. Puis, lorsque vous vous prendrez pour un génie parce que vous faites toutes ces choses, parce que vous vous sentez en super-forme la plupart du temps, parce que vous êtes détaché(e), que vous avez atteint le satori, eu des visions puis des révélations, alors il vous faudra abandonner tout cela aussi. En fin de compte, c'est nu qu'il vous faut traverser le monde, c'est libéré d'un «je» qui vous défend et vous protège et qui s'assure que vous ayez toujours raison (même quand vous avez tort). Voilà, vous connaissez toute l'histoire.

Aussi longtemps que vous vous acharnerez à mettre en scène votre «je» et à lui donner le premier rôle, vous ne réaliserez jamais Dieu. Vous n'avez pas le choix, il n'y a pas de prière qui tienne, vous n'avez pas un quart ou même un dixième de chance. Si vous commencez à vouloir abandonner tout cela, le Travail avancera vite. Vous aurez des ailes pour le faire. La crucifixion sera dure mais rapide.
Depuis des années, certains d'entre vous restent sus­pendus en croix à pleurnicher et se lamenter, mais c'est leur « putain» de faute. Il n'y a personne à blâmer à votre place, il ne faut vous en prendre qu'à vous-même et à votre refus têtu et pervers d'abandonner votre «je». Pas la peine de- dire : «Mais, j'peux pas.» Vous êtes têtu, buté, borné. Voilà la vérité. Il n'y a rien à ajouter. La vie est si simple !
Vraiment, elle se résume en deux choses : le «je» et la transcendance du «je». Alors que nous n'en finissons pas de faire toutes sortes de considérations. «Que pen­ser de ceci, que penser de cela, que penser... sur la vie après la mort ? Quand l'âme entre-t-elle dans le corps ? L'avortement est-il moral ? Que penser de l'homme, de la femme, de la vie, de la mort, de l'infini ?... Et pen­dant combien de temps encore vont-ils diffuser General Hospital à la télé ?»
Peut-être devrions-nous tous entrer à la télé; la vie y est belle là-dedans. Nous pourrions tous rester exacte­ment tels que nous sommes et ne jamais vieillir. Nous sommes une culture de crétins et, sur le plan intellec­tuel, ce pays est un terrain vague; toute une popula­tion qui ne vit plus que pour savoir si un personnage du petit écran va être assassiné ou non ! Si ce n'était pas triste à mourir, ce serait la blague la plus incroyable et loufoque dont l'homme ait jamais entendu parler ! Maintenant, c'est entre vos mains, n'est-ce pas ?»


(extrait de l'ouvrage «L'alchimie de l'amour et de la sexualité», les éditions du Relié, 1995)





jeudi 23 avril 2015

Lee Lozowick - Daniel Morin : L'illusion de la séparation








L'illusion ultime : celle de la séparation

Qui que nous nous imaginions être, nous sommes identifiés à cette image que nous prenons pour la réalité. Nous sommes en proie à l'illusion ultime, celle d'être un individu séparé, coupé du tout et de tous. Nous croyons être fondamentalement indépendants. De toutes les illusions que nous pouvons nous faire sur la vie, l'illusion fondamentale, qui réside à la racine de toutes les autres et s'avère la plus difficile à dissiper, est celle de la séparation. Elle est beaucoup plus difficile à dépasser que les préjugés ou malentendus ordinaires parce qu'elle est première ; ses conséquences s'étendent partout et imprègnent tous nos fonctionnements. Pour nous, cette illusion va de soi, si bien que nous ne prenons jamais le temps de nous considérer selon une autre perspective. Pourquoi le ferions-nous donc ?

Comme nous l'avons dit précédemment, la réalité essentielle de l'existence est que rien, sur le plan de l'énergie, n'est séparé. Non seulement nous vivons à l'intérieur d'un champ énergétique qui connecte tout mais nous sommes ce champ énergétique. C'est ce que l'on nomme la non-dualité. Si nous nous regardons les uns les autres, nous avons bien sûr l'impression d'être distincts, mais au niveau essentiel il existe une matrice d'énergie imprégnant toute la manifestation, toute la création dont chacun fait partie. Nos doigts semblent séparés les uns des autres mais font partie de la même main ; de même, il existe une énergie imperceptible par les cinq sens au niveau de laquelle nous sommes littéralement Un.

C'est pourquoi chaque personne au monde affecte, de par ses actes, non seulement tous les autres à un niveau très subtil mais l'univers entier. Grandiose, n'est-ce pas ? Si cette réalisation touche la « tête » et non le « coeur », cela débouche sur une inflation : l'ego s'approprie cette connaissance, si bien que l'on devient au mieux un mégalomane lourdingue, au pire un faux maître spirituel.
Le but ou résultat de tout chemin spirituel est de réaliser la non-séparation et l'unité, Unité avec la vie, la vérité, l'univers, Dieu, peu importe la formulation. Cependant, il est impossible de comprendre l'unité intellectuellement ou de manière linéaire, car la compréhension est une fonction du mental, lequel, par nature et par définition, entretient une perspective séparée. Le mental créant la perception de la séparation, il ne saurait comprendre l'union. L'objectif essentiel du chemin spirituel est la dissipation de l'illusoire identification, de l'impression d'être séparé du tout divin. Cette dissipation de l'illusion n'est réelle que si elle aboutit à une expérience de première main.

Même une éducation poussée ne suffit pas à dissiper l'illusion de la séparation. Nombre de textes, depuis les écritures indiennes rédigées il y a des milliers d'années aux paroles contemporaines de maîtres tels que Ramana Maharshi ou Nisargadatta Maharaj, expliquent de manière limpide la réalité de la non-dualité. Les gens lisent ces livres, peut-être même beaucoup d'ouvrages de cette catégorie, et il se peut qu'ils en retirent un avant goût mental de l'authentique expérience non duelle, mais ces lectures ne sauraient, à elles seules, dissiper l'illusion de la séparation dans le corps. Pour transcender les puissants mécanismes dualistes de la psychologie, il ne suffit pas de concevoir le paradoxe de la non dualité et de l'accepter en surface; cela suppose un tout autre processus.
(Lee Lozowick, Éloge de la Folle Sagesse)





L'Entité séparée

Je suis parfaitement convaincu qu'il n'existe aucune personne ayant un libre arbitre, séparée de l'ensemble, et que la pluralité de la manifestation est toujours l'expression de l'unicité.

Une forme ne peut pas exister par elle-même sans son environnement.

Dans notre vision humaine, on se trompe quand on oublie que tout touche à tout, et que le lien, l'unicité, est la base de la multiplicité. Toute forma définie assujettit son environnement et est elle-même assujettie par son environnement.

Comment concevoir alors qu'une forme possède son propre libre-arbitre indépendant ? Et ceci n'est n'est pas une négation de certaines propriétés particulières des formes.

Dès notre prime enfance, cette conception que nous sommes une entité limitée, séparée, étanche, se possédant elle-même, nous est inculquée puis entretenue tout au long de notre vie par notre entourage et par les systèmes idéaux de notre société.

Or, le seul problème que nous ayons, c'est de nous attribuer des lois de la vie d'une façon personnelle. Le pronom «Je» permet de se définir en tant que forme humaine, et n'implique pas le sens de la séparation. Le problème va apparaître quand la pensée «moi» va s'approprier la forme «Je» et devient «Moi, je». Cette pensée «Moi» ignore ce qui permet «Je», ignore le mystère de la Vie, et se croit propriétaire des caractéristiques qu'il porte : «mon intelligence, mon hérédité, mon histoire, mon libre-arbitre, ma volonté», en oubliant ce qui permet que cela soit.
(Daniel Morin, Éclats de silence)


«Pas séparés, différents» (Swami Prajnanpad)



lundi 20 avril 2015

Fleur rime avec Coeur








Chronophonix : les origines






Chrono- : du grec chronos (χρόνος), signifiant le temps.

«-phone» : Du grec ancien φωνή, phone, «voix».


La musique est une voix qui évolue dans le temps.


Bien sûr, elle évolue aussi dans l'espace, en déplaçant de la matière (l'air).


Et puis, surtout dans la musique occidentale, il y a souvent plusieurs voix qui évoluent ensemble : c'est la polyphonie.


Il me fallait faire un choix, «aérospatiochronopolyphonix» était vraiment trop long et quasiment imprononçable, donc, j'ai élagué et gardé ce qui sonnait le mieux.


Et le «-ix», me direz-vous? Ben, on m'a appris à l'école que je descendais des Gaulois, alors, Astérix, Obélix, Idéfix, Suffix, Chronophonix !





dimanche 19 avril 2015

Dakar '92 : Mbalax, Jazz & Rap








Un clin d'oeil (et d'oreille...) à «Dakar '92», la première édition de la Biennale des arts à Dakar, Sénégal, en décembre 1992; j'ai eu en effet l'honneur et le plaisir de faire partie de la programmation musicale de cette manifestation consacrée cette année là aux arts plastiques, avec en prime toute une série de concerts aux quatre coins de la ville.


Dakar


Présentation, par G.E. Foadey, J.L. Pivin :

«Offrir dans Revue Noire un compact disc de musique d'artistes n'ayant jamais enregistré est un rêve que nous caressions depuis longtemps. Car si Revue Noire peut montrer, à travers ses caractères imprimés et ses images, peinture, sculpture, design, photographie, littérature... il y avait le monde de la musique où nous étions impuissants à tenir notre parti-pris « non critique » qui privilégie la forme au commentaire - seul notre choix étant critique.
Puis, un soir, dans une boîte de Dakar où jouait un orchestre, alors que nous parlions de cette difficulté première, François Belorgey a fait le pari de l'impossible : pari économique, pari de la qualité, pari d'une diversité à laquelle nous tenions chacun pour montrer que la musique d'un pays africain comme le Sénégal se composait non seulement des formes néo-traditionnelles comme le Mbalax ou le Yela, mais aussi des formes dites internationales comme le Jazz, le Blues et le Rap jouées avec le piment d'un fond culturel propre.
Ce disque s'inscrit parallèlement dans une logique de valorisation des moyens techniques de l'industrie musicale sénégalaise. Le Centre Culturel Français de Dakar, durant l'été 92, organisa dans le studio 24 pistes Xippi de Youssou Ndour, avec l'aide d'Afrique en Créations et du Conseil Francophone de la Chanson, une formation d'ingénieurs du son pour le Sénégal, le Mali, la Côte d'Ivoire, le Bénin et le Burkina Faso. Ce qui a permis « aux ingénieurs africains non seulement de connaître le matériel technique, mais aussi de produire les meilleurs sons sans dénaturer la musique africaine » dit Youssou Ndour, enthousiaste. L'aboutissement naturel de cette formation est le disque Dakar '92. Écoutez donc ces talents nouveaux ou confirmés à qui nous souhaitons que ce premier enregistrement soit suivi de bien d'autres.»


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