Un océan cosmique C'est lors de ma rencontre avec ce que l'on nomme la mort que j'ai pu voir ce qu'enseignent tous les sages de l'humanité depuis des temps immémoriaux : derrière les apparences de l'univers se trouve la réalité d'une Conscience unique et éternelle. En proie à une très forte fièvre et à des douleurs insupportables dues à une méningite, j'ai compris que mon corps ne supporterait pas longtemps cette secousse et accepté sans angoisse sa perte. Ma conscience s'est détachée de cette forme souffrante et j'ai pu accueillir calmement, sans peur, la mort qui venait. A l'instant où je lâchais prise, l'esprit abandonné, les sens rentrés, je fus immédiatement aspirée dans un flux puissant d'énergie. Silence. Il n'y avait plus aucune pensée, plus aucune sensation du corps, plus personne pour souffrir, comme si la densité du silence avait tout englouti. Restait une conscience, totalement lucide, grand-ouverte, sans limite, se sachant embrasser l'espace entier de l'univers tout en le laissant indistinct. Elle percevait tout, avec acuité et douceur. Elle se réalisait être la vie même, immobile et éternellement jaillissante. La lumière qui s'était dévoilée, englobant toute l'immensité et rendant l'espace perceptible de tous les « côtés » à la fois, était intense, éclatante sans être aveuglante, et permettait à la conscience de se reconnaître telle qu'en elle-même. Sensation de paix, de plénitude et de liberté, hors du temps. Le déploiement de la lumière n'était pas extérieur, n'occupait pas un monde objectif qui aurait été environnant. La lumière était perçue comme étant la substance même de la conscience. C'était bien une réalité non duelle qui était expérimentée, les perceptions reflétées dans ce champ lumineux étant l'expression même de l'expansion à l'infini de la conscience. L'intelligence consubstantielle à cette énergie lumineuse communiqua immédiatement, sans ambiguïté. Il n'y a pas de vie sans communication incessante… Tout était clair. La connaissance était directe, absolue et instantanée. J'étais investie de perceptions extraordinaires qui me dotaient d‘une compréhension profonde et subtile de la vie. Je compris la signification de l'univers, perçu comme un ensemble cohérent, un tout harmonieux qui me donna la certitude d'appartenir à une unité cosmique ayant un sens. Le « je » employé ici par commodité n'est pas celui de l'être existentiel qui avait alors disparu, mais qui cependant, par la grâce, peut dire maintenant ce qui fut révélé. Un amour indescriptible, absolu, m'enveloppait et me traversait. Toutefois, il n'y avait personne qui aimait et « je » n'avais personne à aimer. Il y avait seulement l'Amour, sans restriction, sans intention, nature même de cette énergie intelligente, vibration de la Conscience suprême rayonnante. Cette énergie cosmique impersonnelle soutient et pénètre toute chose. Elle constitue l'essence de chaque être vivant, animal compris. Tout est saturé de cette énergie, que nous en ayons conscience ou non.
Ce que l'expérience de vie après notre mort physique nous enseigne est que notre tâche, ici, sur cette terre, est de nous relier à cet Amour, de placer notre conscience dans cette perception de présence continue, de non-séparation avec cette énergie qui traverse toute chose. Dès que nous ressentons intensément cette énergie couler à travers nous comme à travers tout être, il n'y a plus alors de distinction bon/mauvais, de séparation moi/l'autre. Tout est identique en essence. Rien ne nous différencie jamais, si ce n'est notre esprit habitué à distinguer les innombrables formes de l'existence. Nous pouvons réaliser ceci sans attendre notre mort physique. Touchés par cette vérité qui ne pourra jamais être atteinte par la pensée, mais par un vécu profond de ce que la vie nous propose, nous nous libérons ainsi de la confusion et des oppositions produites par l'esprit. La conscience, capable désormais d'intégrer toute la réalité de façon harmonieuse, sans entrave, demeure liée à la Conscience suprême, au cœur même de l'existence quotidienne. C'est avec cette communion constante que le monde est alors regardé. Une fois que tout notre être a été imprégné de l'universalité de la conscience, il ne nous est plus possible de rester dans une perspective duelle. Vaquant désormais à nos occupations habituelles sur un fond de sérénité et de silence intérieur, nous nous sentons légers, détendus, en harmonie avec notre centre profond, sans besoin de nous rattacher au sentiment d'un moi sans véritable réalité. Nous prêtons moins d'attention aux pensées, aux sentiments, aux émotions qui désormais viennent et disparaissent sans laisser de traces. Nos attachements, nos désirs, nos attentes s'effacent peu à peu et tout naturellement…
Dans cet état si proche de la mort que j'ai connu, il n'est plus possible de s'identifier à notre corps, à notre rôle social, notre culture, notre religion, nos actes, nos passions, nos divertissements, notre sexe, notre tempérament, notre personnage sur la scène du monde, tout ce catalogue que nous prenons pour notre identité personnelle. Ce qui demeure, la conscience, ne dépend pas de ce moi empirique. Or, nous assimilons habituellement notre conscience à l'univers objectif qui l'occupe et nous la réduisons à tous les éléments dont nous voyons les effets sur notre personnalité et sur notre existence. La conscience ordinaire se résume à être conscient de quelque chose. L'absence d'objet est même considérée comme une « perte de conscience ». Tous les êtres humains possèdent une conscience d'eux-mêmes et de leur environnement, mais peu arrivent à discerner clairement la pure conscience, originelle, vide, d'avec la conscience du corps, des pensées et des objets. Ordinairement, ces expressions de la vie sont confondues avec leur source. L'identification, non plus avec le corps et les pensées, mais avec la conscience dans la lumière de laquelle tout est manifesté, est la réalisation de la véritable Réalité. Pendant toute cette « expérience » de mort physique, ma conscience était silencieuse et inactive sur le plan phénoménal et cependant bien présente. Toute objectivation était absente, laissant la lumière se déployer dans ce vide. C'était une conscience pure, consciente d'elle-même. Celle-ci ne se projette pas dans le temps, ni dans l'action; elle n'est pas oublieuse d'elle-même par l'identification aux objets, comme peut l'être notre conscience ordinaire impliquée dans un corps, étouffée par l'existence quotidienne. Ce que nous sommes réellement, par-delà toute mort et toute naissance, est vide d'objet, seulement conscience-de-soi. La conscience originelle ne peut se déployer que dans ce vide où sujet et objet sont absents, où l'esprit est suspendu et la durée non projetée. La mort est l'occasion de réaliser notre vraie nature, cette ouverture sans intention, où la conscience est laissée à elle-même. La Vie réside dans cette conscience, jamais née, jamais morte, se tenant en elle-même, déployant à l'infini la lumière significatrice d'Amour. Je Suis conscience, c'est là ma véritable identité, éternelle. Nicole Montineri http://www.laconscience-espace.com/articles.html
La même Evidence, sans personne, sans pensées, "vécue" lors du même passage par la mort clinique.... Que dire de plus, que dire de mieux?
«L'amour est la source de toute chose. Il est l'expression même de la vie dont le flux ne tarit jamais. Il est l'énergie qui imprègne l'univers entier de ses vibrations, qui le pénètre et le soutient. Chaque infime élément de la totalité est traversé par cette énergie impersonnelle, sans condition, sans limite. Elle est l'espace vibrant de la vie, silencieux et vide. L'amour est cette énergie qui « meut le soleil et les autres étoiles » (dernier vers de la Divine Comédie de Dante). Il ne peut donc procéder de la volonté personnelle, de savoirs, d'ascèses… Il ne peut se plier à nos désirs égotiques. L'amour ne demande rien, n'exige rien. Il est juste une expression perpétuellement jaillissante de la joie, essence de la vie. Il ne peut être source de souffrance. Seul l'attachement l'est. On le cherche sans cesse alors qu'il est toujours présent. Tout le monde le cherche, même ceux qui semblent le refuser. Nos recherches sont maladroites, confuses, parce que menées sous l'autorité compulsive de nos ego. Nous essayons d'aimer… alors que nous sommes l'amour que nous cherchons ! Il est la nature de la vie, il est ce que nous sommes. On ne peut donc l'avoir, le posséder. Nos ego ne pourront jamais embrasser cette énergie, ils seront toujours déçus... Nous ne pouvons que répondre spontanément à sa vibration, à partir de notre propre cœur qui vit au rythme du Cœur cosmique. C'est cette obsession de la quête d'amour qui détourne de la présence continue de l'amour. La quête ne peut s'apaiser que lorsque l'amour est reconnu pour ce qu'il est. Il nous appelle donc à nous intérioriser, à retourner à sa source silencieuse. Alors on le voit en toute chose… Il est toujours là et se révèle comme la trame de la vie, ce qui soutient l'univers, dans le silence de la conscience, désencombrée du bruit du moi et du mental.»
«On attribue souvent à l'amour une coloration sentimentale. On le voit là où n'existe qu'une dépendance affective ou un attachement exclusif à un être. Ce soi-disant amour se nourrit de nos espoirs, de nos attentes, de nos besoins de protection, de nos désirs de posséder ou de dominer l'autre. On exige de lui qu'il satisfasse tous nos désirs, nos rêves, nos illusions de sécurité. On s'efforce de le faire entrer dans le monde conflictuel de nos petits moi crispés sur des peurs et des blessures. L'amour n'est pas à notre service personnel. Il est absent là où il y a attente, possession, soif de sécurité, besoin de posséder. L'esprit manipulateur et instable ne peut le toucher. L'amour échappe à toute emprise mentale. Il est libre, comme la vie. C'est le besoin égotique de sécurité qui crée ce désert que nous persistons à appeler amour. Or, l'amour ne peut s'exprimer que lorsque l'illusion du moi distinct a été dépassée. Il ne force pas l'entrée de la carapace forgée par l'ego. Il n'est pas l'expression d'un processus mental et ne se provoque pas. Il nous pénètre librement lorsqu'il n'y a plus personne qui poursuit quelque chose, lorsque l'esprit se calme, lorsque nous sommes en profondeur au cœur de la vie. Il s'offre à nous dès que le moi s'oublie dans l'espace de paix qui se dévoile. Nous bloquons en permanence son mouvement intense en nous exprimant sur le mode de la crainte ou du refus. Nous ne sentons pas que nous sommes reliés à la totalité, nous nous percevons comme des êtres séparés, isolés, agressés par un monde hostile qui ne répond pas à nos désirs. Nous nous isolons, nous nous fermons à l'énergie qui anime l'univers. Nous nous attachons à des êtres, mais nous manquons de confiance, qui est l'expression spontanée de l'amour. Nous sommes incapables de rester ouverts, sans motif, dans une attention sensible renouvelée d'instant en instant, qui dévoile notre vulnérabilité mais aussi notre grandeur. Lorsque nous sommes cet accueil, nous rencontrons l'amour à chaque seconde de notre existence, dans chaque petite chose ordinaire de notre quotidien, un geste tendre, une écoute patiente, une parole bienveillante. Il se trouve dans le respect du chemin de chacun, dans l'attention sensible à la souffrance d'autrui, dans le soin à un corps affaibli, dans l'acceptation de l'impermanence au cœur des êtres et des choses. C'est au sein du silence de notre être profond que l'amour est perçu. Nous le sentons émerger de ce silence, nous traverser et se diffuser librement autour de nous. Dès que nous le laissons être en contact direct avec notre espace intérieur, dans l'effacement du moi, il se déploie, touche chaque être côtoyé et revient, inaltéré, à sa source. Cette énergie est d'une intensité incroyable et cependant sa vibration nous pénètre avec douceur. Nous nous sentons alors tellement vastes que nous ne pouvons plus infliger aux autres et à nous-mêmes de la souffrance. Nous vivons sans peur. Nous portons un regard unifié sur les êtres humains, sur les animaux, sur la nature, sur la vie. Nous nous plaçons dans une perception de présence continue, de non séparation. La paix s'installe dans cette fluidité du présent continu. Chaque évènement est vécu dans une ouverture sans condition. C'est ce qui m'a été donné de réaliser dans un élan de confiance absolue, puis d'absorption dans le vide et le silence cosmiques, la connaissance dévoilée émanant de cette absorption. Nous nous découvrons comme étant l'énergie même du cosmos, libres avec sa liberté… Cette connaissance est la lumière même de la conscience.» Nicole Montineri En partage, ces mots de ce qui s'est dévoilé lors du même "voyage" par delà la mort, pour accueillir cœur grand ouvert tout ce qui arrive, instant après instant...