lundi 7 février 2022

Franklin Merrell-Wolff : Le symbolisme du papillon








LE SYMBOLISME DU PAPILLON, par Franklin Merrell-Wolff.
(Expérience et philosophie, tome I)

Le cycle de vie qui va de l'œuf, de la chenille et de la chrysalide jusqu'au papillon, constitue l'un des meilleurs symboles du progrès de l'âme offerts par la nature, depuis la naissance dans le monde, en passant par le développement de la conscience dualiste, jusqu'à la culmination finale de la transition de la Conscience transcendantale par la seconde naissance. Comme notre intérêt est centré sur la deuxième naissance, nous sommes préoccupés tout d'abord par la transition de la chenille au papillon, plutôt que par la naissance de la chenille. Celle-ci représente la vie au niveau dua­liste, c'est-à-dire la vie égocentrique. Le papillon sym­bolise la Conscience cosmique ou transcendante, alors que la chrysalide représente bien l'épreuve de la transi­tion, appelée « passion » dans le christianisme et culmi­nant dans la crucifixion.






La vie de la chenille se réduit à ramper sur des sur­faces, et ainsi on peut dire qu'elle représente une forme de conscience bi-dimensionnelle. Le premier souci de cette vie est la nourriture, et cette conscience ne peut rien comprendre sauf en termes d'utilité grossière. Par conséquent, la philosophie typique de la chenille — si tant est qu'on puisse assumer de sa part une conscien­ce-propre lui permettant de développer une philosophie — doit être de telle sorte qu'elle accorde réalité et valeur à cela seul qui affecte la sensation, surtout par rapport à la nutrition. Ainsi, les idées ne seraient signifiantes que dans la mesure où elles servi­raient à obtenir une vie sensuelle plus pleine et à pro­curer des commodités matérielles.






Par un contraste radical, la vie du papillon implique le mouvement libre de l'air et symbolise très bien une conscience à trois dimensions. Le souci premier de la vie d'un papillon est l'accouplement et la ponte des œufs, la nourriture étant réduite à une position claire­ment subordonnée. De plus, sa nourriture typique se ramène à des fluides, ce qui est en contraste frappant avec la nourriture grossière de la chenille. La vie et la philosophie du papillon peuvent être conçues comme centrées sur la créativité et la joie, de sorte que la beauté devient une fin en soi remplaçant l'utilité gros­sière. La réalité et la valeur ont donc pour le papillon une signification complètement différente, qui dépasse tout à fait la compréhension de la chenille. La chrysalide représente un stage où la chenille meurt en tant que chenille. Pour la conscience de che­nille, cela doit apparaître comme une annihilation ou une « extinction » — tel que le nirvana apparaît au regard de la conscience non-éclairée. Mais vue de l'autre côté pour ainsi dire, la chrysalide est la porte ouverte sur la vie libre du papillon.





La conscience du papillon a certains avantages très évidents. Comparé à la chrysalide, le papillon évolue dans un monde d'une compréhension infiniment plus vaste. Il vit dans l'espace avec le pouvoir de revenir vers des surfaces. Il est donc en position de comprendre pleinement les relations de surface, qui incluent tout le domaine de la chenille. Mais en outre, il connaît un monde infiniment plus riche et que la chenille ne connaît absolument pas. De plus, il connaît la relation entre surface et profondeur, pouvant ainsi maîtriser les problèmes liés aux surfaces et qui dépassent tout à fait les capacités de la chenille.





Ce symbole est d'une beauté particulière. Les restric­tions de la vie de chenille représentent fort bien les limites de la conscience dualiste. Depuis cette conscien­ce, les problèmes définitifs de la philosophie demeurent sans solution satisfaisante, et impliquent souvent des contradictions irréconciliées. Or, ces solutions sont atteintes et ces contradictions réconciliées par ceux qui se sont éveillés aux niveaux transcendantaux. Cela est dû au fait que ceux-ci jouissent d'une perspective sur­élevée — symbolisée par le papillon — et ainsi peuvent comprendre le monde « surfaciel » ou dualiste par l'in­tégration plus haute de l'espace, qui représente ici la Conscience plus élevée. Mais tout comme le monde du papillon est inconcevable pour la chenille, ainsi l'inté­gration de l'Homme divinement conscient ne signifie rien pour ceux qui n'ont aucune saisie de la Réalité dépassant la simple conscience dualiste. Ainsi donc, sans quelque degré de Reconnaissance, les philosophies de gens tels que Platon et Hegel ressemblent à quelque chose de purement abstrait et sans substance. Indubitablement, ces philosophies supérieures ne sont en général pas intéressées à la simple production de valeurs sensorielles ou expérientielles, et elles accor­dent certainement une place très subordonnée à la nourriture ainsi qu'aux conforts physiques. Mais lorsque ces philosophies sont perçues à partir de la Conscience sur laquelle elles reposent, on voit qu'elles se concentrent avant tout sur les actualités substan­tielles (NDT : se rappeler que « substantiel » a ici le sens de « ce qui existe en soi et par soi »). Elles sont écrites à partir de la vraie Conscience.Les philosophies du genre néo-réaliste, pragmatiste et naturaliste, sont conçues à partir de la conscience « surfacielle », symbolisée par la chenille. Du moins, c'est cette dernière forme de conscience qui domine.
Mais si nous nous restreignons au point de vue de la chenille (la conscience dualiste), les propagateurs de ces philosophies ont en effet le dessus. La base définiti­ve qui leur donne leur autorité est soit les données des sens, soit celles qui sont dérivées de ceux-ci. Leur thèse finale affirme que seul ce qui est objectif (relié aux objets) est réel. Sur leur propre terrain, ils sont apparemment irréfutables, mais pour chaque Homme qui s'est éveillé à la « Connaissance par Identité », ils apparaissent immé­diatement en mauvaise posture. Un Platon sait, sans aucun doute possible, qu'il a raison substantiellement, mais il peut très bien être incapable de faire guère plus pour la conscience de chenille, que de suggérer une Réalité dépassant le niveau de celle-ci. Il en résulte que le conflit ergoteur entre ces deux grands groupes de philosophie est largement une perte de temps, puisqu'il ne peut y avoir d'entente sur des reconnaissances fon­damentales. Chacun peut argumenter avec satisfaction à partir de son point de vue, mais il n'en résulte qu'une sorte de boxe à vide qui ne réussit guère à convaincre l'adversaire. L'homme éveillé Connaît l'insuffisance de la reconnaissance des chenilles, mais il ne peut le prouver à l'homme de type « chenille ». Par ailleurs, ce dernier ne peut saisir la Reconnaissance de l'être éveillé, à moins qu'il ne s'éveille lui-même. La consé­quence, c'est l'impasse — à moins que l'homme-chenille ait des pressentiments d'un Au-delà.
De tous ceux qui sont limités dans leur conscience, ceux qui perçoivent le problème principal de l'humanité comme étant lié à l'économie, sont les plus attachés au niveau de la chenille. Pour eux, la vie est centrée sur la nourriture grossière et les plaisirs physiques, ce qui est précisément la caractéristique principale de la chenille réelle. C'est une vision piteusement limitée. Un accrois­sement de nourriture ne peut produire que des chenilles plus grosses. Cela ne peut jamais résoudre la cause prin­cipale de la misère humaine. Pour que l'homme connais­se la joie qui demeure, il doit être transformé au point de pouvoir entrer dans une vie libre, symbolisée par le papillon. Il est indubitablement vrai que certaines che­nilles humaines ont besoin d'engraisser avant d'être prêtes à intégrer et à traverser le stade de chrysalide, mais il est également vrai que plusieurs sont mainte­nant prêtes pour cette transition et gaspillent leur temps à devenir des chenilles surfaites. Si ces dernières pensent servir l'humanité en poursuivant ainsi, elles se leurrent elles-mêmes. Lorsqu'elles se seront éveillées, et seulement alors, elles pourront servir de façon compé­tente cette humanité, même en ce qui concerne les pro­blèmes de l'organisation sociale et économique.





La principale signification de la chrysalide est la sui­vante : le fait d'intégrer la liberté de la vie spatiale n'est possible qu'en mourant au niveau de la chenille. La simple évolution du point de vue de la chenille ne produit que des chenilles plus grosses et plus juteuses. Il vient un temps où l'homme doit tourner le dos à toute forme de vie symbolisée par la conscience du sujet/objet, s'il ne veut pas être pris dans l'impasse d'une existence stérile et gaspillée. Bien sûr que du point, de vue inférieur, cela implique une brève période d'ascétisme fondamental sous une forme quelconque. Mais le but est quelque chose d'infiniment plus riche que tout ce qui est contenu dans la vieille vie, et en outre, c'est tout sauf ascétique. L'attachement aux valeurs plus restreintes agit comme obstacle à la recon­naissance des valeurs plus étendues. C'est là un princi­pe connu, même à l'intérieur de la vie ordinaire. Il s'applique avec encore plus de force en ce qui concerne l'accès aux Valeurs suprêmes. Pourtant, plusieurs humains s'attachent à des valeurs qui ne sont guère que des jouets, et refusent ainsi de prendre les mesures qui leur ouvriraient une vie de gloire, de liberté et de pouvoir. N'est-ce pas là la folie suprême ?









samedi 7 août 2021

The Doors : The End





In Memoriam : Ray Manzarek

«Le claviériste Ray Manzarek, qui avait fondé en 1965 avec Jim Morrison le groupe The Doors, est mort lundi 20 mai à l'âge de 74 ans.» (Lire l'article)




The Doors est un groupe de rock américain fondé en juillet 1965 à Los Angeles, Californie et dissous en 1973, deux ans après la mort du chanteur Jim Morrison. (Suite sur Wikipedia)







J'ai choisi le morceau "The End", extrait du premier album, et authentique chef-d'oeuvre dans l'histoire du Rock, tant pour la musique que pour le texte. Ceux qui ont vu "Apocalypse Now" se souviendront...


THE DOORS
"The End"


This is the end
Beautiful friend
This is the end
My only friend, the end

Of our elaborate plans, the end
Of everything that stands, the end
No safety or surprise, the end
I'll never look into your eyes...again

Can you picture what will be
So limitless and free
Desperately in need...of some...stranger's hand
In a...desperate land

Lost in a Roman...wilderness of pain
And all the children are insane
All the children are insane
Waiting for the summer rain, yeah

There's danger on the edge of town
Ride the King's highway, baby
Weird scenes inside the gold mine
Ride the highway west, baby

Ride the snake, ride the snake
To the lake, the ancient lake, baby
The snake is long, seven miles
Ride the snake...he's old, and his skin is cold

The west is the best
The west is the best
Get here, and we'll do the rest

The blue bus is callin' us
The blue bus is callin' us
Driver, where you taken' us

The killer awoke before dawn, he put his boots on
He took a face from the ancient gallery
And he walked on down the hall
He went into the room where his sister lived, and...then he
Paid a visit to his brother, and then he
He walked on down the hall, and
And he came to a door...and he looked inside
Father, yes son, I want to kill you
Mother...I want to...fuck you

C'mon baby, take a chance with us
C'mon baby, take a chance with us
C'mon baby, take a chance with us
And meet me at the back of the blue bus
Doin' a blue rock
On a blue bus
Doin' a blue rock
C'mon, yeah

Kill, kill, kill, kill, kill, kill

This is the end
Beautiful friend
This is the end
My only friend, the end

It hurts to set you free
But you'll never follow me
The end of laughter and soft lies
The end of nights we tried to die

This is the end







 


"Dans les années 60, Jim Morrison a dit des choses qui ont été considérées plutôt choquantes à l'époque. Mais je suppose que de nos jours, si vous ne preniez que les mots, ils apparaîtraient tout à fait normaux. Ceci dit, je vais vous dire une chose : le vieux Jimmy, c'était pas des mots choquants qu'il voulait lancer...Il parlait du marécage où nous vivons, vous et moi. Ouais...Et il y a toujours autant de boue. Vous savez bien. Oui, c'était de ça qu'il parlait... Si Jimmy était vivant aujourd'hui, du moins sous une forme reconnaissable, il continuerait de s'adresser à la partie de nous que nous ne voulons pas voir, que nous ne voulons pas connaître." Lee Lozowick (Le coeur Eternel de la Voie, session XV)



La tombe de Jim Morrison, au cimetière du Père Lachaise, Paris.

jeudi 6 mai 2021

Gino Vannelli : Ugly Man







"Ugly man" : un titre parmi tant d'autres, que j'aime particulièrement pour son équilibre entre le texte, la mélodie et les harmonies. J'ai d'ailleurs fait il y a longtemps un relevé de cette chanson, après vérification, il s'est avéré relativement exact! Alors, avis aux amateurs de beaux accords...


Who am I

To the rabble and the wise
Am I just a young and shallow face that years erase
Am I more than that
Oh do they wonder how can I
Bring the world beneath this guise
In the silence of my languished soul
Lies a truth unknown
Oh yes I am
I am just an ugly man
Alone

I work no day with self deception
All that I am
Is one common grain of sand
But the sun does rise for every man alive
And how my heart is clear cause I have from what I do
And I do just what I am

Oh no man is born a starless sky 'neath his naked hide
Lord yes I am
Maybe I'm a lucky man
Inside


En savoir
plus












lundi 3 mai 2021

Lee Lozowick : Le Mensonge






Le mensonge

Il y a des années, j'en suis arrivé à la certitude que personne n'est sain d'esprit. Nous sommes tous malades. C'est à qui sera le plus détraqué et ces propos s'appliquent aussi à nombre de soi-disant maîtres spirituels. Cependant, même malades, certains d'entre nous ont la possibilité d'avancer sur la voie ; d'autres pas, et l'appartenance à l'une ou l'autre catégorie n'a rien de personnel. Cette maladie tient essentiellement à une identification erronée. Non que nous soyons fonctionnellement abîmés, mais nous nous prenons pour ce que nous ne sommes pas. Chaque fois que nous disons « je t'aime » à notre amoureux ou amoureuse, nous ne savons pas de quoi nous parlons – à moins que nous soyons vraiment plus sensibles, aimants et compréhensifs que la plupart. En général, quand un homme dit à sa compagne : « Je t'aime », cela signifie : « Tout s'est assez bien passé aujourd'hui. Tu as fait exactement ce que je voulais que tu fasses et, au fait, tu as de beaux nichons. » Comme les femmes adorent s'entendre dire qu'elles sont aimées, la compagne en question répond : « Moi aussi je t'aime, chéri. » Ce qui signifie en fait : « Si tu ne me rends pas heureuse ce soir, je te botterai le cul demain. »

Nous avons tous tellement de projections, d'attentes par rapport à la vie... Les choses sont censées être comme ci et pas comme ça, elles doivent être comme nous voulons qu'elles soient, comme nous aimerions qu'elles soient ou espérons qu'elles seront un jour, ou encore comme nous nous souvenons qu'elles furent. Nous avons des projections quant à la nature de Dieu, de l'illumination, de la vérité ; les gens que nous connaissons, de même, d'ailleurs, que ceux que nous ne connaissons pas, sont comme ci, comme ça, devraient être comme ci ou comme ça... Nos projections et opinions diffèrent selon les parents que nous avons eus, notre éducation, le milieu dans lequel nous avons grandi.

C'est en fonction de nos préjugés plus ou moins subtils que nous regardons les autres ; nous les trouvons attirants ou antipathiques, nous avons envie de leur plaire, ou pas, et ce sont ces critères qui déterminent ce que nous pensons de tel ou tel : « Il a l'air très intelligent », ou : « Il a l'air stupide ». Tout ceci se fait inconsciemment. Nous nous forgeons une idée de quelqu'un en fonction de son apparence, de sa classe sociale. Donc, nous sommes pleins de projections, d'attentes, d'opinions... Et à la tombée du jour, au moment de mourir, tout cela n'a plus aucun sens et ne fait que renforcer l'illusion de la séparation.

Tant qu'il s'agit de regarder les autres, l'étendue et l'absurdité de leurs projections nous apparaît évidente. Nous voyons bien à quel point les problèmes d'autrui sont subjectifs et souvent artificiels. S'ils se détendaient, prenaient un peu de recul et voyaient les choses du bon côté, tout irait bien. Mais dès qu'il s'agit de nous, si quelqu'un nous dit : « Écoute, dé-tends toi ! », nous pensons : « Moi, ce n'est pas la même chose. Mes problèmes n'ont rien d'absurde, ils sont réels, importants. » Nous sommes identifiés à notre monde subjectif sans réaliser qu'il n'est pas plus réel ou important que celui de n'importe qui d'autre.


C'est à grande échelle que nos existences sont factices. Tout ce que nous faisons – tout, sans exception – est dicté par l'ego. Tous nos choix sont déterminés par l'ego. Le mieux que l'on puisse espérer d'une existence non consciente, c'est que les choix faits par l'ego soient relativement bienveillants ; que nous choisissions la bonté plutôt que la cruauté, de faire la paix et non la guerre ; de nous montrer généreux plutôt que crispés sur nos richesses ; et que nous puissions vivre une existence relativement détendue, saine et heureuse. Tant que c'est l'ego qui décide, il est impossible d'aller plus loin et de vivre une vie réelle. La conscience du monde endormi est aussi différente de la conscience éveillée que les êtres humains des cochons. Et je n'exagère pas. Groin groin.

Soit nous percevons le monde à travers un voile d'illusions, soit nous le voyons tel qu'il est. C'est tout ou rien, sans nuances. Si la Vérité peut s'exprimer très simplement, en quelques minutes, c'est une tout autre affaire que de l'incarner instant après instant. Dans les grandes lignes, il existe deux catégories d'êtres humains : la première, de loin majoritaire, se caractérise par un total égocentrisme. Si nous relevons de cette catégorie, nous voyons le monde entier en fonction de notre intérêt personnel : « Que vas-tu faire pour moi ? », « En quoi cela va-t-il me servir ? » La demande que nous adressons au monde est toujours la même : « Vas-tu me donner du plaisir, de l'argent, de la gloire, du pouvoir ? « Cette attitude ignore complètement la vérité de la non-séparation. L'autre manière de se situer, très rare – et dont on pourrait dire qu'elle est en fin de compte égoïste –, pourrait être formulée ainsi : « Plus je sers les autres, plus je me sers moi-même. Je vais servir, uniquement parce que c'est mon intérêt. » Là encore, on en revient à moi. Il n'y a qu'un seul Soi. Ce Soi, chacun d'entre nous l'est. Mais il importe que cette connaissance ne soit pas seulement un lieu commun philosophique.

La vie spirituelle consiste à déchirer les voiles de l'illusion afin que nous puissions voir les choses telles qu'elles sont alors qu'ordinairement nous ne percevons la réalité qu'à travers des couches très épaisses. Nous voyons les choses comme notre psychologie exige que nous les voyions afin d'alimenter la dynamique qui lui est propre. Peut-être voulons-nous la vérité ; il se peut même que cette aspiration à la vérité nous conduise à la chercher ou à trouver un maître ; mais le seul fait d'aspirer à la vérité ne nous rend pas capables de la percevoir telle qu'elle est. Si c'était aussi simple, nous n'aurions pas besoin de la vie spirituelle. Les pratiques et le maître seraient inutiles. Ce serait bien, non ?


dimanche 4 avril 2021

Sœur Marie Keyrouz : Inna-I malak (Office de Pâques)







«Quand tu chantes, tu pries deux fois !» 
(Sœur Marie Keyrouz)








mercredi 10 mars 2021

Lee Lozowick : Poursuivre l'Amour jusqu'au bout







UNE FOIS QUE VOUS AVEZ DÉCOUVERT L'AMOUR, POURSUIVEZ-LE JUSQU'AU BOUT

Lorsque des relations naissent dans le contexte d'une vie dédiée à Dieu, il est important de ne pas vous conduire comme vous le feriez dans le cadre habituel des relations ordinaires. Le résultat final de l'amour authentique est la dissolution du «je » dans l'objet de l'amour. Avant d'en arriver à ce résultat, ce qui persiste de l'ego vous fait vous languir, désespérer, souffrir émo­tionnellement, et il n'y a rien à faire pour remédier à cet état, si ce n'est aimer encore plus.

Lorsque les gens tombent amoureux de façon conven­tionnelle, ils disent : « Pourquoi aimer plus ? Je n'en retire que des souffrances supplémentaires. Avant d'être amoureux, je ne ressentais rien de cela. » Mais la vérité est que vous ne pouvez pas aimer moins que vous ne le faites, et que vous ne pouvez pas rester là où vous en êtes ; alors, même si vous avez l'impression que d'aimer plus vous occasionne d'autres souffrances, la seule façon de sortir de cette situation est d'en passer par elle. Donc, il faut vous jeter éperdument dans l'amour, jusqu'à ce qu'il vous consume. Il n'y a pas d'autres réponses à donner ; il n'y a pas de solution de facilité pour en sortir. Une fois que l'amour vous a fait prisonnier, il faut que vous le laissiez vous consumer, sinon vous souffrirez, vous vous affligerez, vous vous languirez de lui et vous vous en sentirez séparé. Il n'y a pas de juste milieu. Une fois fait prisonnier, vous êtes bel et bien prisonnier. Une fois mordu, vous êtes bel et bien mordu. Il n'y a pas moyen d'y échapper. C'est pourquoi, si vous n'êtes pas encore « tombé » amoureux, votre heure est venue d'envisager ce que cela veut dire. Pas de demi-mesures. Une fois que l'amour vous a tou­ché, vous devez le poursuivre jusqu'au bout.

Lorsque vous tombez amoureux, il y a toujours une gradation dans la chute ; des restes de désirs conven­tionnels vous poussent à vouloir agir comme vous avez appris que vous devez le faire - il faut que vous possé­diez l'objet de votre amour, que l'autre vous serve à quatre pattes, qu'il vous parle comme vous le voulez, qu'il ressemble à ce que vous souhaitez, qu'il fasse preuve à votre égard de sensibilité, de romantisme et de délicatesse. Autant de désirs normaux et compré­hensibles. Néanmoins, avec cet amour d'un autre ordre, la seule façon de traiter le fait que vous vous languis­sez de l'objet de votre amour, que vous le désirez, que vous souffrez d'en être séparé, est de vous laisser consumer par lui. Point d'état intermédiaire. Jusqu'à ce que vous soyez consumé, vous souffrirez, vous le désire­rez, votre soif restera inassouvie, mais une fois que vous serez consumé, vous serez bel et bien consumé pour toujours. Une fois que l'amour vous a emprisonné, ne serait-ce qu'un tout petit peu, la seule façon de lui échapper est d'en passer par lui.

En conséquence, si vous n'êtes pas encore tombé amoureux, il est encore temps de prendre vos jambes à votre cou et de vous éloigner aussi loin que possible de tout ça. Ne recherchez plus la vie spirituelle, ne pensez plus à Dieu, ne vous émerveillez plus. Si vous n'avez pas encore été mordu et ne tenez pas à l'être, filez, par­tez en quatrième vitesse. Ne vous occupez plus de ce truc jusqu'à une prochaine vie, jusqu'à ce que vous soyez prêt. Parce qu'une fois que vous êtes piégé, la seule façon de vous en sortir est d'y rentrer complète­ment, et d'être consumé par cet amour.

Lorsque l'amour vous a consumé, il n'y a plus d'ego. Il n'y a plus personne pour souffrir, pour être paumé, pour se tordre de douleur ou crever de désir. Il n'y a plus d'individu pour faire référence à toutes ces choses, parce que votre désir est le désir du partenaire. Si le désir du partenaire est de ne pas être avec vous, alors c'est aussi votre désir. Point de souffrance, point d'an­goisse, point de chagrin, seulement : « Bon, ce sont les cartes qui m'ont été distribuées. » Bien sûr, en tant qu'amant vous devez vous sacrifier. Mais, une fois que vous avez été consumé par l'Amour, le mot sacrifice ne peut même plus s'appliquer.

C'est mon boulot que de vous faire passer de l'autre côté. A proprement parler, mon boulot n'est pas de vous faire passer, parce que je n'en suis pas capable. Mais mon boulot est de vous « guider » convenablement, afin qu'au moins, en cours de route, vous ne vous perdiez pas dans les montagnes, vous ne tombiez pas dans les criques et ne vous y noyiez pas. A la rigueur, cela, je peux le faire, si vous m'en laissez la possibilité.