dimanche 6 mars 2016

Élise Caron : Jacques a cent ans






Je vous propose d'écouter un morceau extrait de l'album "Chansons pour les petites oreilles", album que je considère pour ma part comme un chef-d'œuvre, tout minimaliste qu'il soit.





«Je me sers de mes dix doigts
Et pour les pauvres et pour les rois
Et n'obéis qu'à ma joie
Ma joie c'est ma loi»
(Élise Caron)





samedi 5 mars 2016

Commentaire sur l'instant créatif




Le commentaire, par Lise : C'est curieux ,cet article me parle de deux créations: Il y a "créer" quand je prend contact avec ma source ponctuellement. Il y a "se créer" quand le contact devient si fréquent que la vie le porte comme une éclosion permanente. Et cela me renvoie à l'expression "l'art de vivre" .

C'est bien comme ça que je définirais l'art de vivre : une création/improvisation permanente de soi, par connexion permanente à la source. La notion même de permanence finit par se dissoudre dans l'instant toujours renouvelé, seconde après seconde; les deux créations que tu évoques m'apparaissent une : au moment où je crée, je "me" crée simultanément, la création et le créateur naissant ensemble sous le regard impersonnel de la conscience. Pour celui qui crée par connexion ponctuelle avec la source, mais qui se croit encore l'auteur de sa création, le processus est le même, mais n'est pas perçu dans son essence (ce fut le cas pour moi pendant longtemps).

Pour celui qui se relie à la source "en permanence", c'est à dire en une somme de ponctualités si rapprochées qu'elles finissent par apparaitre comme une permanence, le regard de la conscience est nécessairement là, il est lui-même la source. En ce qui me concerne, ce n'est jamais acquis une fois pour toute, il me faut cultiver une grande vigilance intérieure pour rester connecté, et c'est là que l'idée du choix peut s'insérer : entre l'état conscient (connecté à la source) et l'état inconscient (déconnecté de la source, identifié, emporté par les pensées, etc...), c'est comme s'il y avait un "no man's land", une zone très fine, évoquée par cette phrase d'Andrew Cohen : "Cela veut dire vivre perpétuellement sur le fil de la vie, à la pointe de son avancée – là ou la floraison de l’esprit en tant qu’évolution se produit à tout instant." et qu'en ce lieu fugitif, il existe un choix d'être conscient ou non. Et cet endroit subtil, quelque part, c'est aussi moi. Dire cela n'est qu'un principe explicatif, mais je n'en trouve pas d'autre pour l'instant. Et ce moi là a un pouvoir de choix, ce moi là m'autorise à trouver une corrélation entre l'expérience vécue et l'idée de choix telle que l'évoque Andrew Cohen dans cette vidéo.




Pour finir, un extrait d'une interview de Stephen Jourdain, où il évoque admirablement cette idée du "geste intérieur" qui nous est toujours possible de faire, mais qui implique une vigilance de tous les instants, en ce qui me concerne en tout cas. (Je ne le répèterai jamais assez!)  

" Pendant les deux années qui ont suivi mon « éveil », il a été constam­ment à ma disposition. En­core que rapidement, quel­ques jours seulement après cette soirée, j'aie découvert que l'accomplissement du « geste » pouvait devenir, en certaines heures, une ba­taille redoutable. Habitant des abysses, j'avais brus­quement fait surface, je savais faire l'acte qui me maintenait la tête hors du flot (pour que la métaphore soit parfaite, je dois identi­fier cet air libre à l'acte); d'abord la mer avait été d'huile, mais maintenant le vent s'était levé, j'appre­nais l'existence de la houle, et tout en continuant de posséder la connaissance du geste à faire, je devais lutter terriblement pour l'accomplir. En fait, durant ces deux années, il y eut pas mal de houle, mais tout de même ce fut l'état de grâce, un temps fabuleux où « l'éveil » brûla constam­ment, où je fus constam­ment la vérité de moi- même. Puis après ces deux années, quelque chose peu à peu s'est détraqué, s'est faussé, il m'est devenu de plus en plus difficile et bientôt presque impossible de faire le « geste ». Avant de poursuivre, je crois que je dois essayer de vous donner une idée de cet acte : Regard de conscience totale trouvant, avec la sû­reté de la flèche, le centre, la source, la vérité de l'es­prit, et se croisant lui- même... Remontée à con­tre-courant de soi-même, à travers l'acier des vérités, de la Vérité elle-même, à travers toutes les concep­tions, toutes les opinions, toutes les intentions et tous les programmes de l'esprit, jusqu'au contact authenti­que avec soi — jusqu'à « l'éveil », sommet depuis quoi, en vérité, l'ascension a été faite, depuis qui et par qui... Exhumation et rejet de toutes les identités et de tous les noms qui collent insupportablement à l'âme, à la présence des­quels elle est d'ordinaire insensible, faute de les dis­cerner et faute de se con­naître..."



L'instant créatif, par Andrew Cohen









L’instant créatif

Les personnes vraiment créatives repoussent toujours plus loin les limites. Les musiciens talentueux qui semblent s’aventurer dans une improvisation spontanée disent souvent que dans cet état quelque chose s’impose à eux. Ils décrivent un certain espace d’où jaillit toute création authentique – un point mystérieux entre le présent et le futur, où passe un courant de fond. Cet espace vibre de la joie de l’inconnu, élan vers le risque, hors de la sécurité. C’est en ce point même que quelque chose surgit de rien.

Pour créer le nouveau, il est nécessaire de passer par le risque, de faire un saut au-delà du connu. Le frisson exaltant de ce saut créatif est une expérience humaine très impersonnelle. Artistes, écrivains, musiciens, scientifiques, inventeurs, athlètes et bien d’autres connaissent ce moment exaltant. C’est lorsque nous exprimons notre propre créativité, en repoussant les limites ordinaires – de la bonne façon et pour les bonnes raisons – que nous nous sentons le plus vivant, le plus libéré. La faculté de créer semble inhérente à la nature humaine. Le processus créatif est un processus d’évolution. Lorsque l’on sent s’éveiller en soi l’impulsion créatrice, celle-ci n’est en rien différente de l’impulsion originelle qui est devenue l’univers. Il ne s’agit pas moins que du Big Bang lui-même, opérant en nous et à travers nous. Voilà pourquoi l’élan créatif est toujours si exaltant et fébrile.

Seulement, c’est une chose de prendre le risque de sauter au-delà du connu dans les domaines de la musique, de l’art, de l’écriture – comme dans tout processus temporaire visant à créer quelque chose. Mais dans le contexte de l’évolution, il nous faut aspirer à une relation avec la vie elle-même qui soit constamment créatrice. Je ne parle pas seulement de créativité avec un pinceau ou un instrument de musique. Je parle de créativité avec notre âme même. C’est un enjeu bien plus grand. Il n’y a là aucune pause. On ne peut pas poser son instrument pour retourner à la vie ordinaire, tranquille et sécurisée. Vivre en créateur dans l’âme demande un lâcher-prise radical et une sorte d’investissement, de soin, que peu de personnes osent même envisager. Cela veut dire vivre perpétuellement sur le fil de la vie, à la pointe de son avancée – là ou la floraison de l’esprit en tant qu’évolution se produit à tout instant. C’est l’ultime créativité du soi lorsqu’il répond entièrement à toute la vie.
(source)

Cet article me touche vraiment, car à de nombreuses reprises, j'ai rencontré des artistes (surtout des musiciens) chez qui existait un décalage parfois immense entre leur qualité d'être au sein du processus créatif, et leur qualité d'être en dehors de leur art; cet état de fait m'a constamment interpellé et poussé à sans cesse remettre en question ma "personnalité" de musicien, mon "originalité" de créateur, mon statut "d'artiste" dans le monde etc...La première question était donc : ce que je joue est-il au service de mon ego, où sert-il un propos supérieur à l' individu que je crois être. Je travaille à présent assidument à ce que se soit la deuxième réponse qui prévale. (Ce qui n'a pas été le cas pendant longtemps!)
La deuxième question était : qu'en est-il de l'être que je suis en dehors du monde artistique. Là, ce fut plus simple, car hormis les toutes premières années, je ne me suis jamais vraiment identifié à "moi-artiste", et maintenant moins que jamais, ce qui ne me dispense pas de rester vigilant sur ce point, on ne sait jamais...
Quant au tout premier paragraphe de l'article, j'agrée à 100%.






mercredi 2 mars 2016

Kaushiki Chakrabarty






Kaushiki Chakrabarty (bengali : কৌশিকী চক্রবর্তী) est une chanteuse de musique classique indienne née en 1980 à Calcutta.


Thumri in Raga Misra Mand 'Morey Saiyan Bedardi' in Keherva (8 beats)







Tiger Tateishi






Tiger TATEISHI (1941-1998) est né à Fukuoka. Dessinateur de mangas, il a longtemps vécu à Milan et a travaillé dans un bureau d’architectes. Il a été longtemps exposé par Alexandre Iolas, le galeriste des surréalistes, de Magritte, Ernst, Tinguely, Niki de St Phalle, puis par la galerie Samy Kinge. Chaque planche nous livre un univers détourné, une planète imaginaire, à contorsions multiples. Son propos nous ramène à Escher et ses miroirs déformés, ses escaliers et chutes d’eau sans fin.Poésie des gouttes d’eau-miroirs, lunes molles, planètes, volcans, toute une géologie, une géométrie, un univers de science fiction.




Voici quatre planches introuvables de ce dessinateur, scannées dans la revue "Plexus" (n°16, daté du 3 septembre 1968).


Tiger Tateishi 01

Tiger Tateishi 02

Tiger Tateishi 03

Tiger Tateishi 04


Recette de cuisine





Il y a bien longtemps que j'ai écris ce texte, mais il me fait toujours rire, alors, je ne résiste pas à l'envie de le publier ici!

Cloque au râble bouillie

Une recette de la Mère Lan et du Père Sistant

Ingrédients:

10g de sel en morceau
15g de sucre en barre
Une noix de beurre d'étable
Du persil d'ici
De l'ail de là
Des échalotes noueuses
100g de farine de poisson
Un œuf de dindon
Des cerises pelées
De l'huile de mouton
Une belle cloque dépecée
Un râble confit

Recette :

Vous placez la cloque dans un grand plat en pyrex chromé
Mettez lui la noix de beurre dans l'anus
Salez légèrement, faites frire l'œuf, puis jetez le, il ne sert à rien.
Roulez la cloque dans la farine, puis lavez la à grande eau tout en sucrant au fur et à mesure jusqu'à disparition complète des 15g de sucre (pour émietter les barres, utilisez un couteau à lamelle)
Remplissez une casserole avec l'huile de mouton et posez la par terre.
Le moment crucial arrive : vous devez laisser tomber la cloque de 1 mètre de haut exactement dans l'axe de la casserole; prenez garde aux éclaboussures, l'huile de mouton est assez corrosive.
Une fois l'opération réussie, placez la casserole sur la cuisinière sans allumer, la cuisson doit se faire à froid; espérez, ça suffit en général; couvrez bien.
Pendant que la cloque cuit, bourrez le râble avec tout ce qui reste, n'importe comment, le plus vite possible, tassez bien, touillez, secouez le râble pour bien qu'il s'imprègne.
Laissez reposer 24 heures.
Le lendemain, à la même heure, retirez la casserole de la cuisinière et videz l'huile sur le râble placé auparavant sur le plat.
Vous devez à présent mélanger le râble et la cloque; pour cela, faites une profonde entaille dans le flanc de la cloque et enfilez-y le râble, lentement, pour ne pas l'abimer, jusqu'à pénétration complète; suturez la plaie avec du fil de lard, placez le tout dans une grande bassine remplie d'eau bouillante, laissez cuire 2 minutes, videz l'eau mais gardez la vapeur et laissez mijoter une heure.
Au bout de ce temps, c'est prêt; posez le tout sur un plat de service, découpez en tranches fines avec une scie à viande, servez avec du pain rassi et du ketchup belge.
Mais peut-être, sûrement même, n'avez vous plus très faim!
Alors vite, courez chercher le chien du voisin, ou à défaut n'importe quel chien, et donnez lui votre plat sans hésitation; normalement, l'animal va dévorer goulûment la cloque au râble, et va mourir dans les cinq minutes qui suivent d'une indigestion cataclysmique.
Il est alors prêt à servir d'ingrédient de base pour une autre recette dont nous parlerons un autre jour : les brochettes de chien à la cloque au râble bouillie.