lundi 2 novembre 2015

Lieux silencieux, silence des mots, musiques du silence...







«Il n'y a pas à créer le silence, il n'y a pas à l'introduire en nous. Il y est déjà et il s'agit tout simplement de le laisser revenir en surface de lui-même, de sorte qu'il élimine par sa seule présence tous les bruits importuns qui nous ont envahis.»
(Un Chartreux)

(Chant grégorien des moines chartreux)




"Quand vous ferez le deux Un" (évangile selon Thomas, logion 22)

"Sadhana" est un terme sanskrit qui désigne la réalisation spirituelle.
Dans la plupart des traditions, il est fait mention d'un "son primordial" qui aurait créé le monde.
Ce son est souvent décrit comme une voyelle, considérée comme sacrée contrairement à la consonne qui vient interrompre le souffle.
L'idée d'y associer, plutôt d'intégrer, le "souffle-son" de la voix humaine au violoncelle s'est imposée à moi comme son dédoublement symbolique, retournant irrémédiablement malgré les méandres de nombreux chromatismes ou de quarts de ton vers l'unité vibrante de l'unisson.
Inspiré par le chant diphonique originaire de Haute Asie (l'organe vocal parvenant à combiner deux voix en même temps), j'ai souhaité que la musicienne trouve en son intimité le son "premier" de sa voix en une sorte de voyelle sans forme lorsque les lèvres sont totalement détendues. Le fait que la voix ne soit pas "travaillée" et que ce soit la même personne qui chante et joue est ici essentiel.
Quant au violoncelle, j'ai choisi d'en modifier la sonorité par l'emploi d'une scordatura ; la corde de do est abaissée au la ce qui a pour effet d'élargir la tessiture dans les profondeurs du grave mais aussi d'amplifier les vibrations par la résonance sympathique de cette corde détendue.
A la fin de l'œuvre, tel un mantra, le "m" nasal vient capter l'énergie pour l'ancrer au fond du corps.
Mon idéal serait que l'auditeur se retrouve dans un espace complètement inconnu, libre de toute mémoire, sans repère et donc ouvert, où les sons provenant de l'instrument violoncelle et ceux du corps ne pourraient être identifiés.
Au fond, ce qui nous touche dans une œuvre d'art ou un beau paysage, n'est-ce pas d'abord le mystère inconditionné qui l'a fait naître, comme le silence derrière la musique, ce silence qui est notre nature profonde et d'où peut naître toute créativité ?
Cette pièce est donc construite sur le silence, donnant vie à la manifestation, puis retournant au silence dont elle avait émergé.
Composée à la mémoire d'Olivier Greif, elle se fait l'écho de nos années d'échanges en matière d'art et de spiritualité. Elle porte ma reconnaissance pour la confiance enthousiaste et bienveillante qu'il a toujours manifestée auprès du jeune compositeur que j'étais.
(Pascal Amoyel)





ll y a « un endroit » qui est Silence total. Ce Silence est toujours là et se vit en permanence. Il n'est pas l'opposé du bruit, il contient tout, les sons et l'absence des sons, il en est la trame. Lorsque le mental se tait il est possible d'en faire la pleine expérience. La plupart du temps, notre attention se porte sur le monde des pensées qui ne sont que les vaguelettes de l'Océan de Silence qui est en arrière-plan.
Se reconnecter à ce Silence permet de se retrouver réellement. A partir de l'Océan, les vaguelettes ont une tout autre saveur.
Le Silence dont il s’agit n'est pas l'opposé du son, ou le synonyme de l'absence, c'est la nature même de l'être, de la conscience. Ce n'est ni une qualité ni une expérience, c'est simplement l'absence de nous-même en tant que personne, révélant la présence de soi en tant qu'être.
C'est la trame invisible et immatérielle de tout ce qui est, celle qui donne naissance, soutient et absorbe toute perception. C'est l’inconnaissable tranquillité absolue.
Impalpable, invisible, inconnaissable, indescriptible, ne peut que se savoir être.
(Dayana Boisset)

(Partie VIII du «Quatuor pour la fin du temps», d'Olivier Messiaen)





Quand passe la musique ne vient que le silence
On sait que tout est dit de toute éternité
On s'arrête gravement chaque fois qu'elle s'avance
Cueillant en son sourire la fleur de vérité
On se tait on écoute la voix de l'évidence
Quand passe la musique ne reste que le silence

(Improvisation - Nathalie Meier, Flute à bec)



Le monastère de la Grande Chartreuse, vu du sommet du «Grand Som» (2026m)


1 commentaires :

Séverin a dit…

Tout est dit dans le titre. Merci pour ce moment de sérénité et de paix. Images et musiques s'harmonisent merveilleusement. Quand on a regardé et écouté, le silence s'installe de lui-même. C'est une ode qui à la contemplation...