jeudi 11 février 2016

Ramdas











«Recherchez le commerce des saints par tous les moyens possibles, mais ne restez pas indéfiniment avec eux. Car l'adage « la familiarité entraîne le mépris » s'applique même à eux.

Il ne fait aucun doute que la croissance spirituelle dépend largement des fréquentations. La compagnie des saints est donc, à juste titre, considérée comme essentielle au progrès d'un chercheur de vérité. Mais cela n'implique pas qu'il faille rester éternellement en leur présence. Il faut certes garder le contact avec eux, mais seulement pour de courtes périodes. Le chercheur en profitera pour recevoir les inspirations et les conseils dont il a besoin, et qui lui suffiront pour s'éveiller à la conscience de la Réalité suprême qui réside en lui. Il lui est donc recommandé de s'en aller avant que l'inspiration et la lumière reçues diminuent ou même disparaissent.


J'ai connu plusieurs cas — et j'ai entendu parler de beaucoup d'autres — où la présence continue auprès d'un saint a non seulement diminué la ferveur et l'inspiration de certains disciples, mais en a même fait des êtres sceptiques et railleurs. Or, le déclin de la foi, de la pureté et de la confiance chez un chercheur de vérité provoque en lui des dommages incalculables.


Un jeune arbrisseau qui pousse à l'ombre d'un arbre gigan­tesque ne peut pas déployer sa force ni sa stature. Son développe­ment est paralysé, enrayé, déformé. Il reste chétif. Si le même arbrisseau est mis en terre en plein soleil, exposé à la tempête, à la chaleur, au froid et à toutes les intempéries, il aura toutes les chances de grandir et de devenir un arbre majestueux, solide, qui tirera sa substance de la terre et du ciel.


Cet exemple illustre clairement ce qui arrive à un disciple qui reste constamment attaché à la personnalité extérieure d'un saint et qui passe toutes ses journées à ses pieds. Son initiative personnelle et les possibilités spirituelles uniques qui sont en lui sont suffoquées. Il ne cultive pas les qualités fondamentales nécessaires à son avancement : l'intrépidité, l'indépendance et l'endurance. Celui qui doit se rendre maître de son mental, de sa parole et de ses gestes est le grand Guide unique, l'Esprit tout-puissant qui réside en lui. Le but de la recherche est d'accep­ter la volonté de l'Esprit saint et d'en devenir une incarnation vivante. C'est en apprenant à se tenir sur ses propres jambes, en sachant avancer et combattre par ses propres moyens, en ne tenant compte que de sa propre expérience et finalement en se jetant de son propre gré entre les bras de Dieu que le disciple obtiendra la vraie libération et la paix.


Il ne faut pas en conclure que la grandeur des saints est contes­table, ni que leur présence est inefficace. Bien au contraire.


Un premier contact avec un saint est le moyen le plus propice à l'évolution rapide de l'âme. En fait, la grâce des saints constitue une aide inestimable pour la recherche spirituelle (sâdhanâ).
En son absence, le débutant est comparable à un oiseau qui martèle vainement les barreaux de sa cage pour tâcher de s'éva­der. Les saints sont des sauveurs et des libérateurs. La conception hindoue d'un saint, c'est qu'il est une incarnation de Dieu Lui-même. Il faut donc honorer les saints, profiter du privilège exceptionnel auquel correspond leur compagnie, les servir d'un coeur pur et ouvert, écouter attentivement les conseils qu'ils donnent, s'efforcer de suivre ces conseils et parvenir ainsi à la pleine connaissance de la Vérité que l'on cherche. Mais il ne faut pas rester attaché à leur personne, car ainsi l'on perd le profit spirituel obtenu des premiers contacts.»


Cité dans "L'enseignement de Ramana Maharshi", Appendice, paragraphe 588.