jeudi 23 avril 2015

Lee Lozowick - Daniel Morin : L'illusion de la séparation








L'illusion ultime : celle de la séparation

Qui que nous nous imaginions être, nous sommes identifiés à cette image que nous prenons pour la réalité. Nous sommes en proie à l'illusion ultime, celle d'être un individu séparé, coupé du tout et de tous. Nous croyons être fondamentalement indépendants. De toutes les illusions que nous pouvons nous faire sur la vie, l'illusion fondamentale, qui réside à la racine de toutes les autres et s'avère la plus difficile à dissiper, est celle de la séparation. Elle est beaucoup plus difficile à dépasser que les préjugés ou malentendus ordinaires parce qu'elle est première ; ses conséquences s'étendent partout et imprègnent tous nos fonctionnements. Pour nous, cette illusion va de soi, si bien que nous ne prenons jamais le temps de nous considérer selon une autre perspective. Pourquoi le ferions-nous donc ?

Comme nous l'avons dit précédemment, la réalité essentielle de l'existence est que rien, sur le plan de l'énergie, n'est séparé. Non seulement nous vivons à l'intérieur d'un champ énergétique qui connecte tout mais nous sommes ce champ énergétique. C'est ce que l'on nomme la non-dualité. Si nous nous regardons les uns les autres, nous avons bien sûr l'impression d'être distincts, mais au niveau essentiel il existe une matrice d'énergie imprégnant toute la manifestation, toute la création dont chacun fait partie. Nos doigts semblent séparés les uns des autres mais font partie de la même main ; de même, il existe une énergie imperceptible par les cinq sens au niveau de laquelle nous sommes littéralement Un.

C'est pourquoi chaque personne au monde affecte, de par ses actes, non seulement tous les autres à un niveau très subtil mais l'univers entier. Grandiose, n'est-ce pas ? Si cette réalisation touche la « tête » et non le « coeur », cela débouche sur une inflation : l'ego s'approprie cette connaissance, si bien que l'on devient au mieux un mégalomane lourdingue, au pire un faux maître spirituel.
Le but ou résultat de tout chemin spirituel est de réaliser la non-séparation et l'unité, Unité avec la vie, la vérité, l'univers, Dieu, peu importe la formulation. Cependant, il est impossible de comprendre l'unité intellectuellement ou de manière linéaire, car la compréhension est une fonction du mental, lequel, par nature et par définition, entretient une perspective séparée. Le mental créant la perception de la séparation, il ne saurait comprendre l'union. L'objectif essentiel du chemin spirituel est la dissipation de l'illusoire identification, de l'impression d'être séparé du tout divin. Cette dissipation de l'illusion n'est réelle que si elle aboutit à une expérience de première main.

Même une éducation poussée ne suffit pas à dissiper l'illusion de la séparation. Nombre de textes, depuis les écritures indiennes rédigées il y a des milliers d'années aux paroles contemporaines de maîtres tels que Ramana Maharshi ou Nisargadatta Maharaj, expliquent de manière limpide la réalité de la non-dualité. Les gens lisent ces livres, peut-être même beaucoup d'ouvrages de cette catégorie, et il se peut qu'ils en retirent un avant goût mental de l'authentique expérience non duelle, mais ces lectures ne sauraient, à elles seules, dissiper l'illusion de la séparation dans le corps. Pour transcender les puissants mécanismes dualistes de la psychologie, il ne suffit pas de concevoir le paradoxe de la non dualité et de l'accepter en surface; cela suppose un tout autre processus.
(Lee Lozowick, Éloge de la Folle Sagesse)





L'Entité séparée

Je suis parfaitement convaincu qu'il n'existe aucune personne ayant un libre arbitre, séparée de l'ensemble, et que la pluralité de la manifestation est toujours l'expression de l'unicité.

Une forme ne peut pas exister par elle-même sans son environnement.

Dans notre vision humaine, on se trompe quand on oublie que tout touche à tout, et que le lien, l'unicité, est la base de la multiplicité. Toute forma définie assujettit son environnement et est elle-même assujettie par son environnement.

Comment concevoir alors qu'une forme possède son propre libre-arbitre indépendant ? Et ceci n'est n'est pas une négation de certaines propriétés particulières des formes.

Dès notre prime enfance, cette conception que nous sommes une entité limitée, séparée, étanche, se possédant elle-même, nous est inculquée puis entretenue tout au long de notre vie par notre entourage et par les systèmes idéaux de notre société.

Or, le seul problème que nous ayons, c'est de nous attribuer des lois de la vie d'une façon personnelle. Le pronom «Je» permet de se définir en tant que forme humaine, et n'implique pas le sens de la séparation. Le problème va apparaître quand la pensée «moi» va s'approprier la forme «Je» et devient «Moi, je». Cette pensée «Moi» ignore ce qui permet «Je», ignore le mystère de la Vie, et se croit propriétaire des caractéristiques qu'il porte : «mon intelligence, mon hérédité, mon histoire, mon libre-arbitre, ma volonté», en oubliant ce qui permet que cela soit.
(Daniel Morin, Éclats de silence)


«Pas séparés, différents» (Swami Prajnanpad)