samedi 5 mars 2016

Commentaire sur l'instant créatif




Le commentaire, par Lise : C'est curieux ,cet article me parle de deux créations: Il y a "créer" quand je prend contact avec ma source ponctuellement. Il y a "se créer" quand le contact devient si fréquent que la vie le porte comme une éclosion permanente. Et cela me renvoie à l'expression "l'art de vivre" .

C'est bien comme ça que je définirais l'art de vivre : une création/improvisation permanente de soi, par connexion permanente à la source. La notion même de permanence finit par se dissoudre dans l'instant toujours renouvelé, seconde après seconde; les deux créations que tu évoques m'apparaissent une : au moment où je crée, je "me" crée simultanément, la création et le créateur naissant ensemble sous le regard impersonnel de la conscience. Pour celui qui crée par connexion ponctuelle avec la source, mais qui se croit encore l'auteur de sa création, le processus est le même, mais n'est pas perçu dans son essence (ce fut le cas pour moi pendant longtemps).

Pour celui qui se relie à la source "en permanence", c'est à dire en une somme de ponctualités si rapprochées qu'elles finissent par apparaitre comme une permanence, le regard de la conscience est nécessairement là, il est lui-même la source. En ce qui me concerne, ce n'est jamais acquis une fois pour toute, il me faut cultiver une grande vigilance intérieure pour rester connecté, et c'est là que l'idée du choix peut s'insérer : entre l'état conscient (connecté à la source) et l'état inconscient (déconnecté de la source, identifié, emporté par les pensées, etc...), c'est comme s'il y avait un "no man's land", une zone très fine, évoquée par cette phrase d'Andrew Cohen : "Cela veut dire vivre perpétuellement sur le fil de la vie, à la pointe de son avancée – là ou la floraison de l’esprit en tant qu’évolution se produit à tout instant." et qu'en ce lieu fugitif, il existe un choix d'être conscient ou non. Et cet endroit subtil, quelque part, c'est aussi moi. Dire cela n'est qu'un principe explicatif, mais je n'en trouve pas d'autre pour l'instant. Et ce moi là a un pouvoir de choix, ce moi là m'autorise à trouver une corrélation entre l'expérience vécue et l'idée de choix telle que l'évoque Andrew Cohen dans cette vidéo.




Pour finir, un extrait d'une interview de Stephen Jourdain, où il évoque admirablement cette idée du "geste intérieur" qui nous est toujours possible de faire, mais qui implique une vigilance de tous les instants, en ce qui me concerne en tout cas. (Je ne le répèterai jamais assez!)  

" Pendant les deux années qui ont suivi mon « éveil », il a été constam­ment à ma disposition. En­core que rapidement, quel­ques jours seulement après cette soirée, j'aie découvert que l'accomplissement du « geste » pouvait devenir, en certaines heures, une ba­taille redoutable. Habitant des abysses, j'avais brus­quement fait surface, je savais faire l'acte qui me maintenait la tête hors du flot (pour que la métaphore soit parfaite, je dois identi­fier cet air libre à l'acte); d'abord la mer avait été d'huile, mais maintenant le vent s'était levé, j'appre­nais l'existence de la houle, et tout en continuant de posséder la connaissance du geste à faire, je devais lutter terriblement pour l'accomplir. En fait, durant ces deux années, il y eut pas mal de houle, mais tout de même ce fut l'état de grâce, un temps fabuleux où « l'éveil » brûla constam­ment, où je fus constam­ment la vérité de moi- même. Puis après ces deux années, quelque chose peu à peu s'est détraqué, s'est faussé, il m'est devenu de plus en plus difficile et bientôt presque impossible de faire le « geste ». Avant de poursuivre, je crois que je dois essayer de vous donner une idée de cet acte : Regard de conscience totale trouvant, avec la sû­reté de la flèche, le centre, la source, la vérité de l'es­prit, et se croisant lui- même... Remontée à con­tre-courant de soi-même, à travers l'acier des vérités, de la Vérité elle-même, à travers toutes les concep­tions, toutes les opinions, toutes les intentions et tous les programmes de l'esprit, jusqu'au contact authenti­que avec soi — jusqu'à « l'éveil », sommet depuis quoi, en vérité, l'ascension a été faite, depuis qui et par qui... Exhumation et rejet de toutes les identités et de tous les noms qui collent insupportablement à l'âme, à la présence des­quels elle est d'ordinaire insensible, faute de les dis­cerner et faute de se con­naître..."



5 commentaires :

Lilou a dit…

" la création et le créateur naissent ensemble sous le regard impersonnel de la conscience "

Magnifique de lire cela pour moi ..
oui, tout à fait , les deux créations dont je parle ne font qu'une , l'éclairage est différent .
Il est essentiel cet éclairage ..

Il parle du choix :
Qui parle en moi ?
celui qui pose cette question
pose la base du choix.
et..
ce à quoi je m'attache
devient ma réalité .

Ce sont ces petites phrases qui ne me quittent pas ..précieux jalons pour moi dans les periodes d'adversité où "je" se prend pour " Moi".

Chronophonix a dit…

Quand "je" se prend pour "moi"
ou "moi" se prend pour "je"
qui donc est là pour le dire ?

Lilou a dit…

Celui qui est à la base du choix..
ce regard qui prend de la distance
et pose la différence entre "moi" et " Moi" ..et que que certains je crois appellent conscience.

Chronophonix a dit…

"Découvrir la conscience, c'est se découvrir, c'est abandonner toute idée, c'est lâcher toute pensée. Dans cette complète humilité, dans laquelle le moi est absorbé dans un espace qui le dépasse, se trouve ce que je suis dans mon essence, dans votre essence, dans notre essence"
Jean Marc Mantel
Voir l'article complet.

Marie-Eve a dit…

J'ai bien fait d'aller lire chez Ipapy, c'est beaucoup plus simple!
Qu'est ce qu'on en apprend ici!