mardi 9 septembre 2014

Sur la barque de la vie : Habiter la douleur







Il y a un peu plus de deux semaines, j'ai reçu ce témoignage lumineux de Lise à propos de la façon dont elle «travaille» avec la douleur physique.
Ce texte m'a vivement impressionné, et il m'est apparu clairement que ce précieux récit se devait d'être partagé. J'ai donc formulé ainsi ma requête : «Je souhaiterais publier ton témoignage sur internet, mais ne saurais le faire sans ton assentiment. Dis-moi si cette éventualité te parait joyeuse...Pour le meilleur.»
Et voici la réponse de Lise : «Oui, la Joie est au rendez vous et ce que j'ai écrit à propos de la douleur peut suivre le chemin que tu proposes...»




Habiter la douleur

«Me voici à écrire, tout juste sortie d'un de ces épisodes où je travaille à corps à corps avec la douleur pour la traverser, ces mots viennent pour fixer en moi un processus évolutif et je les partage avec toi car je te sais sans crainte et dans la Joie.

Cela débute toujours de la même manière, un léger fourmillement dans le dos suivi d'une vive piqure entre les omoplates.. ensuite il y a ce calme lourd de ce qui se prépare, comme une énergie bloquée d'avant orage et c'est là que se situe le point où la vigilance est cruciale.

Car le corps se souvient et a tendance à se crisper, le mental repère instantanément ce qui se passe et projette en avant ce qu'il considère comme solution et qui du point de vue de l'évolution des choses est un enfermement dans la souffrance.
Maintenir le plus large possible l'ouverture sans attente de ce qui vient puis, patiemment, à chaque nœud, dénouer et pour cela l'intention et l'attention travaillent de concert.

L'attention est à poser sur la plus fine manifestation pour l'accueillir en Amour, l'approcher comme on le ferait d'un bête sauvage et blessée, l'attendre dans les moindres recoins où elle se cache et la lire dans les moindres replis de sa mémoire.. ainsi la laisser «être».
L'intention est à tenir comme l'étendard guide une troupe au combat, en tête mais sans ostentation, juste avec la fermeté nécessaire pour que tout se mette en marche derrière.

Viennent alors les vagues de la douleur, parfois à peine marquées, parfois brusques mais toujours souples et fluides.. c'est cette fluidité qui m'importe le plus et signe en moi la Joie.
En quelque sorte le corps respire, tout entier ébranlé, en saccades et en torsions certes mais il respire, il dit ce qui passe avec son intelligence propre.

Ecouter cette intelligence subtile qui relie les énergies entre elles, les disperse et les nourrit à la fois, devenir cette oreille sensible au moindre murmure qui parle de la source, se faire ce chant qui danse la vie dans toute sa gloire au dedans de soi.. Se laisser «être».

Sentir décroitre le mouvement comme la marée se retire laissant le corps engourdi et assourdi du vacarme intérieur mais étonnamment neuf, nouveau né..
Au plus l'écoute à été fine au plus la récupération est rapide . Il fut un temps où la nécessité de dormir était impérieuse et ce soir elle n'est plus nécessaire, le calme suffit en écrivant ces quelque mots .. à la volée, dans la saveur de cette Joie singulière qui s'étale de toutes parts.


Il n'y a pas de mot pour décrire ce vécu vibrant de ce qui se fait jour par l'ombre même, il n'y a pas de mots et pourtant la puissante envie de dire ce «oui» de toutes les façons possible tant il Est.

Merci à toi de cette écoute qui me permet ce soir de tenter un partage.»

Lise




Résonances


Sur la barque de la vie (Piano : Michel)




«Grâce à l’intelligence de l’expérience de la douleur, qui contient en elle à la fois la serrure et la clé, je suis invitée à retrouver une unité, au-delà du concept et de la croyance du bien et du mal. Mais c’est bien au cœur de mon vécu duel, dans le bien et dans le mal, qu’une réalité libre de tous les opposés, se réveille peu à peu.» (Anne-Gaëlle)


«Et je ressentais que je pourrais parfaitement vivre ainsi toute ma vie si la guérison s'avérait impossible.
Puis la perception du moi est revenue avec l'impossibilité de ne pas chercher les moyens de la guérison, et j'ai continué à essayer tout ce que je pouvais. Mais avec la paix en toile de fond, et la conviction profonde que lorsque l'expérience aura naturellement atteint sa fin, la guérison se fera. Et à l'issue de ces 5 mois, il se passe exactement ce que tu évoques à la fin de ton texte.» (Suyin Lamour)

«Je suis, en plus de la douleur, plié en deux où je n'arrive plus à relever la tête, et c'est l'humilité qui rentre en jeu ou «je» et cela est plus difficile pour moi car après plus de quarante ans de cheminement spirituel, je me retrouve à nouveau avec la question qui suis-je?..» (Bernard Pedrono)

La «réalité libre de tous les opposés», cette «paix en toile de fond», «l'humilité face à qui suis-je».. une seule Réponse quand plus rien en nous ne décide des réponses..
Voilà pourquoi je dis que mon corps est devenu mon meilleur guide spirituel à condition que je sois disciple en prenant demeure en la manifestation et donc en supportant qui signifie ici se placer en dessous (humilité) et soutenir de toutes ses forces (porter en soi) afin que le Meilleur passe.
C'est l'inverse de subir, différent d'accepter.. c'est habiter.

Le corps devient alors intensément résonant à l'esprit, subtilement précis et juste.. en cette écoute de la Vie. (Lise)